Traqueur d’Illusions – Jean-Marc Ligny

Ramené inconscient sur Terre après l’ablation des implants de son crâne opérée par Faërie, Dan Tiger est veillé par Salif dans une maison protégée derrière un Mirage déployé par Castor.
Séparés par un assaut du Service de Répression des Fraudes sur leur refuge, Dan se lance à la poursuite de Faërie et de Castor après quinze jours de coma tandis que Salif découvre les conséquences de la destruction des Réseaux qui restait incertaine à la fin du tome précédent. Une révolution a éclaté dans les rues de la cité, brutalement réprimée par le SRF, dernière structure encore opérante qui installe une dictature militaire. La double narration fait se croiser Dan et Salif auprès d’un petit groupe de rebelles paumés en demande d’un leader, Dan est dévoré par la haine et la jalousie en réalisant qu’il est manipulé depuis le début et que Faërie couche à la fois avec Castor, et avec Salif prenant confiance devant les insurgés et apprenant à tâtons l’utilisation de Mirages déjà ouverts. L’intempérance de Dan persiste et démontre dans la continuité du cycle son incapacité à véritablement se débarrasser de son égocentrisme et d’une immaturité persistante, ses aventures passionnées avec Cindy et Valentina ne relativisant jamais sa rancœur. Le contexte assez discret tout au long des romans de dystopie écologique et d’emprise sociétale aboutit à une lutte d’animal politique pour se réapproprier une liberté confisquée. Cette quête existentielle poursuivie par Dan et entrainant Salif dans son sillage préfigure l’adaptation pragmatique à une nouvelle citoyenneté en construction. Castor en s’extrayant de cette imperfection humaine devient rétrospectivement la figure centrale de l’histoire et incarne toute la portée métaphysique, fils d’Esmeralda né sur Mars qui se projette sur la piste des extra-terrestres pour atteindre une forme de divinité, contrastant jusqu’aux dernières lignes du texte avec la nature espiègle et nonchalante de Faërie. La construction chaotique des personnages symbolise un foisonnement hétéroclite dans l’écriture faisant coïncider des traces de philosophie onirique avec une action spectaculaire pour un résultat d’une richesse turbulente.

Hypnos et Psyché – Jean-Marc Ligny

Dan Tiger et Salif aboutissent à proximité de l’Anneau et trouvent un sas de secours pour pénétrer dans la station orbitale qui abrite les cerveaux des Réseaux.
Ce cinquième volet s’appuie sur le processus d’exploration de la base spatiale dont la construction n’est pas finalisée, le duo de héros progressant dans une succession de quartiers viables en veille et de sections en travaux suspendus où règne l’apesanteur, dans un enchainement de portes à ouvrir, de couloirs et de salles abandonnés qui devient vite rébarbatif malgré de courtes séquences d’action face à la sécurité automatisée qu’actionne l’intelligence artificielle Général Ring Information Processing pour se débarrasser de Salif et s’emparer de Dan le futur cobaye dans le plan des psychords. Cet avant-dernier tome, en se consacrant à une mission précise dans un huis clos, souffre un peu en comparaison avec les autres d’un faible nombre de personnages, se limitant à Dan énervé, Salif goguenard, GRIP désincarné et Bug très discret. L’aspect cyberpunk est plutôt réussi mais reste limité et finit logiquement par se confondre avec la dimension onirique et la projection des Mirages dans une unification abstraite de la puissance psychotronique. Les passages sur ce plan encadrent le déroulement matérialiste et linéaire, le premier chapitre décrivant la translation entre Mars et l’Anneau regorge d’intensité métaphysique et d’angoissante poésie tandis que le dernier quart du livre transcende la monotonie du reste par la métaphore électronique et les références aux aventures passées du cycle dans le combat opposant Dan à ALICE, psychord présent dès l’ouverture du premier roman de la série dans le cadre de la création des Rêves. Outre la police de caractère une taille au-dessus, dénotant peut-être un effort de remplissage, des choix étonnants impliquent l’attente d’une suite mouvementée, par l’évolution toujours très relative de Dan qui a produit son premier véritable Mirage volontairement planifié mais sous l’impulsion de la peur pour échapper à la menace d’une escouade du Service de Répression des Fraudes et qui se trouve finalement coincé par sa haine hors de son corps en affrontant ALICE, alors que Salif pris par la folie des grandeurs ambitionne de devenir un Semeur de Mirages et la jalousie s’installe au travers d’un soudain rapprochement entre Faërie et Castor/Pollux.

