Le sombre – James Herbert

Bishop, un enquêteur en paranormal un peu sceptique, est poussé à chercher la cause d’une frénésie sanguinaire (meurtres, suicides et incendies inexpliqués) dans une rue étant manifestement le centre d’une activité suspecte. Il est partagé entre son obsession pour la chasse aux charlatans et son histoire personnelle troublante ; les investigations débutent par une maison dans laquelle il a été découvert un charnier quelques mois plus tôt. La fille d’un dignitaire spirite l’accompagne dans ses recherches. Ce qui ressemble à une très classique histoire de maison hantée et de fantômes se transforme en une épidémie de possessions démoniaques pas plus originale, avec sa secte manipulée par le mal à l’état pur. James Herbert ménage le mystère en excluant à aucun moment la possibilité d’une hystérie collective avec hallucinations, se reposant aussi sur une vision scientifique de la nature du mal biblique.
Comme toujours avec cet auteur l’histoire est bien écrite, les passages gores font presque oublier d’autres un peu bavards et certaines descriptions un peu longues. La bonne idée est d’avoir étiré le temps narratif, avec des ellipses bien placées, pour montrer l’ampleur de ce qui devient une catastrophe façon invasion de zombies.

Attaques recensées – Max Brooks

Ce répertoire d’attaques est un complément graphique à World War Z. Les localisations géographiques et les époques sont diverses et Max Brooks s’amuse à construire la petite histoire derrière des situations clés ou des contextes géopolitiques dans l’histoire de l’humanité, dans des chapitres uchroniques à la conclusion toujours cynique. Le dessin est sombre, d’une bonne qualité, avec un rythme et du mouvement. Le texte apparait et s’allie vraiment bien aux illustrations pour exhaler une ambiance d’horreur réussie, avec une touche d’humour.
Il y a une gradation dans le récit qui va chronologiquement de la situation la plus originelle à des détails historiques plus complexes. Le traitement fait penser à celui qui a été donné à la figure du vampire, l’insérant dans l’histoire humaine et légitimant son statut de furtivité. C’est un livre assez court avec une bonne idée à la base qui profite d’une synergie entre texte et image qui fonctionne.

La planète inquiète – Christian Léourier

Dans ce livre noir on suit une débâcle, une fuite embourbée vers nulle part, mue par la vacuité de la guerre. L’attaque de l’ennemi invisible est insidieuse, elle impose à la volonté des civils la nécessité d’un exode soudain. Parmi la procession misérable, terrorisée et déraisonnée, un militaire désengagé recherche sa femme, dernier souvenir du bonheur, dernière promesse visée. Tout son périple est ponctué de réminiscences décourageantes, un nœud élégamment torsadé de trajectoires terribles, dans un désordre équilibré. Cette attaque, dont l’origine est inconnue, isole les humains et révèle l’absurdité militaire, toutes les limitations humaines face à une forme de vie éminemment différente, obstacle à un expansionnisme maladif nourri par un complexe de supériorité aveugle. La paranoïa et la réactivité inappropriée forment un handicap fatal aux hommes.
Christian Léourier parle de toutes les horreurs de la guerre dans un récit à la fois immersion réaliste militaire, carnet d’une vie distordue, science fiction sur l’évolution des espèces et une magnifique poésie du désespoir. L’esprit logique du héros se demande si espoir et religion pourraient apporter une solution. Des références sont faites aux camps de prisonniers, de concentration, et un clin d’œil à Les sentiers de la gloire de Stanley Kubrick. L’histoire est ponctuée de digressions philosophique à propos de sémiologie, d’épistémologie, de métaphysique et de théologie. C’est un texte psychologique sur la recherche d’un idéal qui s’échappe, d’une conscience déchirée par les évènements, et le cheminement mène au surpassement, l’évolution de l’espèce est une promesse. Sa richesse poétique et sa profonde intelligence le rapprochent de ce que peux écrire Alain Damasio.

