Demain matin, au chant du tueur ! – Michel Pagel

Marc Renouvier dans l’exercice de son activité de tueur à gages pour l’organisation sous le sobriquet de John Wayne exécute le grand truand François Lescarre et libère au passage Gisèle la fille de son rival Romain Guernot qu’il tenait droguée en otage. Le commissaire Richard Barthélémy et le superviseur du métropolitain parisien André Daubet sont convoqués par le préfet Stannier pour assainir Pigalle, quartier devenu un repaire de marginaux échappant à la surveillance de la police.
Ce polar sombre et nerveux tourne autour du personnage nuancé de John Wayne, entremêlant les différents arcs narratifs des deux gangs qui se font la guerre, de la police qui tente de reconquérir les territoires et de l’organisation secrète qui exerce le commerce du meurtre commandité. Des trajectoires secondaires dans le récit viennent enrichir le contexte classique du genre. L’anticipation dystopique s’affirme au travers de l’histoire de Robert Lacordet qui tue en légitime défense les parents anthropophages de Vania, une jeune fille qu’il prend sous son aile, illustrant l’existence des troglodytes réfugiés dans les stations et les lignes de métro désaffectées depuis le tremblement de terre cinquante ans plus tôt, à l’origine du no man’s land de Pigalle depuis reconstruit à la peine comme une favela misérable. Le fantastique, entre horreur biologique et évolution décadente, est représenté par le poète maudit Charles Dietrich et le thème de la plaie bavarde. La nostalgie, la déliquescence sociopolitique et la stagnation civilisationnelle l’emportent sur tout futurisme malgré, comme unique concession science-fictive, l’existence anecdotique d’un cyborg. La grande qualité de ce premier roman réside dans son action survoltée et sanglante apportant densité et intensité, dans sa construction d’une solidité irréprochable par l’agencement astucieux du devenir des nombreux personnages et bien sûr dans un humour noir omniprésent avec entre autres Adolf Hitler en collègue de John Wayne ou la relation contrariée de Richard Barthélémy avec les animaux de compagnie, l’ensemble prouvant s’il le fallait le talent et le savoir-faire d’un auteur qui deviendra majeur.

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