
Dans L’Offrande Pourpre, le jeune Zanthu ambitionne en tant qu’adorateur de Ythogtha de s’asseoir sur le trône du hiérophante de Mu, malgré la concurrence du culte florissant de Ghatanothoa. Il se rend donc avec son frère impétueux Kuth dans le désert méridional de Yish à la recherche de la sépulture d’Iraan le conjurateur afin de lui dérober le Sceau Noir, talisman indispensable pour invoquer Ythogtha. Cette nouvelle tient lieu d’introduction, la momie de Iraan a fait couler le sang de Kuth et l’ambition du sorcier Zanthu peut se déployer sur Mu.
Dans Celui qui Attend dans la Tombe, le journal tenu par Harold Hadley Copeland est reproduit, narrant sa poursuite de l’expédition Copeland-Ellington malgré la mort de son compagnon frappé par le choléra, traversant le plateau de Tsang en Asie Centrale avec pour objectif, sur les indications des Écritures de Ponape, le sépulcre renfermant les Tablettes de Zanthu. Ce texte qui se focalise sur Mu puise dans Les montagnes hallucinées de Howard Phillips Lovecraft la froidure et la référence à Leng bien qu’expédiant le côté géologique et les descriptions artistiques, et emprunte à Dans l’abîme du temps le désert, l’Océanie et la notion de déjà-vu, de double et de miroir quoique de façon diffuse avant la fin sans équivoque. Les nouvelles se rejoignent de toute façon dans la préhistoire inhumaine, le gigantisme spatiotemporel qui prouve l’insignifiance humaine et l’archaïsme de la naissance de la Terre occupée par des entités cosmiques.
Dans La Bête dans l’Abîme, la traduction faite par Copeland d’une partie des Tablettes de Zanthu est présentée. Ce récit est une reprise un peu modifiée et surtout augmentée de L’Offrande Pourpre, rappelant de façon plus détaillée le contexte religieux et les luttes de pouvoir dans les Neuf Royaumes de Mu qui poussent Zanthu à défier les Anciens (ici Dieux d’Antan alors que les Grands Anciens sont souvent appelés les Anciens) et leurs sept liens emprisonnant Ythogtha, ce qui provoque leur ire et l’engloutissement sous les eaux du continent de Mu. Une mise en abyme littéraire réside dans l’ajout de notes qui précisent des références fluctuantes sur des livres maudits et construisent artificiellement une crédibilité, démarche amusante présente dans tout le Mythe de Cthulhu.
Dans En Dehors du Temps, un extrait du journal personnel du Docteur Henry Stephenson Blaine, conservateur responsable de collection de Manuscrits de l’Institut Sanbourne d’Archéologie Océanienne de Californie est reproduit, faisant suite à Celui qui Attend dans la Tombe et à sa note introductive au journal de l’expédition Copeland-Ellington. Répondant à L’appel de Cthulhu de Howard Phillips Lovecraft, l’inventaire des artéfacts légués est présenté, les dossiers renseignent les recherches effectuées par Copeland dans les livres maudits et dans la presse, dans la droite lignée des descriptions du Mythe, se concentrant sur Mu, Cthulhu et sa triple engeance, indiquant exactement les coordonnées de R’Lyeh présentes dans L’appel de Cthulhu, notant ses rêves terrifiants hantés par la phrase emblématique : Ph’nglui mglw’nafh Cthulhu R’Lyeh wagh’nagl fhtagn, et par les Yuggya (ici Yuggs) serviteurs de Zoth-Ommog et de Ythogtha convoqués par Zanthu dans La Bête dans l’Abîme. Blaine suit le chemin vers la folie pavé par Zanthu et par Copeland en comprenant que l’insignifiance de l’humanité est relative dans sa possibilité de devenir un outil pour la délivrance des Grands Anciens.
