
Dans le cadre de ses études menées en dilettante et de la constitution de son mémoire sur les Hittites, Tom Goupil part découvrir la Turquie et, sur les conseils de son professeur, rencontrer à Ankara l’éminent archéologue Mustafa Haydemir qui l’invite à le rejoindre plus tard sur son site de fouilles dans la Cappadoce.
Cette seconde histoire repose sur des enjeux de polar, le héros cherchant les responsables d’une tentative de meurtre sur Mustafa Haydemir et l’enlèvement de sa nièce Fatima et de son neveu Selim. La continuité avec le tome précédent est assurée par la narration à la première personne toujours aussi enlevée, une action bien installée et de nombreux rebondissements mais l’aspect aventures est minimisé par certains choix du récit comme l’abandon de la linéarité de Le Crâne du Houngan qui garantissait une gradation dans la nouveauté du parcours remplacée ici par des allers-retours et une localisation réduite, la transparence du double jeu des vils personnages qui sabote le doute sur leurs intentions, la modifications des motivations de Tom n’ayant plus besoin de chasser le trésor pour s’enrichir et se consacrant à son obsession pour la jeune Fatima qui rend secondaire l’empêchement du projet de coup d’état militaire aux ramifications politiques et religieuses, sans compter un rythme plus saccadé provenant des périodes de claustration du héros dont la première se situe dès le début du roman. Sur le plan des mystères, contrairement au premier tome qui faisait de l’apparition finale des zombis un couronnement surnaturel venant briser un réalisme bien ancré, ici la survenue du djinn dès la moitié du livre injecte un fantastique qui fait fondre le semblant de crédibilité développé auparavant en faisant bifurquer avec précipitation le fond de l’ambiance vers une magie abstraite, venant parasiter l’impact de la traditionnelle conclusion qui flirte avec le gore.
Le véritable problème, totalement indépendant de la qualité d’écriture, provient de l’idylle naissante entre l’aventurier et la nièce, Tom et Ann en Martinique avaient le même âge et pouvaient initier un processus d’identification pour un jeune lectorat, mais cette fois du haut de ses 25 ans il fricote avec une adolescente d’à peine 15 ans et l’initie aux jeux amoureux qui garantissent la virginité de son hymen, sous-entendu assez vague pour s’adresser à un autre public, aux fantasmes d’un lectorat plus vieux et libidineux pour pas dire dégueulasse. Ne faisant pas partie d’une littérature de provocation mais plutôt de divertissement dans la bonne humeur, le choix est incompréhensible de pousser Tom tout au long du texte à se dire qu’elle est un peu trop jeune mais qu’elle ressemble à une femme et qu’elle est consentante dans sa profonde candeur. Le fait est surprenant qu’un roman paru en 1995 soit aussi daté et rétrograde sociologiquement, résultat d’une incroyable maladresse qui procure un malaise certain dans la confusion entre la condamnation formulée du mariage des enfants et la façon de pousser son personnage séducteur dans ses limites floues comme un défi et une escalade inutile qui de tout façon s’arrête là puisqu’il n’y aura pas de troisième volet.


