Ce dictionnaire est une vraie mine d’informations sur la Faërie, ses habitants et le folklore mondial, avec quelques touches de mythologie, un grand souci de classification, des exemples précis, des extraits de textes et de nombreuses illustrations. L’ensemble installe une ambiance à la fois merveilleuse et studieuse, mélangeant une exigence explicative, pour éviter une globalisation simplificatrice qui mène à des confusions assez répandues, avec également des détails anecdotiques mais passionnants, qui exprime la richesse multiculturelle du matériau féérique et constitue une belle ressource documentaire compilée avec passion et sérieux, en insistant sur une approche amorale de cette population en dehors des projections anthropomorphiques et sur la frontière essentielle entre les deux mondes qui assure une poétique souvent cruelle.
Dans L’Aventure de la cité ultime de Sylvie Denis, Holmes et Watson sont enlevés et transportés dans le lointain futur pour débusquer un meurtrier qui sévit dans la colonie lunaire implantée pour fuir la Terre et ses guerres. Cet exercice de style maitrisé se situe à la confluence de la science fiction, du policier d’observation, de l’uchronie, de l’utopie devenue dystopie et des petites facettes de fantasy, de steampunk et de cyberpunk. Ce foisonnement est survolé par l’ombre de la toxicomanie de Holmes et par la menace insidieuse de l’oisiveté. Dans Solip : système de Walter Jon Williams, Reno reprend conscience dans le corps de Roon. Cette nouvelle est la véritable suite de Câblé, s’attardant sur la personnalité résiduelle de Roon entraperçue dans le roman et sur le cadre de vie confidentiel des orbitaux destiné à disparaitre dans un holocauste de l’immoralité. Le texte est d’une noirceur insondable, dévoilant la face cachée de Câblé et clôturant la trame de l’humanité asservie, devenant un complément indispensable présent dans Câblé + depuis 2004. Dans Storm Constantine : les nouveaux livres de sang, Johan Scipion mène l’interview de l’autrice anglaise, peu traduite en français, qui clame sa fascination pour les anges déchus, pour une fantasy à la richesse sociologique exotique, pour une magie libérée et basée sur le channeling intime, pour le mouvement gothique. Dans Super les héros ! : Alan Moore de Philippe Paygnard, la carrière du scénariste est présentée avec comme jalons des œuvres qui ont fait basculer les comics au-delà du manichéisme originel et présenté des récits plus profonds et adultes, une liberté créatrice indépendante le menant au conflit avec DC Comics. Dans Alan Moore : dans les brouillards de Londres, Johan Scipion mène l’interview du scénariste à l’occasion de la sortie de From Hell au cinéma, dans laquelle il présente sa façon de travailler avec les dessinateurs et exprime bien son besoin de liberté dans la création, le tenant éloigné d’une industrie cinématographique aux exigences commerciales et financières trop contraignantes à ses yeux. Dans Notes sur le genre Fantasy : A la recherche d’une définition d’André-François Ruaud, il tente parallèlement à son livre Cartographie du merveilleux de préciser les caractéristiques à la base des récits de fantasy, s’attardant sur la magie et un univers matériel secondaire, qui peuvent se combiner pour faire entrer dans le genre un monde primaire modifié par un merveilleux subjectif. Dans Scientifiction : Planètes à gogo ! de Roland Lehoucq, les conditions de l’apparition et de l’épanouissement de la vie sur Terre sont détaillées et forment une catégorie de planètes habitables, ensuite comparées au profil de Krypton. Dans Amazing Stories, une sensationnelle histoire : Troisième partie, les années 40 de Mike Ashley, la publication sous la direction de Raymond A. Palmer cultive une nostalgie pour les premiers pulps, opposant sa légèreté au sérieux d’Astounding Stories, par des auteurs maison et surmontent les difficultés du temps de la guerre en Europe par un occultisme excentrique initié par Richard S. Shaver.
