Puzzles – Philippe Heurtel

Dans Fenêtres de l’âme, Hélène se penche sur un puzzle personnalisé pendant ses journées passées à l’hôpital, au chevet de sa fille Cathy atteinte d’un cancer. Par un fantastique symbolique, cette histoire illustre l’amour maternel dans le désir de protection, la beauté de la transmission par le don de soi.
Dans Cœur de glaise, une trapéziste victime d’un accident pendant son numéro alors qu’elle était au début de sa grossesse reste cloîtrée et déforme le corps de son fils à l’aide de tuteurs avant de l’abandonner à son ancien employeur comme phénomène de foire. Cette nouvelle glauque magnifie l’existence torturée d’un freak dans une affirmation candide d’un amour qui surpasse le monde matériel et les déviances vicieuses.
Dans Puzzles, Philippe du haut de ses six ans parvient à reconstituer un puzzle de chat. Par ce court exercice de style dédicacé à Mélanie Falzi, l’humour noir et la dérision convoquent dans une rétrogradation le symbolisme du puzzle comme support de la constitution d’une personnalité psychopathique.
Dans La lampe, la veuve Adèle Clément se fait remarquer au marché en compagnie de Markû, un djinn sorti d’une lampe à huile qu’elle a dénichée dans un magasin d’antiquités. Cette nouvelle engagée promeut avec malice et bonne humeur un enchantement du quotidien face à une société stagnante et renfermée.
Dans Double vie, un homme s’emmitoufle pour se protéger des rayons du soleil et sort braconner dans la forêt afin de se nourrir convenablement. Ce court texte use de l’absurde pour montrer le relativisme de la monstruosité, jouant avec les codes de la normalité et un renversement de nature.
Dans La nuit du prédateur, Angie et Lazaro sont des agents du F.B.I. lancés à travers les États-Unis sur les traces de la vampire Helen, avec l’aide de Mike et de ce lien partagé depuis qu’elle l’a mordu puis ressuscité. Cette course-poursuite à l’ambiance de polar surnaturel est plutôt classique mais brille par son efficacité dans une dialectique entre la prédation et la part d’humanité du protagoniste.
Dans Anniversaire, un vieillard arthritique en fauteuil roulant se réjouit de consulter ses mails reçus pour son anniversaire. Cette très courte nouvelle se base sur la constitution d’un égrégore numérique qui transcende la question de la sécurité informatique.
Dans Le manuscrit, Édouard Deschamps est arrêté par la police alors qu’il travaille sur son dernier roman. Ce texte met en scène l’incrédulité schizophrène face à la contamination du réel par la fiction.
Dans Réveillon, Philippe en tant qu’informaticien d’astreinte pour une banque appréhende le passage à l’an 2000 puis finit par se laisser emporter par la fête, aboutissant à un glissement éthylique au premier degré.
Dans L’amante, Diane invite Victor chez elle pour un dernier verre après une exposition, débouchant sur une relation charnelle passionnée.
Dans Graffitis, un homme devient sans domicile fixe et sombre dans l’indifférence totale de la société. Au premier degré, la misère est rejointe par la solitude et personne n’est à l’abri de cet effacement social.
Dans La Fée de Londres, une fée qui loge dans un globe créé par Collodi tente de mettre fin à la solitude de Sarah, clouée dans un fauteuil roulant, en donnant conscience à Robby son automate domestique. Ce conte moderne charrie une tristesse certaine à la mesure de l’éparpillement de Faërie et d’un désenchantement mécaniste.
Ce recueil basé sur des contrastes présente, comme le soulignent Sylvie Miller et Philippe Ward dans la Préface, une vraie exigence de composition et un raffinement qui s’expriment dans la profondeur psychologique et émotionnelle due à la superposition du réel et de l’imaginaire dans une interpénétration intense.

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