Bifrost 44

Dans In the court of the Lizard King de Jacques Barbéri, le joueur de saxello et celui de batterie fantôme du groupe les Mocking Angels sont coincés au Purgatoire avec comme seule perspective de subir des expériences médicales extrêmes pour gagner leur liberté lorsque leur chanteur qui était dans le coma réapparait en affirmant être l’hôte d’un dragon doré enfermé dans un trou noir, duquel le capitaine d’un astronef piégé a réussi à s’échapper pour les rejoindre. Cette nouvelle hallucinée exploite l’énergie archétypale d’un égrégore canalisé par la musique dans une métaphore de la libération mystique au travers d’une transcendance mythique rejoignant le jeu quantique et nostalgique du rock entre Musique de l’énergie de Roland C. Wagner et Le Temps du Twist de Joël Houssin.
Dans La démontable invention du destin de Jeffrey Ford, le vieil astronaute John Gaghn dans sa réclusion se remémore son histoire d’amour avec Zadiiz qu’il a convaincue de quitter sa planète natale pour voyager parmi les étoiles avant de la découvrir morte à son réveil de stase cryogénique. Ce conte poétique rend immortel le lien entre deux âmes par des moyens détournés dans un dessein auquel semble travailler tout le cosmos, transcendant l’éthique et la causalité.
Dans Hydra de Joëlle Wintrebert, un contingent de colons s’installe sur une planète luxuriante puis découvre tardivement que les femmes sont frappées d’un mal mystérieux les desséchant alors qu’une copie parfaite en forme de cosse se développe pour enfin se détacher et remplacer son modèle. Cette longue nouvelle aborde l’étrangeté exobiologique dans le cadre de la colonisation improvisée, la capacité d’adaptation et d’évolution mentale des humains, la confrontation au deuil et à la révélation de la métamorphose pour la survie de l’espèce, dans une tension métaphysique nourrie par la peur et l’ignorance, l’endoctrinement et le repli sur la violence.
Dans Joëlle Wintrebert : De rêve et d’eau, le long entretien avec Richard Comballot pour les trente ans de carrière de l’auteure revient sur son attirance pour la lecture dans sa jeunesse qui débouche sur une prédilection pour les surréalistes, la poésie et le fantastique puis sur la découverte de la liberté d’idées dans la science fiction en parallèle d’études en cinéma. Après des premières tentatives infructueuses pour être publiée, elle opte pour le journalisme pour être lue, avant que des nouvelles commencent à trouver preneur et que Les Olympiades truquées paraisse, apportant ses premiers Prix. Elle enchaine les romans et va aussi propager son engagement contre le sexisme qu’elle a connu et l’intolérance en général dans la littérature jeunesse. Son œuvre reste ancrée dans la façon d’habiter son corps et le monde.
Dans Les Anticipateurs : Où deux satiristes prévoient de beaux lendemains de Frédéric Jaccaud, Le Monde tel qu’il sera de Émile Souvestre construit une contre-utopie comme une désillusion face à une société déshumanisée et amnésique sous le joug de la technologie, alors que Albert Robida dans son cycle du Vingtième siècle extrapole un utilitarisme vain néfaste pour la Nature et pour l’Humanité.
Dans Scientifiction : Starship builders part one, de Roland Lehoucq et Claude Ecken, les deux compères définissent les besoins d’une mission interstellaire habitée en direction d’une planète similaire à la Terre située à vingt années-lumière, préfigurant l’écriture de Mission Caladan – les tisseurs de rêves édité en 2010.
Dans ce premier numéro de Bifrost à consacrer une femme, seules la nouvelle de Jeffrey Ford et l’interview de Joëlle Wintrebert demeurent inédites, Hydra figurant depuis au sommaire de son recueil La Créode et autres récits futurs de 2005.

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Dans Tea, coffee, me ? de L. L. Kloetzer, Vinh et Charlotte forment un duo de consultants de la Cohésion Interne chargés de trouver une solution au Projet Huysmans et découvrir la cause des problèmes qui perturbent la production d’une usine de bonbons. Cette nouvelle à la limite du polar cyberpunk déroule une tension permanente et la pression de la concurrence tout en conservant une jubilation communicative malgré les doutes, la fatigue et les distorsions perceptives.
Dans Huertas, les Terrasses du Crépuscule de Daniel Walther, la suave tranquillité de la planète Huerta est profanée par l’arrivée de Caliban et de ses frères clonés, chasseurs sanguinaires recréés par le Pr Morrow et son équipe sur la station orbitale LS XVII. La figure du savant fou en dehors de toute éthique représente la décadence d’une humanité, coupée d’une simplicité pastorale et d’une poésie bucolique héritées de l’ère mythologique polythéiste, et incarne la désécration brutale du couple maudit formé par Dan et Zenna.
Dans Dans la Maison des Quatre Saisons de Jeffrey Ford, Denni, Mr. Brown, Andre et Lenice sont les quatre pensionnaires de la Maison ouverte vers l’intérieur dirigée par Ima une thérapeute hermaphrodite. Cette histoire cultive l’inquiétante étrangeté, le morcellement identitaire, les mystères de la mort et de la parentalité dans une ligne brisée de causalité.
Dans Rapiéceur de néant : un entretien avec Daniel Walther de Richard Comballot, l’interview revient sur son enfance solitaire et rêveuse, l’impact du divorce de ses parents, ses nouvelles dans Fiction et sa relation à Alain Dorémieux, ses débuts d’anthologiste et ses premiers romans puis l’entrée dans l’édition chez Opta, sa production dans le fantastique, la science fiction et la fantasy, ses nombreux projets avortés par des fermetures de maisons ou de collections. Cet entretien passionnant dessine une œuvre vaste à l’impulsion poétique, se déployant dans de nombreux domaines et genres de littérature, exprimant la nature d’un homme sincère et fragile.
Dans Les Anticipateurs, chapitre cinquième : Où l’on contamine malgré soi de Frédéric Jaccaud, la démarche littéraire de Camille Flammarion incarne une période de transition qui influencera les littératures de l’imaginaire et de l’anticipation, par un mélange de vulgarisation scientifique et de fiction imprégnée de romantisme excentrique, de poésie mythologique et de métaphysique.
Dans Scientifiction : Une étoile sous cloche de Roland Lehoucq, la faisabilité d’une sphère de Dyson autour d’un soleil pour capter son énergie, comme dans la série Omale de Laurent Genefort, est présentée à la lumière des contraintes de matériau dictées par sa solidité et sa capacité d’absorption, pour aboutir à un non-sens d’un gigantisme comique.

