Ombromanies – Jean-Pierre Hubert

Sur la plage de la baie au pied de l’Académie, Hejne avec son caractère de meneur rebelle décide d’ignorer le rappel des Maitres et taquine la Soupe, une falaise de brume épaisse et visqueuse, provoquant la désapprobation d’Arvist, Roco et Ormelle alors que Fren reste comme d’habitude solidaire de son impétuosité. Gedrun, un Valet brutal, les retrouve et une empoignade s’ensuit pendant laquelle Fren le blesse à la tête avec une pierre, cette grave faute entrainant un procès devant le Conseil des Sages pour cette Famille scindée dont la responsabilité est engagée par révolte farouche ou inaction peureuse, finalement condamnée à l’exil au sein de la masse opaque de la Mère mystérieuse.
Le début du roman est un parfait exemple d’introduction à une fantasy de voyage dans l’inconnu et de quête d’identité ponctuée d’étapes symboliques et d’inquiétante étrangeté. Malgré les ralentissements ou les accélérations temporels, le chemin de la destinée potentielle du héros Hejne s’exprime par sa Ligne qui attire des personnages fantasmagoriques issus de la force mutagène et réplicatrice de la Mère, sa capacité d’incohérence et de stimulation anarchique, d’assimilation substantielle et de génération spontanée par adhérence et distorsion. Dans la tradition du fantastique surnaturel et surréaliste, le néophyte itinérant Hejne charrie avec lui Alysse une ogresse soumise, une version vieillie et acide d’Ormelle et une maison-verrou qui se loge dans son oreille interne au cours de son chemin initiatique pour grandir, acquérir force et volonté. Ce conte est profondément psychologique dans la libération de Hejne quittant la rigidité d’une enclave sociale stagnante et frustrante pour pénétrer le chaos fécond d’un monde instable qui donne des leçons par la guerre et l’esclavage, procurant des séquences hallucinées à base de machineries improbables. Par la présence écrasante et étouffante de la Mère, le principe d’incertitude et de versatilité qui l’accompagne, son image massivement angoissante et la puissance de son évocation jusqu’au vertige métaphysique, le texte s’apparente aussi à la littérature de cette époque au vernis science-fictif sous-jacent qui dénote la volonté de l’auteur de présenter une illustration existentielle de la théorie quantique.

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