Druillet – Vampires

L’édition Opta de Dracula datant de 1968 revit dans un écrin luxueux associant symboliquement le rouge au noir et blanc, au service d’un roman épistolaire basé sur une ambiance surnaturelle de légendes et de folklore confrontées à la modernité naissante du XIXe siècle, son évolution scientifique et technique.
L’illustration de couverture de la version de base, représentant Dracula en pleine translation sous une lune noire, se réfère directement à la description du comte au visage anguleux dans le texte de Bram Stoker et à l’apparence hideuse du Nosferatu de Friedrich Wilhelm Murnau.
Le choix de présenter le texte en double colonne sur chaque page est un parti pris qui concourt à forger une expérience particulière et la nouvelle traduction d’Alain Morvan qui choisit, contrairement à celle de Jacques Finné, de ne pas altérer les difficultés grammaticales du batave Van Helsing y contribue également.
Les illustrations dans le récit suggèrent le mouvement dans la captation d’une dynamique soutenue par une perspective fuyante, brisée ou aspirée.
A la suite du roman de Bram Stoker sont présentés des peintures et des dessins titrés Nosferatu ou Dracula de 2009 à 2015 qui sont des portraits à la fois organiques et aux formes épurées soulignées de lignes de force aux influences technologiques dans des décors d’abstraction cosmique, suivis de dessins et de croquis au crayon de 2018 à 2025 soulignant les portraits de motifs géométriques en lignes droites leur conférant une grande puissance iconographique.
Le Bestiaire des Émotions est un beau complément qui fait le lien avec le matérialisme biologique présent dans toute l’œuvre de Joseph Sheridan Le Fanu en donnant forme aux éléments sanguins observés par Van Helsing qui correspondent aux émotions humaines.
Ensuite la reproduction des planches de la bande dessinée Nosferatu de Philippe Druillet et de ses carnets de travail montre bien ses recherches préparatoires.
Dans Dracula et le montreur d’ombres de Nicolas Stanzick, Jean Boullet embarque Philippe Druillet, Jean-Claude Michel et Roland Lacourbe sur un projet de film d’ombres chinoises, adaptation expressionniste du Dracula de Bram Stoker dont le tournage chaotique et rudimentaire constituera une légende underground surréaliste, dont les croquis préparatoires et les fascinants photogrammes restaurés sont ici reproduits.
Les affiches de Philippe Druillet pour les films de Jean Rollin, sa critique de Nosferatu, fantôme de la nuit de Werner Herzog parue dans Métal Hurlant n°39 et une courte présentation de ses projets de séries animées referment la partie cinéma.
Enfin, différents artistes présentent leur vision du vampire.

Druillet / Lovecraft

Ce recueil luxueux est la réédition de Démons et merveilles paru chez Opta en 1976, réunissant les quatre nouvelles de la quête onirique de Randolph Carter en réaction à l’esprit dominant dans la civilisation qui se fourvoie dans l’agitation stérile et l’uniformité lâche.
Les trois premiers textes sont une préparation indirecte à base de témoignages en vue de ses aventures dans les contrées du rêve, installant l’horreur dans la réalité tout en déployant l’élasticité spatiotemporelle qui ouvre sur les dimensions tout aussi réelles accessibles à l’esprit par un point d’entrée derrière le voile des apparences.
A la recherche de Kadath conte alors la quête symbolique de son enfance perdue avec le concours d’alliés inattendus et sous la menace insidieuse des Autres Dieux, dans des paysages magiques d’une beauté ou d’une déliquescence insondables, véritable bijou de la fantasy grotesque et disproportionnée, œuvre centrale à la gloire de l’imagination et de l’esprit relativiste.
L’ajout de l’Histoire du Nécronomicon est cohérent par un rappel de la rumeur sur Richard Pickman et Le Roi en jaune de Robert Williams Chambers, personnages présents dans A la recherche de Kadath.
La vision du Nécronomicon est ensuite présentée par la reproduction de planches magnifiques d’une justesse occulte confondante.
Puis toute l’œuvre de Philippe Druillet en rapport avec Lovecraft est réunie, contenant des illustrations emblématiques et incluant sa série sur les goules et mettent à nouveau en exergue le personnage de Richard Pickman.
Pour finir, l’adaptation de La cité sans nom en bande dessinée reprend la simplicité de la courte nouvelle dans sa linéarité jusqu’au dénouement, avec une dynamique qui mène aux deux dernières vignettes, paroxysme de l’horreur.
En cadeau, le carnet, les autocollants et les cartes postales sont superbes mais c’est l’ex-libris numéroté sur 1831 exemplaires et tamponné qui reste inestimable.