Dans Il ne neige pas à Frontier de Léa Silhol, Shade est un changeling qui s’échappe de la prise en charge inhumaine de la société et regroupe ses semblables dans la cité de Frontier à la limite du monde tangible. Il rencontre et invite Lauren qui s’occupe d’un groupe d’enfants et devient la première mortelle chez les Fay, dans une nouvelle raffinée qui exalte l’amour et la différence, appelle à la tolérance en dénonçant de façon intemporelle la maltraitance des enfants. Dans Sacrifice de Michelle West, une fille grandit au fil de ses rencontres avec des émissaires magiques qui lui offrent de sauver le monde qui l’entoure en échange d’une hypothèque existentielle. Cette fantasy féérique moyenâgeuse est sombre, enténébrée par une malédiction et une cruauté intemporelle. Dans Véra de Auguste de Villiers de l’Isle-Adam, le comte d’Athol choisit de s’enfermer dans sa demeure après le soudain trépas de sa femme Véra. Ce conte du XIXe siècle s’appuie sur un fantastique vaporeux fait d’altération psychologique et de confusion sensorielle qui aboutissent au surnaturel, à l’amour par-delà la mort. Dans Henri Potier, Prince des Sorciers de Eric Boissau, la France doit trouver son sorcier emblématique, comme l’ont fait les anglais, et le rôle sera tenu par un garçon au potentiel plus qu’incertain. Derrière le non-sens se cache un ton sarcastique à propos de la trame narrative d’Harry Potter et de son succès autoréférentiel irrationnel. Dans Miserere de Serena Gentilhomme, Mère Clémence est l’Ange de la Pourriture, au corps ingrat, victime dans sa jeunesse de violences intrafamiliales, devenue nonne et guérisseuse des pires maladies par apposition de sa bouche. Ce conte de fantastique macabre déborde dans le gore, s’amuse du manichéisme et dénonce la cruauté envers les enfants. Dans Les Mères de Claude Mamier, le Guide voyage en permanence pour régénérer les Mères, ses Fées chargées à leur tour de contrecarrer la déliquescence de l’humanité dans ce processus initié par Nature. L’animisme mystique lie la magie à l’écologie dans une vision sombre d’un équilibre instable et couteux qui tisse un lent désespoir. Dans Le Domaine des Ronces de Tanith Lee, un prince héritier en exil découvre un village déserté autour d’un gigantesque amas de ronces après avoir rencontré la dame en noir, la Treizième Dame. Le rendez-vous royal avec une malédiction séculaire se joue sur le traditionnel baiser à la belle endormie qui reste vain. Dans Oiseaux de Charles de Lint, Katja tombe par hasard sur Teresa une jeune fille qui dort dans la rue et elle l’invite à la suivre. Cette histoire d’empathie et de magie libératrice illustre les ravages des traumatismes de l’enfance, le désir de fuite ou d’oubli. Dans Le Coup du Lapin de Fabrice Colin, un père questionné par sa fille sur le sujet part sur les traces du monde dans lequel vivent les lapins entrevus dans les tours des magiciens. L’exercice de style de fantasy onirique constitue un hommage sucré à Lewis Carroll et à J. M. Barrie pour montrer la perte d’imagination des adultes. Dans Sur les Traces de la Magie de Xavier Spinat, l’auteur définit l’essence de la magie qui correspond bien à la fantasy, l’initiation, la nécessité d’avancer sans douter de la réalité enchantée, et il décrit le rapprochement inéluctable de la science fiction et de la fantasy qui apporte du mystère à la science. Dans Pour une Topologie de la Magie de André-François Ruaud, l’auteur offre un panorama subjectif de la fantasy en parallèle de son guide de lecture Cartographie du merveilleux.