Labyrinthe de la Nuit – Jean-Marc Ligny

Comme redouté par Dan Tiger, son arrestation en compagnie de Salif lors de l’assaut de la cathédrale du Baron Noir par le Service de Répression des Fraudes les mène directement au bagne de Mars, dans le Labyrinthe de la Nuit, un complexe appelé Hélène au fond d’un canyon.
Ce quatrième tome saisit l’opportunité de se pencher sur cette terrible menace de déportation martienne qui pèse telle une épée de Damoclès depuis le début de l’histoire et fournit l’occasion rêvée de redynamiser l’aspect science-fictif du cycle, par ailleurs pour la première fois situé temporellement en 2076). D’abord, cette immersion dans un contexte nouveau de travail harassant, après celui de l’AgriCentre, permet à Dan de retrouver Moovoo, Catte et Flaï, les trois anciens Voleurs de Rêves arrêtés dans le premier volet, et de rencontrer Valentina dans le rôle de la femme maligne qui va engendrer pour le héros des parenthèses pornographiques et des tracas dans sa mission, bien qu’elle soit totalement des arcanes dimensionnelles. La découverte d’une Nécropole hermétique lors des activités minières introduit le thème rebattu d’une ancienne civilisation sur Mars qui, en s’éloignant des Réseaux terriens, donne de l’ampleur à la nature et à la structure des Mirages en dévoilant un nœud galactique de translation. Parallèlement, Dan et Valentina se lancent dans la traditionnelle mission en véhicule de surface à travers une tempête pour rallier un laboratoire et en ramener un nouveau cyborg qui se révèle être SkyWalker reprogrammé, expliquant au passage ses mystérieuses capacités surhumaines et son devenir après sa disparition à la fin du premier roman. Pour achever le statut de tournant du texte, Dan retrouve Cindy et Esmeralda, sous la forme de spectres après leur mort à la fin du second volet, et se projette avec Salif loin de leur condition de prisonniers en direction de l’Anneau, unique station orbitale de la Terre, pour continuer la lutte contre les psychords. La quête de Dan évolue au niveau de sa conscience et de ses connaissances mais stagne concernant sa volonté et ses aptitudes, ralentie par le chantage de Valentina et la frustration causée par l’attitude distante que lui réserve Faërie. Ce livre réoriente le cycle vers une dimension plus cyberpunk, avec la présence de plus en plus insistante de Bug devenu un virus, en dévoilant le plan précis des psychords pour l’asservissement cybernétique de l’Humanité qui révèle en même temps la réponse éthérée des Semeurs de Mirages pour le contrecarrer, Dan étant au centre depuis le début par son double potentiel, impalpable et matériel, à la fois rêveur naturel et interfacé, espoir de libération ou moyen de perdition de l’espèce.

A la recherche de Faërie – Jean-Marc Ligny

Après la guérison de Faërie menée par Esmeralda qui disparait aussitôt, Rob R. Rozzer a ramené sa fille à l’usine mais se fait tuer par un espion chargé de la conduire en ville auprès de ses anciens tortionnaires. Dan Tiger arrivé trop tard se lance sur sa piste, voit Cindy mourir et finit par tomber sur une bande de Broussards dont l’un des membres, Salif, a pu observer une femme étriper un homme à la façon d’une panthère.
Ce troisième tome recentre l’histoire sur la Cité, surtout la Bordure pour Dan qui fait la connaissance du Baron Noir, un trafiquant sorti de nulle part installé dans une cathédrale abandonnée, et retrouve Candyman associé à ces affaires louches. La situation a beaucoup évolué en l’absence de Dan, le marché clandestin des plaquettes noires n’est plus monopolisé par l’entreprise Sonadora, l’association de Candyman et du Baron Noir grignote inexorablement des parts de cette activité avec une modification du produit provoquant une solide addiction et Dan trouve pendant une de ses transes oniriques incontrôlées des raisons de se méfier de son ancien mentor qui lui demande en plus de jouer le cobaye pour analyser sa faculté naturelle à rêver une fois connecté à un brain-drain. La figure de Faërie, bien en avance sur Dan au niveau de la maîtrise des niveaux de réalité, plane insidieusement sur la totalité du texte, transformant dans sa vengeance sur les responsables de son calvaire traumatisant leur sommeil en supplice et leur veille en cauchemar, ajoutant la folie à leur débâcle commerciale. Elle survole le récit en semant la terreur et surtout révèle par contraste le rationalisme, le matérialisme et le manque d’autonomie de Dan qui a besoin de Castor/Pollux pour être dirigé vers la compréhension de l’intrication radicale de la réalité commune, des rêves et des mirages, du dédoublement et du dépassement quantique de la causalité. Il doit encore apprendre la confiance en soi et le courage pour combattre les psychords des Réseaux qui souhaitent s’octroyer les traits distinctifs de l’Humanité.

