Bifrost 50

Dans Origam-X de Stéphane Beauverger, Blanche Van Horn est à l’origine de l’intervention chirurgicale sur le cerveau de Sébastien, hyper-sensible à la douleur depuis toujours, permettant la diffusion empathique sur le réseau de ses expériences converties en œuvres de plaisir. Cette nouvelle cyberpunk inédite joue avec le concept de topologie corticale et ses conséquences éthiques, la marchandisation d’un art devenu métaphysique.
Dans La nuit des pétales de Laurent Genefort, un tueur à gages qui passe de corps en corps grâce à une machine qui manipule les identités, souvenirs et consciences, est engagé pour exécuter un contrat. Le côté polar d’action est enrobé par un contexte de space opera et une dimension schizophrène cyberpunk de duplication et de migration de l’esprit.
Dans Itinéraire nocturne de Tim Powers, Roger est confronté à son passé et ses angoisses dans un kaléidoscope cathartique peuplé d’apparitions incertaines dans Santa Margarita balayée par le vent du désert.
Dans Tim Powers ou les vapeurs de l’histoire, le long entretien avec Thomas Day aborde son amitié avec Blaylock, Jeter et Dick, sa passion pour la poésie et la fiction historique pour un portrait hétéroclite à l’image des différents genres de ses romans, de la coexistence de sa foi chrétienne et de son grand intérêt pour Lovecraft, démontrant son imaginaire foisonnant dans le domaine du fantastique.
Dans le Guide de lecture, la plupart des critiques de ses romans parues dans Bifrost sont compilées, avec en exergue Vies et œuvre de William Ashbless de Xavier Mauméjean se penchant avec amusement sur ce poète inconstant qui fait le lien entre Powers et Blaylock.
Dans Les Anticipateurs chapitre sixième de Frédéric Jaccaud, Maurice Renard sous l’influence de Wells pratique un merveilleux scientifique dès 1906 dans ce qui s’approche le plus d’une origine consciente et volontaire de science fiction, à base de savants fous et de fantastique structuré. Ce nouveau courant littéraire ne rencontre pas le succès mais déjà un dédain ou un désintérêt qui persistera.
Dans Vers les étoiles à dos de trou noir de Roland Lehoucq, la mise à disposition d’une énergie nécessaire au voyage intergalactique rapide est rendue théoriquement possible par l’emprisonnement d’un trou noir suffisamment massif pour ne pas avoir à trop le nourrir et la captation de son rayonnement.