Dans Par la noirceur des étoiles brisées, épisode V : La Route de Fripp de Roland C. Wagner, F’firzi une femme-chatte est inopinément arrachée à son village pour apparaitre devant le capitaine Lit de Roses et son équipage. Cet épisode permet d’apercevoir la civilisation des S’shayn avec une sorte de clin d’œil cyberpunk à la communauté d’esprit des chats d’Ulthar de Lovecraft. Dans Les Fleurs de la prison d’Aulite de Nancy Kress, Uli Peck Bengarin est devenue une informatrice irréelle après le meurtre de sa sœur Ano, activité lui permettant de faire pénitence et d’espérer rejoindre à nouveau la réalité partagée, de redevenir une habitante à part entière du Monde. Sa nouvelle mission consiste à être incarcérée dans la prison d’Aulite pour se renseigner sur des expériences scientifiques menées sur des enfants auprès d’un criminel Terrien. Cette nouvelle nébuleuse déploie le contexte d’une société fermée qui exalte l’appartenance à un système sociopolitique jouant avec les critères d’illusion et de réalité, et Uli se débat dans cette construction idéologique de façade qui soumet les individualités avec un profond cynisme. Dans À la chandelle de Maître Doc Stolze de Pierre Stolze, la sortie de La partition de Jéricho de René Réouven permet de questionner la propension à prendre des épisodes de la Bible au pied de la lettre et à les développer en escamotant la dimension allégorique et chaotique. Dans Pierre Bordage, la force tranquille de Org, l’interview se penche à l’occasion de la sortie de Les Fables de l’Humpur sur l’ancrage de Pierre Bordage dans la fantasy donnant à sa science fiction une matière mythique et une spiritualité initiatique. Dans Super les Héros ! : Xenozoic Tales de Philippe Paygnard, la présentation de l’univers de Xenozoic Tales donnant Cadillacs and Dinosaurs est l’occasion de revenir sur la carrière de Mark Schultz, comme dessinateur et scénariste, et de donner quelques références sur le thème des dinosaures. Dans Soudain, le space opera de Colin Greenland, l’auteur raconte son passage de la fantasy au space opera, son positionnement par rapport aux auteur(e)s et aux livres incontournables du genre, les mécanismes d’écriture qu’il met en œuvre, dans un texte de grande valeur sur une époque et à base d’anecdotes sur la vie d’artiste et artisan. Dans Colonisons la galaxie de Roland Lehoucq, l’estimation du temps nécessaire pour coloniser la galaxie mène directement au paradoxe de Fermi. Soit l’espèce intelligente disparait avant de se propager, soit la galaxie est déjà colonisée et alors la Terre se trouve dans un secteur délaissé. Peut-être les signes d’une autre existence nous restent invisibles. Dans Gardner Dozois d’André-François Ruaud, la carrière de Gardner Dozois s’est tournée vers les autres. Brillant nouvelliste à ses débuts, il a surtout écrit en collaboration et s’est ensuite épanoui en tant qu’anthologiste et rédacteur en chef d’Isaac Asimov’s science-fiction. Ce numéro avec la nouvelle inédite de Nancy Kress et des articles passionnants demeure indispensable.
Dans Par la noirceur des étoiles brisées, épisode III : Fille du Métal de Roland C. Wagner, Lit de Roses s’enfuit de la planète Wink en volant un astronef avec la complicité du bébé djugnalâmm, d’un automate et de la sfalle Sheïff qu’il vient de rencontrer. Ce chapitre laisse de la place au djugnalâmm, archétype de la mignonnerie de space opera, illustrant bien la résistance maladroite du héros à tout sentimentalisme. D’un autre côté, un accident de propulsion mène Yoni-Yo, un robot sophistiqué, sur la trajectoire de l’équipage destiné à trouver le Roi Pourpre. Dans Diagnostikeur de délinko de Raymond Milési, Jacques travaille dans un service informatisé de prédiction de la délinquance juvénile et de recherche psychologique dans une société laissant une place prépondérante aux robots. Jacques utilise un langage phonétique et un vocabulaire très particulier, ce qui fonctionne plutôt bien mais reste un peu fatigant. Dans La Vie des morts de Michael Swanwick, Donald accepte une offre d’emploi dans un projet d’avenir visant à généraliser en réduisant les coûts l’utilisation de morts vivants. L’humour noir souligne un propos plus sérieux sur le capitalisme et ses conséquences sociétales, un vertige métaphysique individuel. Dans Super les héros ! de Philippe Paygnard, un bilan est fait avant l’an 2000 autour de X-Wing Rogue Squadron sur la licence Star Wars en comics, de Marvel à Dark Horse. Dans A propos d’Etoiles Mourantes de Pierre Stolze, Pascal J. Thomas et Org, les deux avis sur le roman, assez radical pour Pierre Stolze et plus nuancé pour Pascal J. Thomas, montrent bien le déchirement entre ambitions et imperfections. Dans Adastra de Roland Lehoucq, les limitations qui empêchent de mettre en pratique le voyage interstellaire sont présentées, problèmes de propulsion, de carburant et de distances. Dans Elizabeth Lynn : la quête douloureuse de André-François Ruaud, la carrière de cette autrice méconnue en France est présentée le long de sa bibliographie et dans le contexte littéraire de la fin des années 70 et du début des années 80, un bel article, passionnant.
