L’Art du Rêve – Jean-Marc Ligny

Après avoir bénéficié de l’aide de Castor pour se cacher dans le camion à destination de l’AgriCentre 16 ouest, Dan Tiger est réceptionné par Cindy qui le mène comme prévu auprès d’Esmeralda, sorcière guérisseuse du camp fermé des ouvriers agricoles. Rob R. Rozzer se retrouve muté comme chef de la sécurité d’une usine décrépite, avec sa fille Faërie toujours catatonique sous sa protection, parmi un personnel de repris de justice encadré par des gardes surtout destinés à repousser les attaques sauvages de Broussards d’un village voisin.
Cette suite permet de sortir de la ville, de franchir la Bordure pour découvrir la vie dans les enclaves au milieu de la Brousse. Comme une transposition, le contexte du récit présente des similitudes avec le tome précédent, Dan devant s’adapter sous l’identité de Nat Digger à un nouveau mode de subsistance comme il l’a fait auprès des Voleurs de Rêves et Rozzer doit s’imposer dans sa fonction en asseyant son autorité, quoique des subtilités vont relativiser un parallélisme simpliste. L’aspect fantasy continue de se développer par leurs quêtes respectives, Dan découvrant la pratique du rêve lucide, des aptitudes de métamorphe comme tigre-garou, des pouvoirs télékinésiques sous l’influence divinatoire d’Esmeralda qui fait miroiter l’existence d’un destin et un amour charnel avec Cindy qui trouble ses sentiments pour Faërie, alors que Rozzer se débat pour retrouver sa position paternelle. Les deux arcs narratifs s’épanouissent séparément dans la première moitié du livre pour se rapprocher dans la seconde en un feu d’artifice d’action et une densité de noirceur encore supérieure au précédent volet. Cette progression dans la révélation de la malléabilité de la réalité fait entrevoir les possibilités oniriques naturelles et volontaires dans la maitrise et l’unification de l’identité schizophrène partagée entre les deux niveaux d’être-au-monde, en dehors de l’utilisation d’équipements technologiques, brain-drains et plaquettes, qui emprisonnent les citadins.

Laisser un commentaire