
Après son arrestation, le psychopathe est incarcéré à l’isolement, s’accommode aisément de la solitude mais regrette amèrement sa liberté. Le portrait du baroudeur était confirmé lors du procès : égocentrisme exacerbé, absence d’empathie et intolérance à la frustration.
Pour n’être pas qu’une suite dans une simple linéarité, le prisonnier dans sa cellule décide d’écrire son autobiographie qu’il intitule Massacre à l’espadrille dans une belle mise en abyme à rebours et pour l’englober il emprunte à la bibliothèque carcérale un polar de Serge Scotto. Manifestement pas avare de transcendance narrative et pour justifier au passage son titre, l’histoire conjugue l’enfermement à l’apprentissage pour le reclus de la décorporation méditative et de l’escapade astrale pour singer de manière convaincante l’état de mort apparente et de se faire conduire à la morgue d’où une cavale lui tend les bras. Le voilà donc reparti dans une errance vraiment très comparable au premier volet de cette trilogie avec le viol suivi du meurtre d’un jeune garçon homonyme de sa première victime et le massacre de deux flics encore une fois lors d’un contrôle routier, à la différence que l’action se situe surtout à Poitiers et que son identité est désormais connue de tous en tant qu’ennemi public n°1. Passé le choc de la surprise du premier roman, la répétition approximative de la structure ici s’essouffle un peu en abandonnant rapidement la métamorphose originale de l’approche des premières pages qui ouvrent finalement sur une aventure fantasmatique moins sérieuse qui ne se transforme jamais en quête, à raison, en accord avec l’absence radicale de sens, mais les tribulations de Philippe le criminel traqué peuvent sembler aussi abstraites que le produit d’un rêve, réduisant la tension immédiate et l’impact moral du précédent livre, poussant la quatrième de couverture à déborder quelque peu en proclamant que le protagoniste est « terriblement sympathique ».