Les pirates des astéroïdes – Isaac Asimov

La tentative de déstabilisation de l’Empire Terrestre, au cours de la première aventure, se révèle être globale et fomentée depuis la ceinture d’astéroïdes entre Mars et Jupiter. Depuis leur démantèlement des dizaines d’années plus tôt, faisant suite à la mort des parents de David Starr et la destruction de leur vaisseau, les pirates ont reconstitué leur organisation. Le héros va donc à leur contact et débute l’infiltration incognito.
Isaac Asimov prend plaisir à convoquer des principes scientifiques et jouer avec eux, avec sa rigueur habituelle. C’est vraiment un roman à mi-chemin entre littérature divertissante et manuel de physique chimie.
Cette science fiction épique contient aussi des passages s’approchant du droit et de la déduction, un peu à la Sherlock Holmes ; ce qui prouve la richesse multi-genre d’un écrit assez court.

Les poisons de Mars – Isaac Asimov

Écrit en 1951, ce polar science fiction est dans le style emblématique de cette époque, avec son héros charismatique, fougueux et surcompétent, l’extrapolation technologique et géologique habituelle, un peu datée concernant Mars ( de l’aveu d’Asimov).
David Starr mène l’enquête suite à l’intoxication alimentaire mortelle de plusieurs terriens ayant consommé des aliments produits sur Mars. Infiltration et espionnage le mènent dans une ferme martienne sur les traces d’une probable forme de vie intelligente souterraine. Les enjeux sont stratégiques, la Terre n’étant pas indépendante du point de vue agricole, et ces attentats bactériologiques ciblés menacent l’influence galactique terrienne. La construction du récit fait penser à la fois à Philip K. Dick et Edmond Hamilton ; un intrus débarque dans une société peu accueillante, et l’humour est toujours discrètement présent. C’est la première mission pour l’inexpérimenté David Starr, et la naissance du mystérieux Justicier de l’espace, promesse d’aventures palpitantes et un peu schizophréniques.

Blade runner – Philip K. Dick

[08/08/24] Rick Deckard est un blade runner chargé de chasser un groupe d’androïdes modèle Nexus-6, fleuron de la production synthétique de la fondation Rosen rendant plus complexe leur identification par le test empathique Voigt-Kampff. La situation post-apocalyptique de la Terre après la guerre nucléaire forme le socle de l’histoire, les animaux ont à peu près disparu, remplacés par des robots, et l’humanité a fui dans l’espace, abandonnant derrière elle les employés nécessaires et les déficients génétiques exposés aux retombées et nourris aux dérivatifs que sont la religion et la télévision.
De cette anticipation scientifique découlent des questionnements sur l’intelligence et l’empathie, entre androïdes perfectionnés et humains altérés, vrais et faux animaux. Et le doute est distillé par la possibilité que les androïdes n’aient pas conscience de leur nature jusqu’à contester l’humanité de Deckard diminué par sa peur de la bavure, la possibilité d’un amour réciproque entre homme et androïde, ou J. R. Isidore assez spécial pour confondre un animal naturel avec une réplique, la confusion s’installe et Deckard peut devenir empathique avec un animal synthétique, symbolisant le Nexus-6 et la destruction de la nature et de l’Homme. Une sorte d’amusement plane, les animaux placides sont d’une importance capitale dans un message écologique sérieux. A la moitié du livre, au dixième chapitre, le glissement de réalité paranoïaque intervient avec l’existence manifeste de faux-souvenirs. Un androïde peut faire preuve d’humanité lorsqu’il oublie qu’il est une machine. Ce roman est une réflexion sur l’humanité et sa sociabilité aristotélicienne qui en fait une espèce unique, sur l’entropie universelle, l’implacable promesse de disparition, dans un récit en forme de spirale fluctuante.

[03/04/22] Deckard doit éliminer des androïdes du dernier modèle, après leur avoir fait passer un test car ils ont plus d’intelligence que d’émotions véritables. Pourtant la copie d’êtres vivants s’approche toujours plus de la perfection avec ses contrefaçons de principe vital. Il faut différencier les humains qui ont fui la Terre de ceux, infectés, qui sont restés, des androïdes de plus en plus humains et des robots de plus en plus animaux. La raréfaction de la vie et les illusions convaincantes se télescopent dans des troubles d’identité et des doutes existentiels. Philip K. Dick conjugue la portée sociale des castes avec le tournis métaphysique de la vie synthétique, dans une paranoïa hyperbolique. L’humanité réside en la conscience de soi et l’empathie. Et peut-on aimer une androïde ?
C’est un polar nerveux et intelligent, à la portée philosophique immense, une dystopie spirituelle dans une nature blessée et le mysticisme de la création face à l’entropie et l’incertitude réflexive.