Dans L’Ile des Femmes de Francis Valéry, une rencontre virtuelle est organisée entre deux avatars sur un équivalent numérique amélioré de l’Ile de Lesbos. Dans un mélange de cyberpunk et de poésie antique, cette nouvelle repose sur une astuce de narration dévoilée par le dessin qui l’illustre, une belle idée de personnage principal dans un contexte bien développé. Dans Océanique de Greg Egan, Martin est initié par son grand frère Daniel à la Noyade, rituel à moitié suicidaire pour trouver la Foi et ressentir la victoire de la Fille de Dieu sur la Mort. Cette longue nouvelle confronte la religion et la science dans une anticipation qui replace l’humanité après un exil dans une réitération de son Histoire influencée par un monothéisme basé sur des révélations et tiraillée entre créationnisme et biologie évolutionniste, entre aveuglement théologique et avancées épistémologiques. Le texte atteint une densité psychologique et devient une projection de la nature humaine, le désir de bien-être et d’immortalité, le questionnement sur ses origines et son avenir. Dans Par la noirceur des étoiles brisées, épisode VIII : Epilogue de Roland C. Wagner, la conclusion de l’aventure pousse chaque personnage à faire un bilan de sa quête personnelle. Dans Super les Héros ! Frank Miller, deuxième époque de Philippe Paygnard, Miller rejoint Dark Horse Comics pour publier Sin City, exercer une activité de scénariste, se rapprochant aussi du cinéma. Dans Rest in Peace Pdf de André-François Ruaud, la naissance et l’évolution de la collection sont présentées avec ses différentes périodes et les différentes personnalités qui se sont succédé à sa tête, une plongée historique pleine d’anecdotes. Dans Cinq questions à Gilles Dumay, Org aborde la disparition de Présence du futur. Dans Petite conversation avec Yvon Girard, Org recueille le point de vue du patron de Folio sur la naissance et l’avenir de la collection Folio-SF.
Dans Par la noirceur des étoiles brisées, épisode VII de Roland C. Wagner, l’aventure du capitaine Lit de Roses et de ses compagnons touche à sa fin après leur rencontre avec le Roi Pourpre sur Fripp, la confrontation avec les étoiles vagabondes et puis une photo de groupe pour immortaliser leur succès. Dans Temps de neige de Gardner Dozois et Michael Swanwick, Jerry a monté une arnaque consistant à vendre du lactose à Ficelle en guise de cocaïne, mais la transaction ne se déroule pas comme prévu. Cette nouvelle inédite démarre comme un polar noir à la première personne et au rythme tendu qui mène à un rebondissement hésitant entre fantastique et science fiction complotiste. La construction du récit qui se dévoile par des explications tient en haleine et permet d’identifier les deux couleurs du texte. Dans Dirty Boulevard de Thomas Day, Thomas rencontre Maneki Neko dans les catacombes, délaisse sa femme Catherine pour s’immerger dans le milieu glauque et sulfureux de la drogue et de la pornographie sans limites. Cette plongée dans une culture de la transgression par la structure du récit n’est pas linéaire, suit un safari infernal, un manège oscillant duquel on ne peut pas descendre, en route vers la déliquescence physique et morale de l’envers du décor. Dans Christopher Priest : Jusqu’aux Extrêmes, l’entretien avec David Kendall initialement paru au Royaume-Uni dans The Edge, à l’occasion de la sortie du livre Les Extrêmes, aborde les tueries par armes à feu, la réalité virtuelle et la désinformation sur internet. Dans Super les Héros ! Frank Miller, première époque