Sloma de l’Abianta – Daniel Piret

Sloma a grandi dans les grandes cavernes, bercé par les histoires de son grand-père qui ont aiguisé son désir de vérité et sa soif de liberté afin de découvrir le destin de Ceux d’Avant qui vivaient dans le monde d’En Haut.
L’enchainement rapproché de Strontium 90 (n°983) et de Sloma de l’Abianta (n°1113) montre la démarche de Daniel Piret qui explore différentes possibilités d’anticipation apocalyptique avec, comme points communs, l’année 1986 et la survivance d’une société obscurantiste. Pour les différences, cette fois la structure du récit entre science fiction et fantasy est plus classique avec une scission égalitaire, plus équilibrée mais moins percutante, l’ordinateur ici d’un modèle 0X27C a un rôle tout à fait différent du X327C de Strontium 90, les mutations bien que présentes ont perdu de leur importance, la dimension religieuse est beaucoup plus développée au travers de la haine théorique réciproque que se vouent les habitants des profondeurs et ceux de la surface dans leur ignorance et la crainte atavique de l’Entité-cerveau-ordinateur que Sloma a réveillé. Mais la plus grande différence est savoureuse dans la cause de la catastrophe basée sur la concomitance d’une minuscule panne dans le central de surveillance américain, l’errance approximative à cause d’une brume épaisse d’une tribu mongole sur la frontière entre l’U.R.S.S. et la Chine ainsi que le passage dans l’atmosphère d’une météorite. L’inexorable enchainement en cascade des limitations technologiques et des bévues humaines imprégnées d’idéologies introduit une ironie mordante en mettant le feu aux poudres de la Guerre Froide et en court-circuitant la théorie des jeux par l’idée que le premier à frapper sera le vainqueur. Cette nouvelle itération des possibles non réalisés qui ressemblent à des réalités projetées, parallèles et alternatives, tient son intérêt de sa première partie de développement vraiment amusante avec ses nombreux personnages pour la plupart des rouages insignifiants dans leur position de témoins dépassés, le divertissement dépassant le coup de poker géopolitique hasardeux d’un rapprochement en 1984 entre les États-Unis et l’U.R.S.S. en même temps qu’une inimitié belliqueuse durable entre la Chine et l’U.R.S.S.

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