
Pour financer ses vacances en Martinique après son année d’études à Paris, Tom Goupil occupe un poste de réceptionniste et voit débarquer dans son hôtel de Fort-de-France une belle journaliste de New-York. Ann Winters s’absente et Tom surprend un Américain en train de fouiller la chambre et les bagages de la jeune femme avant de se faire assommer par une tierce personne pour ensuite émerger face au cadavre du cambrioleur.
Le roman lance un développement entre polar et thriller dans un contexte exotique assez peu marqué, seulement souligné par des résidus de la colonisation, l’action s’insère bien dans la nonchalance ambiante pour réunir Tom et Ann sur la piste d’un trésor de pirate. Dès le début, la narration à la première personne prouve son efficacité par l’instauration d’une connivence et d’une immersion mais le ton léger du jeune homme très porté sur la bagatelle lui confère une dimension de littérature pour adolescents. L’autre grande qualité au service de l’aventure provient du traitement rapide des déplacements en avion ou en bateau pour se concentrer sur les personnages rencontrés et les dialogues dans une méfiance hyperbolique justifiée. De la même façon, la recherche du trésor est simplifiée, Ann disposant de la carte et de l’emplacement pour aller à l’essentiel et éviter les classiques et interminables atermoiements du genre, délaissant l’habituel jeu de pistes pour introduire à la fois les malfrats américains et une guérilla haïtienne qui convoitent richesse et pouvoir. A ce moment, le roman bifurque, pour suivre le nom de la collection, passe des aventures sans grande originalité aux mystères du vaudou dans le dernier quart du livre qui déploie au contact de nostalgiques de Baby Doc un fantastique nerveux de sorcellerie et une confrontation surnaturelle de nécromancie, lâchant enfin prise dans un déferlement de violence à la limite du gore. Malgré un manque de profondeur, l’intention de proposer du divertissement est pourvue, surtout pour un jeune lectorat, prouvant le savoir-faire dans le style de Michel Pagel qui, sans le révolutionner, démontre son habileté dans la construction et tout de même à la fin une volonté de se démarquer d’un déroulement trop lisse.