
Les quatre histoires par Enki Bilal reproduites ici s’approprient l’emphase lovecraftienne, une narration sous les signe de l’inquiétante étrangeté et les thématiques exubérantes que sont l’horreur cosmique et l’influence sidérale, la déliquescence de l’espèce humaine et la contamination des individus par des forces extra-terrestres, la marche inexorable vers la révélation d’un indicible, une initiation forcée aux arcanes universelles qui mènent à la folie et à la mort, comme le signale Claude Ecken.
La démarche de Frank Margerin dans Excursion nocturne…, avec ses dessins tout en rondeur et ses détails discrets, atténue le macabre et le sentiment de menace jusqu’à la pointe d’humour finale.
Claude Ecken présente la relation privilégiée entre Virgil Finlay et Lovecraft à l’aide d’extraits de lettres et d’un poème dans un court article illustré par le portrait The old gentleman from Providence et, au lieu des deux seules illustrations publiées du vivant de Lovecraft, est présente une composition destinée à Abraham Merritt.
Mœbius au travers de sa courte histoire Ktulu délivre surtout un message politique personnel fustigeant l’arrogance moderne qui dispose de la vie ancestrale sans la respecter.
Approche sur Centauri par le scénario de Philippe Druillet et le dessin de Mœbius opère une jonction entre un contexte technologique science-fictif et l’esthétique cauchemardesque d’un contact innommable avec les êtres d’une autre dimension.
Alex Nikolavitch détaille le contenu de la réédition de Démons et merveilles version Opta, son approche graphique d’un assemblage de textes, du conte horrifique à la fantasy onirique en passant par un manifeste du rêve conscient.
Philippe Foerster choisit le ton humoristique dans Mon petit frère, André, se base sur la candeur de Fernand et l’incrédulité générale pour dédramatiser l’infestation du monde humain par des monstres à tentacules.
Le passage de Le chef-d’œuvre de Dewsbury à L’énigme du mystérieux puits secret par Yves Chaland et Luc Cornillon est celui d’un pastiche de l’artiste inspiré par ses cauchemars à une parodie absurde qui décrédibilise le surnaturel, puis dans Les 2 vies de Basil Wolverton par Yves Chaland seul est déroulée la caricature raciste du savant fou.
Marc Caro dans Barzai le Sage adapte la nouvelle Les Autres Dieux de Lovecraft dans une scénographie en clair obscur représentant la révélation dans la clarté lunaire.
Serge Clerc dans L’Homme de Black Hole revisite sommairement l’archétype de l’occultiste rattrapé suite à ses expérimentations par l’innommable.
Nicolas Deneschau effectue un reportage sur la production vidéoludique percutée par la guerre du studio ukrainien Frogwares, jeux d’enquêtes dans des univers lovecraftiens étouffants où la folie paranoïaque progresse.
Jean-Michel Nicollet rend hommage à Lovecraft dans Fièvre par une vision métaphysique de sa maladie et dans H.P.L. comme gardien de l’innommable.
Halmos développe par Fièvres un fantastique muet et violent dans la tradition asiatique.
Jérôme Lachasse et Lloyd Chéry dirigent une longue interview du mangaka Gou Tanabe en le questionnant sur sa perception personnelle de l’horreur, de l’œuvre de Lovecraft et de ses techniques d’adaptation.
Avec Rodolphe au texte et Loisel au dessin, Le roi des mouches est une déambulation post-apocalyptique qui mène à une transition dans le pourrissement.
L’entretien avec François Dumoulin mené par Boris Szames aborde seulement l’aspect technique des représentations des créatures lovecraftiennes dans la série Lovecraft Country.
Deux adaptations de textes emblématiques, L’Abomination de Dunwich et Le Monstre sur le seuil, sont présentés dans un noir et blanc raffiné du duo Norberto Buscaglia au texte et Alberto Breccia au dessein.
Thomas Spok a concocté un guide de lecture dans l’ordre chronologique au ton léger qui constitue une bonne entrée en matière soutenue par les illustrations colorées de Juliette Etrivert.
Ensuite la version graphique du Necronomicon par Philippe Druillet apparait, tirée de la réédition de Démons et merveilles abordée un peu plus tôt.
Caza avec Mandragore aborde le mystère d’une homoncule qui vampirise le protagoniste et le fertilise pour préparer la résurgence féérique sur la Terre rendue stérile par les hommes
Laurent Folliot raconte sa participation à l’aventure pour constituer le volume que la Pléiade a consacré à Lovecraft.
Frédéric Bézian dans Mausolée construit une histoire de fantôme gothique au noir et blanc très tranché, aux ombres abyssales délimitant la demi-mort.
Esteban Maroto propose son adaptation de L’Appel de Cthulhu en noir et blanc dont le plus grand intérêt réside dans sa propre version de l’apparence de la statuette figurant Cthulhu, de R’Lyeh et de son résident bien vivant.
Avec Le Langage des chats, Nicole Claveloux rend hommage à la nouvelle Les chats d’Ulthar de Lovecraft en perspectives d’un foisonnement proche d’un remplissage périodique en noir et blanc.
L’interview de Ian Miller donnée à Guillaume Renouard aborde sa démarche instinctive dans la création artistique et précède les planches de Les Chroniques de Tiwag d’un gigantisme torturé.
La couverture par Philippe Druillet de la version collector est parfaite, représentant un Profond, et le contenu brille par sa diversité mais la présence, confortée par l’éditorial de Jerry Frissen, des vignettes Grands artistes, horribles humains de Otto Maddox disséminées tout au long de la publication est étrange, voulant comparer Lovecraft à des meurtriers et des pédophiles de toutes époques.