Planète Story – Harry Harrison / Jim Burns

A bord du cuirassé spatial L’exécrable, le deuxième classe Les Joyeuses doit à son sex-appeal surnaturel un harcèlement constant et, à force de repousser les avances de ses supérieur(e)s, il va être débarqué sur la planète isolée Strabisme pour seconder le colonel Karnage exaspéré de ne commander que des robots dans sa base automatisée. Les Joyeuses réussit à gérer les excentricités sadomasochistes du colonel Karnage et profite d’une relative tranquillité jusqu’à l’arrivée importune du professeur Shlek chargé d’effectuer un relevé des ressources planétaires de Strabisme. La trouvaille d’un gisement de lortium, minerai indispensable à l’effort de guerre, provoque le déploiement du CRRAC, Constructeur de Rails, Raboteur, Aplanisseur et Concasseur, pour relier la base à la future mine, saignant le paysage par l’activation de son mode en contexte inhabité. Le premier voyage de reconnaissance de la voie ferrée est effectué par l’amiral d’Audousse qui réquisitionne l’ancien historien et exobiologiste Les Joyeuses en tant que chauffeur de la réplique d’un train antique, situation aisément acceptée dans la perspective de côtoyer la plantureuse et exolinguiste Lolo Bocul. Mais l’aveuglement de la démarche devient évident par la découverte d’une agglomération extra-terrestre traversée sans égards par les rails et la rencontre avec un peuple reptilien victime de cette destruction.
Ce conte illustré totalement déjanté entre névroses et grivoiseries dans un langage fleuri développe avant tout la critique indirecte d’une société humaine intergalactique basée exclusivement sur la force militaire d’une hiérarchie humiliante et la volonté xénophobe de conquête. L’exubérance de l’histoire ne cède pas non plus à la caricature manichéenne, les différentes espèces indigènes approchées, lézards, homards et rats rivalisent de mauvaise foi et de stratégies retorses. Tout un univers de folie est donc décrit tel un théâtre surréaliste d’égocentrismes forcenés et d’iniquité frustrante. Dans la droite lignée de Bill le héros galactique, la dénonciation antimilitariste porte sur le système sociopolitique mais se focalise sur l’armée comme fabrique d’individualités encouragées dans leur psychopathie par une impunité distancielle, alors que la dimension écologiste pourtant présente reste assez discrète et diluée dans la surenchère universaliste de l’irresponsabilité particulière. Au départ, les illustrations servent à caractériser les personnages dans une esthétique inspirée par les jeux vidéoludiques avec un aspect lissé et des cadres de menus contextuels mais, en avançant dans les pages, les textures sont de moins en moins artificielles et froides, même si un côté figé demeure dans l’ensemble. Le tout est agréable sans briller d’une grande ambition littéraire et au contraire le format 28×28 cm peut paraitre présomptueux.

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