Dans L’Horreur dans la Galerie, la déposition à la police d’Arthur Wilcox Hodgkins (ou Hodginks), assistant de Blaine, présente les évènements qui font suite à la nouvelle précédente, l’internement de Blaine et la transmission du manuscrit à Hodgkins qui prend sa suite dans l’organisation de l’exposition de la collection Copeland. Cette reprise en main de toute la documentation donne lieu à une présentation classique du Mythe dans ses grandes lignes et l’apparition chez Hodgkins des rêves maléfiques au contact de la Figurine de Ponape, responsable de l’effondrement de Blaine. Lin Carter s’associe encore une fois à Les montagnes hallucinées de Howard Phillips Lovecraft à propos de la rébellion des Grands Anciens contre les Anciens et surtout à Dans l’abîme du temps avec la présence du fils de Nathaniel Wingate Peaslee, la guerre opposant les Yithiens et les Anciens, et en profite pour expliquer l’origine de la Terre remorquée jusqu’à sa position actuelle par les Grands Anciens dans leur fuite, pour esquisser une généalogie profuse du Panthéon et inclure de longs extraits des livres maudits particulièrement du Necronomicon. Le dénouement de la nouvelle se base sur une magie à l’approche matérialiste de principes physiques venus des étoiles, de vibration et de résonance, d’opposition offensive entre la pierre-étoile de Mnar des Anciens, plutôt connue dans son utilisation défensive et de l’idole du Grand Ancien, méthode privilégiée à l’invocation d’une divinité d’un élément primordial contraire. Ce texte apparait dans Les adorateurs de Cthulhu sous le titre de Zoth-Ommog.
Dans L’Héritage Winfield, Winfield Phillips se rend d’Arkham à Durnham Beach en Californie pour assister aux obsèques de son oncle Hiram Stokely, de retrouver son cousin Brian Winfield et, en tant que secrétaire particulier du Dr Lapham, de se renseigner sur l’affaire Hodgkins. La nouvelle sous forme de témoignage écrit intègre le thème de l’héritage familial maudit dans une continuité avec les précédentes par l’évocation de l’Offrande Pourpre et la présence insidieuse des Yuggs autour du charnier de Hubble’s Field, illustrant l’influence des Grands Anciens et de leurs séides sur les humains corrompus.
Dans Rêver, Peut-Être, Parker Winfield consulte le docteur Zarnak concernant ses cauchemars de coulée sous-marine en direction d’un mystérieux portail. Autour de l’ambiance de polar dans les bas-fonds cosmopolites en hommage à Robert Ervin Howard, l’aspect onirique s’inscrit dans les Légendes Xothiques par la collection d’art primitif du Pacifique et l’idole d’Ythogtha neutralisée par sa mise en contact avec les pierres-étoiles de Mnar comme dans L’Horreur dans la Galerie.
Dans L’Étrange Manuscrit Découvert dans Vermont Woods, le journal retrouvé en pleine nature et signé Winthrop Hoag narre son arrivée au nord d’Arkham pour occuper la cabane isolée en bordure des Bois Profonds que son cousin Jared Fuller lui a léguée. Malgré l’ancrage de l’héritage familial maudit et la présence des livres impies, ces témoignages imbriqués concernent cette fois Ossadagowah ou Zvilpoggua fils de Tsathoggua, le gigantisme de la menace et son culte archaïque scandé.
Dans Songes de R’Lyeh, ces poèmes ont un rapport direct avec la nouvelle précédente, composés par Wilbur Nathaniel Hoag, abordant son enfance et la mort horrible de son oncle Zorad Ethan Hoag, dans la répétition de cette malédiction familiale parmi les alentours macabres d’Arkham. Par l’intermédiaire des livres maudits, Hoag exprime les visions oniriques d’une terreur prophétique présentant une résonance avec À la recherche de Kadath de Howard Phillips Lovecraft.
Dans Sous la Clarté Lunaire, le Dr Charles Winslow Curtis est engagé au sanatorium de Santiago en Californie et doit traiter le cas particulier de paranoïa aigüe affligeant Uriah Horby dans sa crainte irraisonnée d’un lézard qui habite la Lune, que le Necronomicon désigne sous le nom de Mnomquah. Cette nouvelle est un modèle de mise en abyme du Mythe de Cthulhu dans son ensemble, le savoir puisé dans les livres se heurte à l’incrédulité de la normalité, s’intéresser à la littérature autour du Mythe ne peut pas être sérieux, et représente une maladie qui se propage, devenant un vrai domaine d’érudition et de lucidité ou alors une simple sous-catégorie de la pop culture.