Les enfants du mirage

La démarche de Richard Comballot est de mettre en valeur la science fiction française, en l’occurrence des années 70, d’exposer ses spécificités et ses préoccupations, son évolution par rapport aux précurseurs français et à l’omniprésence programmée anglophone. L’existence de la science fiction est indissociable de la société, de la contestation de la fin des années 60, de l’implacable réalité des guerres, de la libération sexuelle et du chevauchement des générations. A cet égard la préface de Jean-Pierre Andrevon est passionnante, montrant bien les difficultés pour s’adapter au monde en mutation de l’édition, aux exigences des individualités du milieu de l’écriture, pour créer une identité littéraire riche et diverse.
Il y a logiquement une sorte de langueur concernée, une poésie résistante face au contrôle, à l’asservissement et au découragement. Il y a aussi l’évolution urbaine et technologique comme défi humain grâce à la rébellion, l’insoumission ; pas de mysticisme, pas de voyages spatiaux mais le pouvoir de l’esprit et la réalité relative dans un paradoxe qui allie l’élan de liberté et l’attachement au sensible. Cette nécessité débouche sur un pessimisme positif plein de conscience et de lucidité écologique. Le péril ; l’influence humaine est globale et l’adaptation nécessaire. C’est une science fiction d’une profonde gravité, d’une appréhension sensible et cruelle.

Erik le Viking – Terry Jones

[06/11/25] Erik laisse femme et enfant derrière lui pour trouver le légendaire pays où le soleil se couche le soir venu, accompagné entre autres par Ragnar Barbe-Fourchue, Sven le Fort, Thorkhild, Thangbrand, Ulf Sigfusson, Olaf Hamundson et Gunnar Longues-Jambes à bord de son navire le Dragon doré.
Ce conte initiatique est un voyage dans la tradition orale scandinave qui s’appuie sur une naïveté poétique, des créatures merveilleuses issues du folklore et des situations inopinées comme autant d’épreuves ou d’énigmes destinées à contrecarrer ou ralentir l’aventure dans une succession d’étapes couronnées d’enseignements et de résilience. Car le voyage est intérieur en direction de la sagesse, du courage et de la connaissance de soi. Au-delà des apparences réside la simplicité de l’existence et la vérité de l’action en accord avec les sentiments partagés et l’unité indépendamment de l’espace et du temps. Non seulement la Terre est plate mais elle est creuse, la séquence du Bord du Monde est un monument de bravoure très visuel, sommet de l’archaïsme conceptuel puissant et du symbolisme métaphysique qui infusent tout le texte, rappelant l’œuvre d’Homère dans sa richesse flamboyante héritée du polythéisme, s’appuyant sur les illustrations inspirées de Boulet et convenant à tout âge par sa fécondité imaginative et son déroulement de fable positive comme parabole du fait de grandir et de mûrir.

[03/04/22] Terry Jones, un des piliers des Monty Python, se sert de son imagination débordante pour composer cette saga inspirée par la tradition nordique des contes imprégnés de voyage et de mythologie. Erik décide de partir avec son équipage à la découverte de contrées inconnues, à la façon d’Homère, dans des aventures dépaysantes, succession d’épreuves faisant appel à la sagesse et au courage.
Les créatures sont surréalistes et les différents personnages se retrouvent dans des situations cocasses, résolues avec une morale simple et atavique. Pas assez naïf pour rebuter les adultes, ce récit convient parfaitement aux enfants car il est amusant, volontairement archaïque, court et très visuel. C’est un exercice de style parfois un peu rigide au niveau de la forme, mais le contenu est un conte onirique d’une créativité débridée.