Bifrost 81

Dans Pour une nuit de Pierre Pelot, le monde en toute objectivité n’existe pas. L’utopiste est atteint de maladie, l’idéaliste est un fou. Le monde est en dehors de nous, n’est pas la somme des perceptions et des conceptions personnelles. Ce récit solipsiste est une constatation sur la nature de la réalité, les limitations ontologiques de l’ipséité, la solitude de l’être centripète jamais en phase avec la réalité et cerné par l’illusion de l’inductivisme.
Dans Les Yeux de l’arc-en-ciel de Greg Egan, un garçon membre d’une famille dans laquelle la cécité est génétiquement inscrite connecte ses rétines artificielles à une application mobile pour modifier sa vision en l’améliorant. C’est le journal d’un cyborg dans la confrontation entre sa conscience et l’avancée technologique qui est censée le rapprocher de la perception de la réalité objective inatteignable, une chronique qui raconte l’assimilation par la société de cette évolution de l’individu.
Dans L’Amidéal de Pierre Pelot, Gabin Toldo est un écrivain en panne d’inspiration, en proie au doute depuis que Janice s’est éloignée de lui. Un soir pluvieux, un inconnu se présente à son domicile pour l’aider. A travers cette crise existentielle, c’est l’évolution de la société humaine qui est visée, vers un avènement de la solitude, du doute et de la méfiance, de l’aliénation, de l’étouffement et du rêve par procuration.
Dans Cinquante ans d’écriture de Claude Ecken, la biographie de Pierre Pelot montre un enfant imaginatif des Vosges passionné par le cinéma, qui dévore les livres au milieu d’un monde ouvrier. Il s’intéresse à la peinture, réalise plusieurs bandes dessinées mais il raconte mieux les histoires qu’il ne les dessine. A la base de ses velléités d’écriture se trouve le western, la nature et la liberté, pour ensuite s’épanouir dans la science fiction avec une société fracturée menée par un pouvoir politique et religieux de mensonges et de conservatisme violent. Les héros de ses histoires cherchent une anarchie éclairée, utopie impossible qui se heurte à un système pourvoyeur de paranoïa et de renoncement devant la fatalité jusqu’à la folie et la mort, mais c’est bien l’homme qui se trouve dans ses récits.
Dans Être ou ne pas être un géant, Claude Ecken s’entretient avec Pierre Pelot qui insiste sur les difficultés de la condition d’écrivain et montre qu’il est toujours resté à la frontière de la science fiction.
Dans Les années Suragne de Philippe Boulier, cette étude bibliographique montre que la production sous pseudonyme chez Fleuve Noir de Pierre Pelot installe ses thèmes de prédilection dans des genres littéraires divers, une exploration aux résultats plus ou moins concluants mais dans lesquels apparait un grand talent.
Dans Histoires dangereuses : le roman noir de Pierre Pelot de Laurent Leleu, bien que toutes ses histoires soient pétries de noirceur il a aussi officié sans l’ajout d’un contexte de science fiction ou de fantastique pur, les personnages ignobles en déshérence lui servent de support dans une nature rude et une folie sinistre.
Dans C’est ainsi que les hommes lisent, des critiques parues dans Bifrost sont réunies pour former une somme aux points de vue divers.
Dans Pourrons-nous reconstruire la tour de Babel de Frédéric Landragin, la transparence d’un dispositif de traduction universelle automatique escamote le charme exotique du particularisme des langages et donne l’illusion de l’existence d’une langue unique. Le traducteur est un objet convoqué comme une commodité déduite du genre science fiction, une sorte de compromission, un raccourci qui n’a pas lieu d’être. Donner un sens au message traduit instantanément ne peut pas se faire en se coupant du contexte d’une culture, et sa faisabilité scientifique semble improbable. Transformer un vocable en données brutes coupe le signal dans son authenticité. L’alliance de la statistique avec la linguistique ne permet pas de rendre la richesse de la communication, de la littérature ou de la poésie, montrant la supériorité du cerveau humain sur la technologie envisageable.
Ce numéro renferme trois nouvelles de grande qualité et surtout un dossier bien fourni sur un immense auteur qui marque de façon indélébile.

Bifrost 21

Dans Extermination Highway de Thomas Day, Tom Wolf purge sa peine de prison pour meurtre, réticent à intégrer les suprémacistes blancs, habité par une haine farouche mais pragmatique, accompagné par une meute de loups qui lui apparait depuis un voyage jusqu’au Grand Canyon avec son père, par les visions d’une portion d’autoroute truffée d’épaves accidentées. C’est un exercice de style dans le fantastique réaliste violent et psychologique localisé aux États-Unis, le portrait au vitriol d’un homme à l’enfance brisée, à la vie menacée par ce monde hideux. Le récit à la première personne exprime le désarroi face à la liberté et l’étonnement face à la possibilité d’une rédemption, déploie les nuances d’une personnalité cabossée en direction d’un acte cathartique pour changer de peau.
Dans A la chandelle de Maître Doc Stolze, Pierre Stolze s’intéresse à La Terre en héritage de Jean-Marie Pelt, à la fois anticipation écologique et ouvrage de vulgarisation scientifique s’alarmant de l’état de la planète en 2000 et finissant par un plaidoyer pour la foi chrétienne.
Dans La passion de l’enchantement, Org questionne Jean-Louis Fetjaine sur sa démarche initiale d’écriture mélangeant Faërie et récit arthurien tout en exposant la base de paganisme derrière la relecture chrétienne du Mythe, ouvrant sur une vision ethnologique derrière les peuples merveilleux.
Dans Super les Héros ! de Philippe Paygnard, il aborde la série Grendel continuée par Darko Macan pour Dark Horse Comics à la lumière du vécu de l’homme pendant la guerre des Balkans.
Dans l’interview de Gardner Dozois par Pierre-Paul Durastanti, l’écrivain anthologiste parle de ses origines modestes en Nouvelle-Angleterre, de l’impact du service militaire sur ses écrits, puis part dans une vision prophétique de l’apport d’internet et de l’informatique à l’édition.
Dans L’ascenseur vers l’espace de Roland Lehoucq, les limitations techniques d’un câble tendu apparaissent, du matériau qui le constitue principalement, la gravité et la force centrifuge pouvant être théoriquement surmontées.
Dans Amazing Stories : une sensationnelle histoire (première partie) de Mike Ashley, la création du magazine par Hugo Gernsback repose sur son intérêt pour la spéculation scientifique, la stimulation d’une créativité crédible et d’une anticipation inventive. Cette publication se construit sur un équilibre entre aventure et romance d’un côté, et cadre scientifique de l’autre.