L’Art du Rêve – Jean-Marc Ligny

Après avoir bénéficié de l’aide de Castor pour se cacher dans le camion à destination de l’AgriCentre 16 ouest, Dan Tiger est réceptionné par Cindy qui le mène comme prévu auprès d’Esmeralda, sorcière guérisseuse du camp fermé des ouvriers agricoles. Rob R. Rozzer se retrouve muté comme chef de la sécurité d’une usine décrépite, avec sa fille Faërie toujours catatonique sous sa protection, parmi un personnel de repris de justice encadré par des gardes surtout destinés à repousser les attaques sauvages de Broussards d’un village voisin.
Cette suite permet de sortir de la ville, de franchir la Bordure pour découvrir la vie dans les enclaves au milieu de la Brousse. Comme une transposition, le contexte du récit présente des similitudes avec le tome précédent, Dan devant s’adapter sous l’identité de Nat Digger à un nouveau mode de subsistance comme il l’a fait auprès des Voleurs de Rêves et Rozzer doit s’imposer dans sa fonction en asseyant son autorité, quoique des subtilités vont relativiser un parallélisme simpliste. L’aspect fantasy continue de se développer par leurs quêtes respectives, Dan découvrant la pratique du rêve lucide, des aptitudes de métamorphe comme tigre-garou, des pouvoirs télékinésiques sous l’influence divinatoire d’Esmeralda qui fait miroiter l’existence d’un destin et un amour charnel avec Cindy qui trouble ses sentiments pour Faërie, alors que Rozzer se débat pour retrouver sa position paternelle. Les deux arcs narratifs s’épanouissent séparément dans la première moitié du livre pour se rapprocher dans la seconde en un feu d’artifice d’action et une densité de noirceur encore supérieure au précédent volet. Cette progression dans la révélation de la malléabilité de la réalité fait entrevoir les possibilités oniriques naturelles et volontaires dans la maitrise et l’unification de l’identité schizophrène partagée entre les deux niveaux d’être-au-monde, en dehors de l’utilisation d’équipements technologiques, brain-drains et plaquettes, qui emprisonnent les citadins.

Les Semeurs de Mirages – Jean-Marc Ligny

Dan Tiger est un créateur de rêves pour Sweet Dreams qui se retrouve happé en dehors de la réalité dans un paysage sauvage par deux silhouettes et dirigé sur un sentier serpentant jusqu’à une mystérieuse maison.
Le roman s’ouvre sur un onirisme cyberpunk révélant le contexte dystopique d’une société de contrôle qui repose sur une technologie rendue nécessaire en se substituant par une connexion via des brain-drains à la capacité naturelle de rêver devenue inutile. Une fantasy de quête libératrice face à un capitalisme aliénant vient se greffer à la dimension science-fictive par le passage forcé de Dan Tiger derrière le voile de la manipulation totalitaire pour rejoindre, grâce à Castor et Pollux les Semeurs de Mirages qui altèrent le continuum spatiotemporel, le camp des Voleurs de Rêves en rébellion sous la figure tutélaire de Candyman et pour découvrir l’amour au contact de Faërie, fille de Rob R. Rozzer le chef du Service de Répression des Fraudes devenue cambrioleuse. L’action se concrétise alors dans le côté polar qui met en scène l’acharnement du SRF à traquer les Voleurs de Rêves, avec en filigrane le conflit ouvert entre Rob R. Rozzer et des dirigeants d’entreprise, soutenu par l’enquête visant un trafic de plaquettes noires qui contiennent des cauchemars abominables. Dans sa linéarité, le récit déploie son intensité divertissante par un contraste extrême entre l’humour de la médiocrité malchanceuse des victimes de braquages, soulignée par la candeur de Dan Tiger, et la violence exacerbée qui forme une menace constante et s’abat sur Faërie dans une avalanche pornogore de tortures psychiques. Sans être une révolution littéraire, le texte est d’une efficacité redoutable aux multiples facettes en clair-obscur qui introduisent ce cycle en faisant miroiter des questionnements sur la réalité quantique au travers des deux Semeurs de Mirages et la surhumanité par les aptitudes fantastiques de la brute SkyWalker et du gnome hypnotiseur Moovoo.