Histoires d’horreur – Fiction spécial 10

[06/05/25] Dans Manuscrit trouvé dans une maison déserte de Robert Bloch, Willie Osborne à douze ans va habiter avec son oncle et sa tante dans l’arrière-pays, isolés parmi les collines boisées et les légendes ataviques. Le pastiche lovecraftien s’attarde sur Shub-Niggurath et les Shoggoths, adopte la forme d’un témoignage écrit et s’appuie pour commencer sur des descriptions indirectes des créatures ressenties par l’ouïe et l’odorat puis précisées par des cauchemars. La gradation de la tension mène à l’horreur indicible et au sentiment implacable du gigantisme des Grands Anciens et de leurs séides face à l’humain dérisoire.
Dans Allée du paradis de Harold Lawlor, Vera Witmack défigurée après un accident ouvre une pension de famille pour des personnes dans la même situation et se fait escroquer par un jeune homme. C’est une histoire classique d’horreur biologique, de vengeance et de sorcellerie sur un chemin satanique qui mène droit en Enfer.
Dans Brouillard d’Allison V. Harding, la famille Hobell fait régner la terreur depuis la colline surplombant Elbow Creek, régulièrement envahie par une brume visqueuse qui correspond à une disparition dans la famille. Cette nouvelle qui met en scène un brouillard invasif et surnaturel s’apparente aussi au thème de la maison hantée et choisit le renversement moral qui voit les personnages ignobles punis en faisant tomber le masque.
Dans L’apprenti sorcier de Robert Bloch, Hugo malgré son déficit intellectuel devient l’assistant du Grand Sadini dans sa tournée de prestidigitateur. Cette nouvelle dénuée de fantastique repose sur la crédulité et la candeur d’Hugo qui révèle le sordide en l’humain autour de lui et accélère sa déliquescence jusqu’au crime naïf et nihiliste.
Dans Le Verrat de William Hope Hodgson, Carnacki aide un homme incapable de se protéger des Monstruosités Extérieures au moyen d’un barrage spirituel chromatique. Le mélange de rituel spirite à la source onirique et d’appareillage scientifique forme un passage entre monde physique et monde psychique, sur une dimension de mort et de folie qui a influencé Lovecraft, la description des Grands Anciens correspondant totalement à celle du Verrat.
Dans L’autre côté de la porte de Harold Lawlor, Mr Galloway est un riche vieillard marié à Sylvia une jeune femme sortie d’un milieu modeste. Il se rend compte un soir qu’il peut entrer dans la pièce représentée sur la toile en enjambant le cadre. Cette courte nouvelle très classique montre une vengeance d’opportunité par un piège dimensionnel infini.
Dans Les apparitions de Monsieur Taupe d’Allison V. Harding, le jeune Jamie découvre un homme enfoncé dans la terre d’un champ derrière sa maison. Le texte s’appuie sur une ambiance de tension et de mystère autour de cette apparition chthonienne, sorte de prototype de Pennywise chez Stephen King.
Dans Compagnon de cellule de Theodore Sturgeon, un prisonnier voit arriver dans sa cellule Crawley affublé d’un abdomen très proéminent. Cette comédie macabre met en scène les pouvoirs psychiques d’un frère siamois sardonique.
Dans L’homme-éponge d’Allison V. Harding, Lother Remsdorf est devenu homme-éponge à la suite d’expériences menées par son père ensuite disparu dans l’explosion de son laboratoire, protocole qu’il cherche à reconstituer pour faire d’une femme sa semblable et avoir une descendance. Cet hommage diffus à Frankenstein, dans lequel se fondent science fiction et fantastique, se base sur un délire obsessionnel égocentrique et criminel.
Dans Le cactus de Mildred Johnson, Edith reçoit par la poste une bouture d’un cactus mexicain de la part de son amie Abby. La plante exerce une volonté et une influence odoriférante au travers de cauchemars provoqués et d’une apparence démoniaque.
Dans Le fantôme de la mer d’Allison V. Harding, le Dr Ogilby est appelé au chevet du vieux capitaine Tyler qui se dit harcelé par son officier en second noyé lors du naufrage de leur dernière traversée. Cette nouvelle choisit de garder une distance avec les manifestations fantomatiques qui résident dans les profondeurs maritimes, jouant sur l’aspect psychologique jusqu’à la confirmation matérielle finale du surnaturel.
Dans La maison du crime de Richard Matheson, deux frères achètent la vieille maison victorienne qu’ils voient abandonnée depuis leur enfance. Au thème de la maison hantée s’ajoute une sorte de succube qui sexualise l’emprise et une référence au Portrait de Dorian Gray.
Dans Enoch de Robert Bloch, Seth habite seul depuis le meurtre de sa mère considérée comme une sorcière dans une cabane au bord d’un marais et une présence dans sa tête le force à tuer des gens. Derrière l’apparent trouble psychotique se tient une sorte d’Azazel qui pourrait ressembler à un chat cruel et furtif.
Dans Le professeur et l’ours en peluche de Theodore Sturgeon, Jeremy est un jeune garçon qui a des visions de son avenir provoquées par son ours en peluche pour s’en nourrir. Le jouet monstrueux opère une transsubstantiation vampirique des connaissances à venir du garçon et des péripéties macabres en sang dans une causalité temporelle réciproque.
Ce recueil contient quelques nouvelles inédites et la plupart ont pour thème la tromperie, plusieurs d’entre elles s’appuient sur des caricatures d’animaux et certaines baignent dans un sexisme daté comme chez Harold Lawlor, Allison V. Harding et Mildred Johnson.

