
Après la prise d’otages ratée dans la bonneterie, écourtée par la vendeuse Jasmine (devenue ici Justine dans le récapitulatif) qui lui a tiré une balle dans le bide avec son flingue subtilisé à un flic, Philippe est dans le coma mais conscient de ce qui l’entoure, son émanation éthérée flottant dans sa chambre d’hôpital au-dessus de son corps inerte. Une infirmière nommée Khiara prend l’habitude d’assouvir ses penchants de dominatrice en le violant plusieurs fois par semaine avant de l’aider à s’échapper pour le cacher chez elle et le tyranniser comme un esclave soumis et consentant.
Avec la trahison de Justine qui ne connaissait pas le syndrome de Stockholm et l’emprise de Khiara qui lui fait découvrir la dimension physique de la sexualité dans un mélange de projection de passivité homosexuelle et de fascination hétérosexuelle craintive, Philippe est confronté à la perversité de l’autre, le plaçant en position de victime sans que ce soit une leçon éthique transcendante sur sa propre nature malgré son retour à la décorporation. Il sera libéré de sa servilité par un accident qui ressemble surtout à un acte manqué et va le reconnecter à sa sauvagerie, à la simplicité et la liberté du monde animal encore plus proche que dans les précédents romans, en mettant sur son chemin une femelle rottweiler qu’il nomme Khiara et dont il fait sa complice et arme de meurtre. Cette nouvelle cavale le mène aux alentours de Corbières dans un retour au point de départ pour clôturer une existence monstrueuse par une réclusion volontaire en marge de l’humanité et sur les traces de son enfance. Ce dernier volet de la trilogie continue à distiller une touche d’irréalité et de mise en abyme aussi psychologique que métaphysique, renforcée par le contraste avec une insistance sur la scatologie symbolisant la réalité matérielle et amorale du monde en-deça de toute civilisation.