Massacre à l’espadrille – Serge Scotto

Le narrateur est un violeur d’enfants devenu tueur en série qui loue des chambres de sa maison de Corbières à des étudiants et des touristes. Dans le calme de hors-saison, il décide de prendre des petites vacances itinérantes pour chasser l’opportunité du côté de Marseille, de Cassis, de La Ciotat et dans l’arrière-pays provençal.
Cette littérature bâtarde est un exercice de style d’équilibriste, pas vraiment du polar en utilisant pourtant ses codes narratifs et pas tout à fait une étude criminologique par sa forme romancée quoique assez clinique dans l’autoportrait, le soliloque aussi banal que révélateur. Le spécimen qui se raconte est un monument d’égocentrisme, un solitaire qui cherche la tranquillité mais paradoxalement doit composer avec les conséquences de ses pulsions et freiner sa fascination pour le traitement médiatique de ses crimes. Dans son rôle de collectionneur amoral, il cultive le souvenir de ses victimes et les convoque sous forme d’hallucinations qui le flattent, minimise sa responsabilité par son absence de préméditation, présente une distanciation émotive certaine par exemple à propos du décès naturel de ses parents, constate avec circonspection l’évolution anarchique du profil de ses cibles et frémit avec froideur de sa propension au faux-pas symbolisé par la casquette qu’il conserve du petit garçon poussé du haut d’une falaise après son agression, découverte dans son coffre de voiture par deux gendarmes qu’il tue avant de les exposer dans une mise en scène puérile. Car ce violeur devenu meurtrier est piégé dans une sexualité rudimentaire et immature, dans un stade masturbatoire et platonique d’une homosexualité neutralisée par une perception androgyne et une méconnaissance datant de son enfance. Ce journal d’un psychopathe reste crédible avec ses passages faits pour choquer, d’autant plus que cette personnalité est totalement dénuée de noirceur, développant des délires aussi incongrus que sa haine des Anglais comme une rengaine et son admiration pour Lynda Carter en Wonder Woman.

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