de Philippe Paygnard, Miller débute vraiment chez Marvel et se voit confier les aventures de Daredevil, avant de passer chez DC Comics pour sortir sa première création personnelle Ronin et s’occuper de Batman. Ensuite il retrouve Marvel et Daredevil ainsi qu’Elektra, personnage de sa création qu’il développe. Dans La vérité est ailleurs de Pierre Lagrange, l’explosion des observations de soucoupes volantes après-guerre se confronte à l’impossibilité pour les scientifiques de mettre en place des protocoles adaptés et à l’influence culturelle qui s’exerce sur le témoin lambda, situation dépendante d’une grille de lecture inappropriée. Dans Du côté de chez Rama de Roland Lehoucq, les descriptions de Rama faites par Clarke sont plutôt cohérentes nonobstant des exigences romanesques, dans une démarche proche de celle de Jules Verne. Dans Zenna Henderson : L’institutrice et les extra-terrestres d’André-François Ruaud, les nouvelles qui constituent les Chroniques du Peuple développent une science fiction pastorale basée sur la parapsychologie et abordent les thèmes de la différence, de l’exil et de la tolérance, œuvre largement sous-estimée en France.
Dans Vif Argent de Greg Egan, Claire Booth est une épidémiologiste chargée d’enquêter sur une épidémie et piste le vecteur de propagation en Caroline du nord. Cette nouvelle est un thriller scientifique, une chasse menée par une héroïne consistante sur les traces d’une maladie atroce considérée de façon mystique et presque religieuse par une communauté d’illuminés. Dans A travers le vortex (Corsaires des étoiles 5) de Francis Valéry, Salomon en apprend plus sur ses parents et décide avec l’équipage du Jérusalem de faire face au trou noir menant à l’univers des Keurls et de prendre part à cette guerre temporelle. Dans A la chandelle de Maître Doc Stolze de Pierre Stolze, il aborde Les particules élémentaires de Michel Houellebecq sous l’angle de la science fiction, avec circonspection, pour finir catastrophé par l’indigence littéraire et idéologique de cet objet médiatique. Dans Neil Gaiman. Un marchand de sable au pays de nulle part, l’auteur s’entretient avec Patrick Marcel pour la sortie de Neverwhere, à propos de Londres, des États-Unis, de la bande dessinée, de son rapport à la création télévisuelle et cinématographique. Dans Super les héros ! de Philippe Paygnard, il retrace la carrière de Rob Liefeld qui, après des débuts chez DC Comics puis Marvel, participe à la création d’Image Comics pour ensuite galérer dans le monde pléthorique et mouvementé de l’édition. Dans Clifford D. Simak : le vieil homme à l’écoute des étoiles, André-François Ruaud explore les thèmes des œuvres de Simak, la vieillesse et la sagesse, le foyer et la nature, la réflexion et la nostalgie, une démarche de respect et d’humilité, une écriture tellement reconnaissable. Dans Des monstres géants et autres énormités de Roland Lehoucq, la question de la taille des êtres vivants est abordée de façon scientifique, au niveau physiologique par la résistance du squelette au poids total et à la hauteur d’une chute, le nombre de pattes et la présence d’articulations, pour conclure que le gigantisme a ses limites et en milieu terrestre implique la fragilité sauf si le squelette est constitué d’un matériau plus solide, ou si le milieu est aquatique ou spatial. Dans Chad Oliver : l’anthropologiste de la S-F, André-François Ruaud montre que la formation professionnelle de l’auteur transparait dans ses histoires très psychologiques de contact extra-terrestre.