Dans Les Pêcheurs du Dehors, Harlow Sloan est engagé par le Dr Mayhew pour participer aux fouilles de l’antique Zimbabwe dans la jungle de Rhodésie, recherches qui les mènent à la Pierre Noire recouverte de symboles présents dans les Écritures de Ponape. Sous forme de témoignage, le texte rend hommage à Robert Ervin Howard avec Groth-golka frère de Mnomquah, peuplé des cauchemars innommables du narrateur et menant à l’invocation des Shantaks fatale pour Mayhew dans sa curiosité dévorante.
Dans Derrière le Masque, Bryant Hoskins en tant qu’assistant du Dr Cyrus Llanfer de l’université Miskatonic s’intéresse au contenu du Texte de R’Lyeh, légué par Amos Tuttle. Cette nouvelle est similaire dans la thématique à Rêver, Peut-Être, dans la découverte du Mythe par un novice pris dans l’influence du livre qui remplace ici l’idole et dans des visites oniriques du plateau de Leng, sa tour sombre et le lama Tcho-Tcho au lieu de R’Lyeh et Cthulhu, Yhe et Ythogtha.
Dans L’Étrange Malédiction de Enos Harker de Lin Carter et Robert M. Price, Paxton Blaine devient l’assistant du Dr Harker dans ses recherches sur le plateau de Leng et le peuple Tcho-Tcho. Ce témoignage du neveu du Dr Blaine, protagoniste de L’Horreur dans la Galerie, fait directement suite à la nouvelle précédente, mais Lin Carter a abandonné ce texte après le cinquième chapitre et Robert M. Price a pris la suite, s’appuyant sur l’indication du passé ecclésiastique de Harker et son voyage en Asie comme missionnaire pour l’envoyer évangéliser le peuple de Leng, étudier leurs textes, participer aux rites d’anthropophagie et recevoir une révélation proche d’un bouddhisme mélangé à diverses systèmes ésotériques rappelant Helena Blavatsky, imaginant le Christ visiter Leng avant sa destinée occidentale et jetant une lumière nouvelle sur la transsubstantiation. Le propos développé ici répond à celui de Howard Phillips Lovecraft dans À travers les portes de la clé d’argent dans la transition onirique au-delà de la substance matérielle illusoire.
Dans La Cloche dans la Tour, le vieux Lord Northam devenu solitaire et excentrique raconte son expérience passée avec le Necronomicon à son jeune voisin Williams qui vient d’en acquérir un exemplaire dans une boutique insolite de Londres. Cette histoire rejoint la thématique de la malédiction familiale et repose sur le passage derrière le voile de la réalité tangible à l’aide d’une cloche d’argent pour remplacer la clé, nouvelle de Howard Phillips Lovecraft sous le nom de Le descendant et ici poursuivie en se focalisant sur le détail de la hantise du Lord pour les cloches sonnant dans les églises pour développer tout un Rituel rejoignant La clé d’argent.
Dans L’Âme Vendue au Démon de Robert M. Price, Jacob Maitland est chargé de récupérer auprès de Winfield Phillips des livres maudits, hérités de son oncle Hiram Stokely, pour le compte de l’institut Sanbourne et sollicite l’aide du Dr Anton Zarnak. Cette nouvelle est la suite directe de L’Héritage Winfield, prolongeant l’ambiance de polar sombre et surnaturel en hommage à Robert Ervin Howard, présentant une conclusion à cette malédiction familiale et glissant au passage une théorie intéressante sur la scission entre Al Azif et la version appelée Necronomicon de John Dee.
Ce recueil doit sa cohérence et sa continuité au solide travail éditorial de Robert M. Price formant un véritable cycle qui continue l’œuvre de Howard Phillips Lovecraft par des ajouts aventureux de sa part et de celle de Lin Carter.












