Histoires de cochons et de Science-Fiction

Dans Cyril le Cybercochon de Eugene Byrne, Andrew Davies a créé Cyril un cochon cybernétique combattant le crime dans un dessin animé qui devient vite un succès international, poussant l’artiste à céder tous les droits du personnage à une multinationale désireuse d’en faire, grâce à la biotechnologie, la vedette réelle d’un nouveau parc d’attractions. Derrière l’humour constant et les complications extravagantes sont posées des questions d’éthique et de responsabilité sur l’expérimentation animale et l’Intelligence Artificielle.
Dans Des Cochons, pour la plupart de Ian Lee, Graham Muttock rend visite à ses parents dans leur ferme après six ans sans leur donner de nouvelles et il est assailli par des impressions provenant de son enfance. Cette science fiction malicieuse illustre l’apport d’un élevage de cochons pour surmonter avec des efforts de discrétion la stérilité humaine.
Dans Origine de la Première Loi de Purnath de Serge Lehman, une présentation est faite du tournant dans la grande bauge de Mukrash que constitue la rencontre entre le maire Purnath et un humain nommé Mahomet après des milliers d’années de séparation entre les deux espèces et la guerre qui les opposait. Cette fable uchronique décrit l’évolution d’une civilisation porcine souterraine et son contact inopiné avec le monothéisme.
Dans Le Plombier pie d’Haemlin de Brian Stableford, l’Humanité unifiée sous la direction d’un Cerveau et agglomérée dans un Corps constituant Haemlin la Cité de l’Ultime Utopie, sous la surface de la Lune, appelle à l’aide les Cochons Augmentés qui occupent la Terre et envoient Tam un plombier pour trouver une solution à un empoisonnement du Sang dû à la présence de rats au sein de la forteresse humaine. Cette anticipation exacerbe l’antagonisme philosophique de deux conceptions du bonheur, comparaison à la défaveur de l’Humanité collectiviste au point d’être aveuglée par son orgueil.
Dans Le Goût du feu de Thomas Day, le narrateur écrivain de science fiction installé depuis deux ans en Roumanie accueille Nancy une amie historienne des sciences pour participer à un projet gouvernemental mystérieux impliquant également un journaliste, un généticien et un roboticien. Au-delà des conséquences sociales du règne de Ceausescu, le groupe découvre un autre héritage monstrueux bien encombrant.
Dans Honoré a disparu de Roland C(ochon). Wagner, Psilocybe et sa famille nombreuse constatent l’absence de leur compagnon Honoré, un cochon transgénique qui vient de recevoir une révélation mystique en écoutant du rock n’ roll, enlevé par Tartag et Niktam chargés de rafler des spécimen spéciaux pour les expériences du docteur Moreau, finalement contrecarrées avec l’aide immatérielle de l’aya Gloria. Cette longue nouvelle, la seule du recueil à ne plus être inédite, faisant partie du cycle Les Futurs Mystères de Paris, développe une aventure décalée et une action trépidante en rapport avec la Psychosphère et les Archétypes musicaux faisant revivre les vibrations nostalgiques d’une époque révolue.
Dans Un Tour de cochon de Esther M. Friesner, le porcelet erre dans la forêt du Pays des Merveilles, se retransforme en petit garçon et rencontre le Chapelier, s’endort ensuite pour retrouver la réalité, suit alors des études et vieillit pour voir s’abattre la guerre atomique. Cette nouvelle dans la tradition surréaliste se nourrit d’une mise en abyme qui dénonce l’analyse psychologique de l’œuvre de Lewis Carroll et exalte le simple enchantement d’une poésie onirique.
Dans Les Titres auxquels vous avez (jambon) cru échapper, un florilège de jeux de mots vient conclure le livre.

Appel d’air

Ce recueil est contextuel, constitué de textes composés dans l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle en 2007, expressions subjectives de trente artistes qui rejoignent leurs visions intemporelles sur la société ; la poésie du choc et de la réaction fédératrice qui loue la bonne volonté sans céder à l’égoïsme et aux lieux communs de Fabrice Colin ; la courte chronique romancée et anarchiste qui exprime les rêves abstraits de la rue concrète de Claude Mamier ; le cauchemar policier de l’abus de pouvoir pathétique de Stéphane Beauverger ; la dystopie administrative qui s’attaque à l’esprit libertaire et anticapitaliste de Roland C. Wagner ; l’anticipation déshumanisée du travailleur dans un système boursier basé sur le potentiel biologique converti en actions et dividendes de Francis Mizio ; la dénonciation de l’engrenage du racisme institutionnalisé et de la violence banalisée dans les services de police de Thomas Day ; la crainte d’une xénophobie gastronomique appuyée par un pistage numérique des consommateurs de Sylvie Denis ; la description acide d’une société de contrôle automatisé pourvoyeuse d’injustices et de solitudes de Patrick Eris ; le triste constat d’une société future de prédétermination génétique stérile parmi des androïdes d’Olivier Tomasini ; l’entrée en clandestinité des artistes face à l’injonction au travail productif et la menace de réquisition en usine ou à la mine de Markus Leicht ; le psaume présidentiel à la gloire de la conversion sociopolitique imposée et profession de foi mégalomane d’un redresseur de torts borné de Claude Ecken ; l’anticipation de la restriction drastique du droit de vote de Jean-Marc Ligny ; le plaidoyer chiffres à l’appui pour la prise en compte de la situation des sans-abri de Li-Cam ; le constat poétique de la disparition en pratique de la devise républicaine de Charlotte Bousquet ; le glissement de la société vers l’absence de confidentialité des données personnelles devenues critères de citoyenneté et le basculement vers la sous-traitance des services de sécurité de Johan Heliot ; le cauchemar de l’interdiction officielle des livres de science fiction aux moins de dix-huit ans de Jean-Pierre Fontana ; la mise en scène par lui-même de la reconfiguration neurale de Serge Lehman ; le rapport circonstancié d’une pratique artistique clandestine lors d’un rassemblement culturel non déclaré et réprimé de Joëlle Wintrebert ; la dénonciation d’une dérive gouvernementale rapprochant chômage et génétique confondant causes et conséquences de Sylvie Lainé ; le court pamphlet sur la paresse et la lâcheté d’un système de certitudes de Vincent Wahl ; la petite ballade dans un dictionnaire avec une sélection de mots à l’étymologie qui fait sens d’Alain Damasio ; l’article survolté sur les cents premiers jours du nouveau président de Jean-Pierre Andrevon ; l’illustration de la promotion sociale par la pureté génétique de Laurent Whale ; la fable aux accents de fantasy sur un système politique mêlant le royalisme à la démocratie et un souverain obnubilé par la génétique de Francis Berthelot ; l’anticipation rétrospective simplement magistrale d’un professeur en histoire de la politique sur les mécanismes de l’élection de Simon Sanahujas ; le conte futuriste d’une Intelligence Artificielle qui parvient à transformer une dictature en démocratie de Lucie Chenu ; la parabole funèbre et poétique dans une personnification des régimes politiques d’Ugo Bellagamba ; la poésie symbolique de Lise N. ; la dénonciation de la mégalomanie ubique et du désir d’omnipotence présidentiels d’Alain Damasio ; les mentions légales remises au goût du jour de Catherine Dufour.
Ce livre combine une grande diversité et une intense densité, renfermant les craintes sur la mise en danger de principes éthiques et des projections de dévoiements technologiques et scientifiques, qui parfois font sourire et la plupart du temps, avec du recul, donnent des frissons jusqu’à la nausée.