Dans Le miroir de Lop Nor de George Guthridge, Umber est un fermier chinois qui a rejoint l’envahisseur mongol pour être messager. En mission loin de sa femme il découvre une licorne, la poursuit dans le désert et parvient à l’attraper mais les rudesses du voyage font qu’il agonise. Plus tard, une chercheuse retourne au Groenland, son pays natal, pour étudier les narvals et retrouve son premier amour. Cette fantasy très culturelle développe une poésie intemporelle avec un regard entre émerveillement et désenchantement. Dans Le conte du sculpteur d’os de Jeff VanderMeer, un sculpteur d’os très doué reçoit la visite de la flutiste la plus talentueuse de Chine, charmée par son œuvre, et la repousse, obnubilé par son art. Lorsqu’il apprend sa mort violente, il part à la recherche de son corps pour sublimer son squelette. Cette nouvelle est intense, renfermant des évocations complexes sur la création, l’art, la mort, la folie et l’obsession. Dans Le dossier David Eddings, la biographie de l’auteur de Charlotte Bousquet insiste sur l’influence de Tolkien et l’importance de sa femme Judith Leigh Shall dans le processus d’écriture. Dans La Belgariade et la Mallorée de Charlotte Bousquet, la présentation du cycle montre qu’il repose sur l’existence d’une dualité à tous les niveaux dans une vaste dimension magique et religieuse, sociale et politique, avec de nombreux personnages rapidement décrits. Dans Les préquelles et le Codex de Riva de Frédérique Mounier, l’intérêt de ces livres complémentaires réside dans les précisions apportées aux peuples et aux personnages. Dans Joyaux et Périls de Gaëlle Scarpa, la trilogie des Joyaux correspond à une fantasy très classique dans la nature de la quête du héros, puis la trilogie des Périls s’affirme dans une voie plus politique. Dans La dualité comme ressort narratif de Frédérique Mounier et Gaëlle Scarpa, les oppositions entre personnages sont omniprésentes, relations complexes pas forcément hétérogènes. Dans A propos des femmes de Charlotte Bousquet, les différents profils des personnages féminins sont présentés, surtout développés par l’épouse de l’écrivain. Dans Entretien avec Georges Foveau de Chrystelle Camus et Angélique Gattullo, l’auteur explique son intérêt pour la spiritualité et la magie des différentes cultures pour la conclusion de sa tétralogie. Dans Johanna Sinisalo : Jamais avant le coucher du soleil de P.J.G. Mergey, ce roman finnois mêle la littérature populaire nordique et le fantastique merveilleux avec la présence du troll sous un angle cryptozoologique. Dans Walt Kelly, l’art de ce marais d’André-François Ruaud, ce dessinateur passé par Disney a créé Pogo, un strip humoristique sur l’actualité socio-politique, réputé intraduisible en français. Dans Sur la route de l’Équinoxe de Georges Foveau, un Garou rencontre une sylphe Lynx dans une nouvelle de fantasy très poétique et onirique. Dans La source des errances chapitre 9 d’Alexis P. Nevil, Ghesh’ Mar emmène sa troupe de soldats sur les traces du groupe d’enfants et leur mystérieux meneur. Dans Le Sommeil des Héros de Fabrice Anfosso, le Roi d’un monde désenchanté depuis la disparition des ennemis et de la guerre part batailler avec son fils contre les obscurants, sous la forme d’une pièce de théâtre médiéval soutenue par la vision d’un troubadour, tragédie sur la civilisation paisible et le besoin d’un antagonisme externe comme vitalité. Dans Vergiss mein nicht de Catherine Dufour, deux étudiants observent un corps lumineux qui flotte à la surface du canal rempli de produits chimiques, dans un texte ironique sur la curiosité et la nature disparue. Ce numéro est un peu léger malgré une belle nouvelle inédite de Jeff VanderMeer et un court dossier assez confus qui montre bien la richesse des écrits de David Eddings.