Sables mouvants – Jean-Marc Ligny / Jean-Luc Boivent

Alors que la sécheresse s’installe tarissant les sources et brulant les maigres pâturages, les Esprits du Grand Désert restent sourds aux appels de Zahori, chaman du clan des Izalaam. Il décide alors de partir à leur recherche, en quête de réponses à cette situation désespérée.
Ce conte spirituel s’appuie sur l’onirisme et la dimension méditative du désert impitoyable empli d’un animisme, d’un symbolisme chtonien, de sublimation de la substance, de métaphores existentielles et de passages vers un autre monde, ouvertures troglodytes et structures immémoriales cernées par la fluidité de sable et de feu. Le voyage initiatique d’un homme à la rencontre des Esprits et du pouvoir de débusquer l’eau entraine son peuple dans sa destinée nomade et indépendante.
Les photographies accompagnent admirablement le récit immersif, du réalisme minimaliste des paysages immenses aux retouches numériques signifiant les distorsions du monde des Esprits, une esthétique qui souligne le sentiment d’abandon par les forces supérieures, les impressions de péril et de fragilité d’une histoire cristallisant les considérations écologiques globales sous-jacentes et les transcendant dans la transformation de la tristesse en courage.

La Fille de l’Abbaye – Jean-Marc Ligny

Damien est en vacances avec ses parents à Paimpol, forcé du haut de ses quatorze ans à les accompagner pour une visite guidée de l’abbaye en ruines de Beauport au lieu de passer du bon temps avec son pote Erwann.
Ce récit d’immersion historique bretonne est une belle astuce pédagogique repose sur une mise en situation pour aborder le contexte et la vie quotidienne à différentes époques. Cette louable démarche emprunte à la littérature fantastique la remontée de la chaine de réincarnations au même âge de Damien poussé à chaque étape par son attirance pour la blonde Faërie/Gaëlle, en 1858 auprès d’un comte polonais exilé, en 1588 auprès d’un moine calviniste victime d’une arrestation pour hérésie, en 1296 auprès des mendiants et des pèlerins, en 886 auprès de la garnison du château menacé par un débarquement viking et en 56 AV. J.-C. auprès d’une horde de guerriers gaulois partant combattre l’avancée romaine. Conseillé aux enfants à partir de dix ans, ce livre d’aventure permet d’aborder tout un lexique et un ensemble de notions sociopolitiques avec en fond une dimension spirituelle et religieuse, mis en valeur par un questionnaire en supplément, une identification plutôt masculine par le développement des sentiments amoureux de Damien qui puise dans un idéalisme sentimental teinté de prédestination pas même atténué par la figure caricaturale de ses parents.

