Den 4 Rêves et Alarmes – Richard Corben

Den, Kath et Dort se séparent pour donner l’assaut contre le château de Skon, fils de Zeg, pour récupérer les Pierres de Nar.
Cette suite directe de Den 2, après l’habituelle ellipse transitoire, était initialement constitué de sept fascicules. Le premier chapitre, sous la forme d’un cauchemar, installe la folie dévorante de Skon dans le prolongement du funeste destin de son père Zeg et de son fils Tarn, développe un flottement identitaire imputable à la nature onirique de l’expérience autour de Kath dénuée de sa fragilité intrinsèque, et présente en anticipation le défi qui attend Den par sa propre mort en conclusion du rêve. Son réveil dans Cragor la Cité des Sons et la prise de conscience de son corps empâté par les excès et le manque d’exercice inaugure une détresse psychologique faite de réminiscences confuses et de douleur nostalgique qu’il ne parvient à surmonter qu’avec l’aide de son acolyte Ghastelm le Sombre l’aiguillant sur sa quête des Pierres de Nar pour sauver Nullepart et de ses sentiments pour retrouver sa vérité. Après une épreuve symbolique pour exorciser les fantômes, initiée par le nécromancien Lusque, l’action et l’aventure peuvent se déployer, avec un surprenant apport technologique moderne généralisant les fusillades, mettant en scène un combat d’aviation, l’exploration d’un réseau de tunnels immergés en sous-marin et le voyage souterrain à bord d’une foreuse. Ce recueil multiplie les références à Howard Phillips Lovecraft, d’abord avec Lusque qui psalmodie des incantations à l’intention de Niggurath et Azathoth, puis avec l’emprisonnement à Ichthya la rêveuse Cité Engloutie dirigée par la Reine Ryllia et peuplée d’hommes-poissons, rappelant les Profonds, qui s’expriment à base de « Mglw’ nafh fthtagn » auxquels le submersible est volé pour l’évasion, et enfin avec la traversée des grottes stygiennes au sol recouvert d’ossements et dans lesquelles déambulent des goules, faisant tout de suite penser à A la recherche de Kadath, alors que Skon invoque ce qui rôde sur le seuil. Sur le plan graphique, le récit retrouve une frénésie qui privilégie le dynamisme de petites cases et qui logiquement pousse les grandes illustrations majestueuses de transcendance à se raréfier, compte tenu du moindre format traditionnel des comics sur du papier journal. Ce quatrième album est de loin le plus long de la série, contenant peu de moments d’accalmie, et ce qu’il perd un peu en finesse de dessin et en représentation abstraite se voit aisément rattrapé par l’efficacité de la narration et la construction solide de l’histoire autour des dichotomies perméables en miroir, dialectique du rêve et de la réalité, superposition illusoire de Kath et de la Reine, qui apportent la profondeur thématique nécessaire pour clôturer cette saga exceptionnelle.

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