
Un vaisseau spatial s’écrase sur une île de Nullepart et dévaste les environs du repaire de l’ermite Zeg, éparpillant quantité d’œufs et libérant deux survivants, la musculeuse femelle asexuée Kil et le Mâl à la maigreur squelettique.
Le bouleversement narratif est autrement plus radical que l’évolution vers plus de complexité empruntée entre les deux premiers volets, le troisième opérant un retour à une condensation thématique plus abstraite sous une forme de préquelle. Une grande maturité s’exprime dans la modification du traitement des personnages qui suit les changements culturels et sociétaux des codes entourant le statut et la représentation des sexes. Cette fluctuation coïncide avec un processus d’exploration des identités pour atteindre des sphères métaphysiques, ontologiques et poétiques. Le rétrécissement géographique initial s’accompagne d’une ouverture et d’une étrangeté inscrites dans l’origine exotique de Kil et le Mâl chassés de leur planète par une guerre entomologique expliquant l’importance des Dramites dans Den 2. La véritable nature de la Reine et sa relation avec Den acquièrent également une nouvelle perspective, comme la convoitise de Zeg et ses descendants pour le pouvoir des Pierres de Nar et le sceptre Locnar. Au travers du Mâl et par extension du bébé transparait à rebours le concept de corps comme réceptacle et véhicule, idée d’une fonction déterminant l’existence d’un individu, à l’image des fourmis et des termites. D’un point de vue graphique, la structure en chapitres bien différenciés du premier album revient, débutant par un segment qui occupe plus de la moitié du récit dans la veine classique de l’artiste, puis la seconde partie tranche par son rendu moins réaliste et plus grossier dans les traits surtout pour les scènes à distance ou montrant une foule comme dans un flashback incertain, et les deux dernières sections retrouvent de la netteté mais aussi des paysages épurés, une poésie minimaliste et une intensité transcendante. Ce tome prolonge l’atténuation de l’érotisme provoquant en relativisant les genres et de la surenchère dans la violence, qui culmine tout de même avec le sursaut de Kil à la fois Reine et Guerrière de la page 72 à 74 en rouge sur rouge, pour atteindre une profondeur ahurissante et un nouvel éclairage sur la saga.