Dans La révolte des Fées Dragée de Mike Resnick, Arthur trouve sept individus féériques les pieds collés dans une flaque de cola séchée dans sa cave, compromettant leur vengeance à l’encontre du milieu artistique humain qui les ridiculise. Ce conte de fées parodique montre que l’argent peut donner une existence à la magie cynique et enfantine. Dans Morreion de Jack Vance, un groupe de magiciens part à la rescousse de Morreion, abandonné sur une planète en sursis après un conflit avec le peuple archiplume, et à la recherche de pierres IOUN. Ce space opera à bord d’un palais volant renferme un voyage en huis clos de magiciens roublards dans une ambiance légère et décalée. Dans le dossier inédit sur Jack Vance, Philippe Monot présente les rapports de l’écrivain avec la fantasy et la science fiction, la prédominance du voyage, les sociétés médiévales et la technologie, la magie et la description d’un futur. Cugel est une incarnation de Jack Vance, espiègle bourlingueur. Jacques Garin participe ensuite à la description de Lyonesse, fantasy antérieure au roi Arthur. Yannick Degiovanni aborde Tschaï, récit d’exploration avec un héros déterminé, amoureux de la liberté dans le déplacement parmi un bouillonnement ethnologique. André-François Ruaud présente l’œuvre d’Alan Brennert, des textes de fantastique, sensibles et subtils, à la frontière des genres. P. J. G. Mergey montre la complexité de Replay par Ken Grimwood comme uchronie personnelle. Dans L’ange de la miséricorde de Jean Millemann, se déroule un témoignage d’auberge, de taverne de marins bretons ballotés entre légendes païennes et christianisme. Dans Aucun père si dévoué de Johan Heliot, Carole est engagée dans un bazar par le propriétaire, un vieux monsieur mystérieux qui s’adonne à un marché parallèle pour de riches clients. Cette histoire déploie un fantastique monstrueux et tendu psychologiquement. L’intérêt de ce numéro réside dans le dossier et la nouvelle de Johan Héliot, tous deux inédits et prenants.
Dans Les oiseaux chanteurs de Kristine Kathryn Rusch, le prince Tadéo charge Reynaldo, chasseur de créatures magiques, de capturer un oiseau chanteur pour son sacre. Il trouve un spécimen sous la forme d’une jeune fille serveuse d’auberge dans un hameau mirage mais elle peut lire ses pensées. Se présente à lui un dilemme ; utiliser sa ruse pour l’attraper ou céder à la séduction du merveilleux. Ce conte d’une fantasy naïve qui vise la sagesse exprime une nostalgie poétique et la fatalité des illusions. Dans Son épouse unique et véritable de Louise Cooper, Leah se destine à épouser Carolan lorsqu’ils seront adultes. Mais elle est fille de sorcière et il est éloigné par sa famille pour débuter une vie classique. Elle le retrouve dix ans plus tard alors qu’il se marie avec Calla, une villageoise. C’est un conte moral qui met en scène l’archétype de la société archaïque dominée par une religion intolérante et le mythe de la fille victime de sa propre folie et de son aveuglement paranoïaque et monomaniaque. Dans le Dossier David Gemmell par Simon Sanahujas est présenté l’esprit de cette heroic fantasy moderne qui contient l’idée d’une évolution des consciences, des personnages, malgré un manichéisme traditionnel. La présence de la magie est limitée et les récits tournent autour de la stratégie de la guerre médiévale. Ce contexte moyenâgeux abritant des personnages complexes forme une sorte d’anachronisme. La présentation historique derrière Le lion de Macédoine est intéressante, le plaidoyer pour une découverte du Cycle de Drenaï dans l’ordre d’écriture est convaincant. Dans Frank Stockton, le pionnier oublié (seul texte qui n’est pas inédit) par André-François Ruaud, la mise en lumière de La femme ou le tigre ? fait écho à la nouvelle de Louise Cooper. Dans La démone des batailles de Jean-Marc Ligny, le Chevalier Sombre erre au gré des batailles sous l’influence de Fata Morgana qui se nourrit de l’âme des morts. Seul l’amour pourra le libérer de cette emprise. Dans Renversons la vapeur ! de Georges Foveau, le peuple opprimé d’Amérique du sud se soulève contre les colonisateurs européens dans un récit steampunk fustigeant l’iniquité sociale et la destruction industrielle de la nature. Dans La source des errances (chapitre 5) d’Alexis P. Nevil, un oiseau-licorne femelle meurt…