Appel d’air

Ce recueil est contextuel, constitué de textes composés dans l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle en 2007, expressions subjectives de trente artistes qui rejoignent leurs visions intemporelles sur la société ; la poésie du choc et de la réaction fédératrice qui loue la bonne volonté sans céder à l’égoïsme et aux lieux communs de Fabrice Colin ; la courte chronique romancée et anarchiste qui exprime les rêves abstraits de la rue concrète de Claude Mamier ; le cauchemar policier de l’abus de pouvoir pathétique de Stéphane Beauverger ; la dystopie administrative qui s’attaque à l’esprit libertaire et anticapitaliste de Roland C. Wagner ; l’anticipation déshumanisée du travailleur dans un système boursier basé sur le potentiel biologique converti en actions et dividendes de Francis Mizio ; la dénonciation de l’engrenage du racisme institutionnalisé et de la violence banalisée dans les services de police de Thomas Day ; la crainte d’une xénophobie gastronomique appuyée par un pistage numérique des consommateurs de Sylvie Denis ; la description acide d’une société de contrôle automatisé pourvoyeuse d’injustices et de solitudes de Patrick Eris ; le triste constat d’une société future de prédétermination génétique stérile parmi des androïdes d’Olivier Tomasini ; l’entrée en clandestinité des artistes face à l’injonction au travail productif et la menace de réquisition en usine ou à la mine de Markus Leicht ; le psaume présidentiel à la gloire de la conversion sociopolitique imposée et profession de foi mégalomane d’un redresseur de torts borné de Claude Ecken ; l’anticipation de la restriction drastique du droit de vote de Jean-Marc Ligny ; le plaidoyer chiffres à l’appui pour la prise en compte de la situation des sans-abri de Li-Cam ; le constat poétique de la disparition en pratique de la devise républicaine de Charlotte Bousquet ; le glissement de la société vers l’absence de confidentialité des données personnelles devenues critères de citoyenneté et le basculement vers la sous-traitance des services de sécurité de Johan Heliot ; le cauchemar de l’interdiction officielle des livres de science fiction aux moins de dix-huit ans de Jean-Pierre Fontana ; la mise en scène par lui-même de la reconfiguration neurale de Serge Lehman ; le rapport circonstancié d’une pratique artistique clandestine lors d’un rassemblement culturel non déclaré et réprimé de Joëlle Wintrebert ; la dénonciation d’une dérive gouvernementale rapprochant chômage et génétique confondant causes et conséquences de Sylvie Lainé ; le court pamphlet sur la paresse et la lâcheté d’un système de certitudes de Vincent Wahl ; la petite ballade dans un dictionnaire avec une sélection de mots à l’étymologie qui fait sens d’Alain Damasio ; l’article survolté sur les cents premiers jours du nouveau président de Jean-Pierre Andrevon ; l’illustration de la promotion sociale par la pureté génétique de Laurent Whale ; la fable aux accents de fantasy sur un système politique mêlant le royalisme à la démocratie et un souverain obnubilé par la génétique de Francis Berthelot ; l’anticipation rétrospective simplement magistrale d’un professeur en histoire de la politique sur les mécanismes de l’élection de Simon Sanahujas ; le conte futuriste d’une Intelligence Artificielle qui parvient à transformer une dictature en démocratie de Lucie Chenu ; la parabole funèbre et poétique dans une personnification des régimes politiques d’Ugo Bellagamba ; la poésie symbolique de Lise N. ; la dénonciation de la mégalomanie ubique et du désir d’omnipotence présidentiels d’Alain Damasio ; les mentions légales remises au goût du jour de Catherine Dufour.
Ce livre combine une grande diversité et une intense densité, renfermant les craintes sur la mise en danger de principes éthiques et des projections de dévoiements technologiques et scientifiques, qui parfois font sourire et la plupart du temps, avec du recul, donnent des frissons jusqu’à la nausée.

L’enfant bleu – Jean-Marc Ligny / Sébastien Pelon

Amma fait partie d’un peuple du Nord aux longs hivers rigoureux et une nuit, alors qu’elle veille sur le feu, une lumière bleue descend du ciel jusqu’au sol de la plaine. Fascinée, elle oublie la flambée et se fait chasser de la tribu par le chef Arok. Sur les lieux du phénomène nocturne, elle trouve un enfant bleu qu’elle nomme Rourk et le ramène dans la tribu qui les accepte, d’autant plus que l’enfant a des pouvoirs fantastiques, mais il ne cesse de penser à sa vraie famille.
Dès le début la structure sociale est violente, stigmatisant les femmes sans enfant, alors Amma va en adopter un prodigieux. Le thème de l’exil est omniprésent, la représentation de la société humaine est acerbe dans sa primitivité reposant sur un chef capricieux qui exerce son autorité à vie. Le message de tolérance est vaste, la différence enrichit le collectif dans l’ouverture vers l’étranger, le réfugié, l’adopté, l’handicapé et même le non humain.