Bifrost 11

Dans Vif Argent de Greg Egan, Claire Booth est une épidémiologiste chargée d’enquêter sur une épidémie et piste le vecteur de propagation en Caroline du nord. Cette nouvelle est un thriller scientifique, une chasse menée par une héroïne consistante sur les traces d’une maladie atroce considérée de façon mystique et presque religieuse par une communauté d’illuminés.
Dans A travers le vortex (Corsaires des étoiles 5) de Francis Valéry, Salomon en apprend plus sur ses parents et décide avec l’équipage du Jérusalem de faire face au trou noir menant à l’univers des Keurls et de prendre part à cette guerre temporelle.
Dans A la chandelle de Maître Doc Stolze de Pierre Stolze, il aborde Les particules élémentaires de Michel Houellebecq sous l’angle de la science fiction, avec circonspection, pour finir catastrophé par l’indigence littéraire et idéologique de cet objet médiatique.
Dans Neil Gaiman. Un marchand de sable au pays de nulle part, l’auteur s’entretient avec Patrick Marcel pour la sortie de Neverwhere, à propos de Londres, des États-Unis, de la bande dessinée, de son rapport à la création télévisuelle et cinématographique.
Dans Super les héros ! de Philippe Paygnard, il retrace la carrière de Rob Liefeld qui, après des débuts chez DC Comics puis Marvel, participe à la création d’Image Comics pour ensuite galérer dans le monde pléthorique et mouvementé de l’édition.
Dans Clifford D. Simak : le vieil homme à l’écoute des étoiles, André-François Ruaud explore les thèmes des œuvres de Simak, la vieillesse et la sagesse, le foyer et la nature, la réflexion et la nostalgie, une démarche de respect et d’humilité, une écriture tellement reconnaissable.
Dans Des monstres géants et autres énormités de Roland Lehoucq, la question de la taille des êtres vivants est abordée de façon scientifique, au niveau physiologique par la résistance du squelette au poids total et à la hauteur d’une chute, le nombre de pattes et la présence d’articulations, pour conclure que le gigantisme a ses limites et en milieu terrestre implique la fragilité sauf si le squelette est constitué d’un matériau plus solide, ou si le milieu est aquatique ou spatial.
Dans Chad Oliver : l’anthropologiste de la S-F, André-François Ruaud montre que la formation professionnelle de l’auteur transparait dans ses histoires très psychologiques de contact extra-terrestre.