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Dans Radieuse Étoile verte de Lucius Shepard, Philip a vécu dans un cirque itinérant depuis que son père a provoqué la mort de sa mère. Il apprend qu’il disposera à sa majorité de l’immense fortune de son grand-père maternel, côtoie un freak vétéran d’une guerre à moitié effacée et rencontre Tan la nièce de son tuteur dont il tombe amoureux. Cette quête d’identité et le désir de vengeance qui l’accompagne reposent sur une incertitude, des non-dits et des altérations de mémoires. Par ce flottement qui exclue toute portée morale de cette trajectoire, la novella est très sombre tout en atteignant quelques fugaces moments de grâce malgré le doute qui s’insinue, l’action est expédiée n’offrant aucune résolution.
Dans Lucius Shepard ou l’imaginaire d’un monde vécu, l’entretien entre Patrick Imbert et cet écrivain voyageur aborde l’Amérique Centrale, la mainmise de la religion sur les États-Unis et leur attitude vis-à-vis de ce continent.
Dans le Guide de lecture, la plupart des critiques de ses romans et recueils parues dans Bifrost sont compilées, ainsi que certains livres non traduits.
Dans Les Anticipateurs chapitre septième de Frédéric Jaccaud, deux romans publiés la même année 1864, Voyage au centre de la Terre de Jules Verne et Laura de Georges Sand, présentent des similitudes, le premier étant un voyage qui mène à une plongée dans l’extrapolation scientifique, le second déployant un voyage interne et onirique, les deux officiant dans le thème de la Terre creuse.
Dans Le destin lointain de l’univers de Roland Lehoucq, la question de la mort de l’univers reste lointaine et incertaine par l’immense capacité naturelle de recyclage qui se concrétise dans le trou noir central, vision à une échelle qui donne le tournis.

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Dans Origam-X de Stéphane Beauverger, Blanche Van Horn est à l’origine de l’intervention chirurgicale sur le cerveau de Sébastien, hyper-sensible à la douleur depuis toujours, permettant la diffusion empathique sur le réseau de ses expériences converties en œuvres de plaisir. Cette nouvelle cyberpunk inédite joue avec le concept de topologie corticale et ses conséquences éthiques, la marchandisation d’un art devenu métaphysique.
Dans La nuit des pétales de Laurent Genefort, un tueur à gages qui passe de corps en corps grâce à une machine qui manipule les identités, souvenirs et consciences, est engagé pour exécuter un contrat. Le côté polar d’action est enrobé par un contexte de space opera et une dimension schizophrène cyberpunk de duplication et de migration de l’esprit.
Dans Itinéraire nocturne de Tim Powers, Roger est confronté à son passé et ses angoisses dans un kaléidoscope cathartique peuplé d’apparitions incertaines dans Santa Margarita balayée par le vent du désert.
Dans Tim Powers ou les vapeurs de l’histoire, le long entretien avec Thomas Day aborde son amitié avec Blaylock, Jeter et Dick, sa passion pour la poésie et la fiction historique pour un portrait hétéroclite à l’image des différents genres de ses romans, de la coexistence de sa foi chrétienne et de son grand intérêt pour Lovecraft, démontrant son imaginaire foisonnant dans le domaine du fantastique.
Dans le Guide de lecture, la plupart des critiques de ses romans parues dans Bifrost sont compilées, avec en exergue Vies et œuvre de William Ashbless de Xavier Mauméjean se penchant avec amusement sur ce poète inconstant qui fait le lien entre Powers et Blaylock.
Dans Les Anticipateurs chapitre sixième de Frédéric Jaccaud, Maurice Renard sous l’influence de Wells pratique un merveilleux scientifique dès 1906 dans ce qui s’approche le plus d’une origine consciente et volontaire de science fiction, à base de savants fous et de fantastique structuré. Ce nouveau courant littéraire ne rencontre pas le succès mais déjà un dédain ou un désintérêt qui persistera.
Dans Vers les étoiles à dos de trou noir de Roland Lehoucq, la mise à disposition d’une énergie nécessaire au voyage intergalactique rapide est rendue théoriquement possible par l’emprisonnement d’un trou noir suffisamment massif pour ne pas avoir à trop le nourrir et la captation de son rayonnement.