Faeries 11 Spécial David Gemmel

Dans Les oiseaux chanteurs de Kristine Kathryn Rusch, le prince Tadéo charge Reynaldo, chasseur de créatures magiques, de capturer un oiseau chanteur pour son sacre. Il trouve un spécimen sous la forme d’une jeune fille serveuse d’auberge dans un hameau mirage mais elle peut lire ses pensées. Se présente à lui un dilemme ; utiliser sa ruse pour l’attraper ou céder à la séduction du merveilleux. Ce conte d’une fantasy naïve qui vise la sagesse exprime une nostalgie poétique et la fatalité des illusions.
Dans Son épouse unique et véritable de Louise Cooper, Leah se destine à épouser Carolan lorsqu’ils seront adultes. Mais elle est fille de sorcière et il est éloigné par sa famille pour débuter une vie classique. Elle le retrouve dix ans plus tard alors qu’il se marie avec Calla, une villageoise. C’est un conte moral qui met en scène l’archétype de la société archaïque dominée par une religion intolérante et le mythe de la fille victime de sa propre folie et de son aveuglement paranoïaque et monomaniaque.
Dans le Dossier David Gemmell par Simon Sanahujas est présenté l’esprit de cette heroic fantasy moderne qui contient l’idée d’une évolution des consciences, des personnages, malgré un manichéisme traditionnel. La présence de la magie est limitée et les récits tournent autour de la stratégie de la guerre médiévale. Ce contexte moyenâgeux abritant des personnages complexes forme une sorte d’anachronisme. La présentation historique derrière Le lion de Macédoine est intéressante, le plaidoyer pour une découverte du Cycle de Drenaï dans l’ordre d’écriture est convaincant.
Dans Frank Stockton, le pionnier oublié (seul texte qui n’est pas inédit) par André-François Ruaud, la mise en lumière de La femme ou le tigre ? fait écho à la nouvelle de Louise Cooper.
Dans La démone des batailles de Jean-Marc Ligny, le Chevalier Sombre erre au gré des batailles sous l’influence de Fata Morgana qui se nourrit de l’âme des morts. Seul l’amour pourra le libérer de cette emprise.
Dans Renversons la vapeur ! de Georges Foveau, le peuple opprimé d’Amérique du sud se soulève contre les colonisateurs européens dans un récit steampunk fustigeant l’iniquité sociale et la destruction industrielle de la nature.
Dans La source des errances (chapitre 5) d’Alexis P. Nevil, un oiseau-licorne femelle meurt…

69 – Anthologie

Dans Eddy Merckx n’est jamais allé à Vérone de Stéphane Beauverger, une femme battue par son mari rêve de liberté dans l’ambiance d’une société patriarcale et arriérée.
Dans Saturnales de Maïa Mazaurette, la lune de miel dans le futur est programmée et assistée dans tous les détails grâce à la technologie. Paradoxalement la société est permissive dans ce cadre rigide et presque tout le monde a oublié la pratique sexuelle naturelle.
Dans Misvirginity de Daylon, une prostituée synthétique se raconte dans un futur pluvieux où la question androïde est omniprésente.
Dans Miroir de porcelaine de Mélanie Fazi, une danseuse qui crée des spectacles d’automates avec son compagnon voit ce dernier tomber amoureux de sa dernière création.
Dans LXIX de Francis Berthelot, le cinéma interactif permet à un homme obsédé par un personnage de péplum de modifier le scénario du film à sa guise.
Dans Toi que j’ai bue en quatre fois de Sylvie Lainé, il suffit d’ingurgiter quatre différents liquides pour vivre un fantasme et construire une histoire qui devient obsédante.
Dans Louise ionisée de Norbert Merjagnan, une chercheuse scientifique vit une symbiose avec un exorgane à base d’isotopie orgasmique.
Dans Sabbat de Gudule, une allégorie trash du mal, de la psychologie et du sexisme se déploie.
Dans Les métamorphoses d’une martyre de Charlotte Bousquet, une jeune femme violée par un peintre se venge dans une ambiance gothique.
Dans Vestiges de l’amour de Jean-Marc Ligny, incube et succube s’occupent d’un couple en difficulté.
Dans Descente de Virginie Bétruger, un astronaute raconte son retour sur une Terre dévastée par l’apocalypse nucléaire dans une nostalgie amoureuse.
Dans Camélions de Joëlle Wintrebert, des hommes insurgés sont abandonnés sur une planète inconnue et, parmi eux, une femme rencontre de grands papillons, s’accouple avec eux et ouvre la voie de l’adaptation.
C’est un recueil très varié de nouvelles dans des styles et des genres très différents, à l’ambiance plus ou moins sombre.