Bifrost 31

Dans L’Appel de la nébuleuse de Claude Ecken, l’équipage d’un vaisseau sonde le cosmos à la recherche de la vie, dans une nouvelle de science fiction minimaliste qui développe une poésie scientifique, une personnification des astres, une approche cosmogonique par le biais du système de reproduction des corps stellaires, mariant cosmologie et biologie pour ouvrir la voie à l’alliance de la physique et de la biochimie, et émettant l’idée de parentalité dans l’apparition de la vie à tous les niveaux.
Dans Les pierres vivent lentement de Philippe Caza, une femme meurt en donnant naissance à une pierre blanche et les deux sont inhumées sur place. Cent dix ans plus tard un sculpteur s’installe sur cette terre et construit son atelier autour de cette roche qui dépasse du sol. Il se décide à la façonner à l’image de Lûne, une jeune femme qui fait du ménage et pose pour lui. Cette nouvelle poétique et allégorique semble être un conte alchimique d’une vie minérale et d’une transcendance digne du Grand Œuvre.
Dans La Cité de pierre de George R. R. Martin, Holt est coincé sur un monde-étape, planète abritant un astroport et une ville extra-terrestre immémoriale, en attendant d’être affecté à un vaisseau. Cette histoire est un mélange élégant de science fiction et de fantasy avec une poésie nostalgique et tragique dans la narration, des espèces non-humaines variées et une expérience étouffante au-delà de l’espace-temps dans un labyrinthe souterrain rempli de portes.
Dans Parlez-moi d’amour de Philippe Curval, un équipage est en expédition sur Maurlande, une planète sur laquelle aucune vie n’a été détectée mais d’étranges modifications topographiques adviennent et des membres de l’équipage commencent à mourir brutalement. La planète étrange est un catalyseur pour l’âpreté du désir et la radicalité du fantasme chez les humains dans un récit de science fiction métaphysique qui pointe les limitations de l’être humain.
Dans Super les héros ! de Philippe Paygnard, la seconde partie de l’histoire d’Image Comics après 1995 montre avec force détails la réalité d’une maison d’édition, la vie d’entreprise entre idéalisme et loi du marché.
Dans l’entretien tronqué (la version complète se trouve dans Portraits Voltés) entre Richard Comballot et Philippe Curval, ils opèrent une traversée de l’histoire de la science fiction après-guerre, de la vie personnelle et professionnelle d’un homme d’une importance considérable, un véritable artiste épris de liberté et d’aventure, par une approche biographique et bibliographique pleine de nostalgie onirique et de besoin de spéculation, entre passion et raison, angoisse et espoir.
Dans La sortie ? A gauche au fond de l’espace… de Roland Lehoucq, la question des univers parallèles est abordée scientifiquement dans un article bien construit qui se base sur la physique des particules élémentaires pour poser la pluralité potentielle de configuration d’univers.
Dans Mon histoire avec la science-fiction d’Alfred Bester, le récit autobiographique est savoureux, racontant sa vision de l’apparition de la science fiction aux États-Unis, parlant de sa vision de l’inspiration, narrant sa rencontre improbable avec John W. Campbell.
Avec quatre nouvelles de grande qualité et deux portraits passionnants, ce numéro est intéressant du début à la fin.

Bifrost 46

Dans Le rôle de l’homme de Gérard Klein, l’humanité dans son ensemble a migré dans les étoiles ou dans d’autres plans de réalité. Ne reste plus qu’un seul homme sur Terre, prêt à mourir, entouré de robots à son service. Cette nouvelle a une poésie existentielle nostalgique dans la complémentarité possible entre humain et robot au-delà de la mortalité.
Dans Voyageurs imprudents de Christophe Lambert, un couple fait du tourisme temporel sur les lieux des grandes catastrophes de l’Histoire pour pimenter leurs ébats.
Dans Un espion sur Europe d’Alastair Reynolds, Marius Vargoric est envoyé à Cadmus-Astérius par Gilgamesh-Isis pour récupérer une technologie de la Démarchie des mains de Cholok, une spécialiste de l’hybridation entre homme et poisson, dans une nouvelle d’action et d’espionnage très scientifique, touffue, sombre et froide.
Dans A la chandelle de Maître Doc Stolze de Pierre Stolze, La Science-fiction d’ Irène Langlet et son approche narratologique des textes sont discutés par l’existence de novum et d’exo-encyclopédie, et cette vision est appliquée à l’analyse de Jacob le mutant de Mario Ballatin, dans un article dense mais enlevé, excentrique mais renseigné.
L’entretien avec Gérard Klein de Richard Comballot en 70 pages présente un homme qui a connu l’apparition de la science fiction dans la société française et à Paris, à travers une vie bien remplie de rencontres et d’aspirations, traversant le monde mouvementé de l’édition, semant des nouvelles et quelques romans, des articles et des préfaces sur la science fiction, sans compter ses écrits sur la psychologie et l’économie.