[12/10/22] Manuscrit trouvé dans une maison déserte de Robert Bloch est une nouvelle présente dans nombre d’anthologies, pastiche lovecraftien exemplaire sur un Shoggoth.
Le Verrat de William Hope Hodgson met en scène les aventures de Carnacki (publiées chez Néo) qui ont au moins autant influencé Lovecraft que Le grand Dieu Pan d’Arthur Machen ; une machinerie scientifique pour matérialiser la magie derrière la réalité, dans une horreur grandiloquente, avec quelques longueurs comme chez Poe, mais avec aussi des passages vraiment intenses, la récupération de son empire par un dieu transcendant, le gigantisme fou.
Toutes les autres nouvelles sont très classiques, de plus ou moins bonne facture, parlant surtout de vengeance. Le thème général du recueil est l’horreur parcourue de personnages étranges, d’apparence comique mais dérangeante, avec un sens du ridicule glauque. C’est cette invraisemblance des situations qui fait ressortir de ces histoires la manipulation et la dissimulation.
C’est un recueil bien fagoté, dans une unité certaine, un choix judicieux de textes d’Alain Dorémieux.

Les évangiles écarlates – Clive Barker

Harry D’Amour est un détective particulièrement sensible depuis l’enfance aux manifestations surnaturelles. Au cours d’une enquête paranormale, une brèche sur l’enfer et ses créatures sataniques s’ouvre.
Sous la forme d’un polar psychologique très noir se développe une ambiance de déliquescence urbaine, de menace magique dans une réalité qui chavire. Une puissance psychologique énorme habite ce texte cauchemardesque, impitoyable, incarnée par Pinhead le Cénobite et, avec ironie et sens du grotesque, les Sorciers. L’enfer est un lieu tangible, contrée d’une dimension parallèle, matérialisation des horreurs médiévales teintée d’une sorte d’onirisme, et ensuite le récit bascule du côté de la fantasy pour se concrétiser dans une apothéose luciférienne. L’écriture est simple, précise et directe, très prenante, dans un livre qui évolue, délivrant la plus simple beauté comme la pure destruction féconde. Les évangiles écarlates ressemble plus à un testament littéraire qu’à la suite de Hellraiser.

Le djinn – Graham Masterton

Aux États-Unis un collectionneur d’antiquités perses se suicide après avoir scellé magiquement une jarre censée renfermer un djinn très puissant. Entre scepticisme et terreur irrationnelle, l’enquête commence pour son filleul autour de la maison nimbée de mystère et de l’influence surnaturelle du génie entravé.
Il est question avant tout d’ambiance, d’une littérature fantastique du début du XXe siècle, à rapprocher de Lovecraft indéniablement, avec un vieux parrain érudit et fou, la vieille demeure étrange, la nécromancie arabe antique, la convergence d’énergies cosmiques, une horreur subtile et susurrée, indirecte qu’on sent par les interférences insidieuses.
Dans ce livre Graham Masterton revisite Les mille et une nuits d’une façon bien documentée et avec son humour habituel, jouant avec la vision populaire de ces contes. C’est un court roman, bien construit, qui ménage ses révélations pour se tendre jusqu’au climax final, tension diffuse qui accouche d’une apothéose artificière. Facile à lire, avec une petite saveur lovecraftienne, c’est un sans faute dans le genre.

Le temps du voyage – Roland C. Wagner

Un agent secret terrien doit enquêter sur une influence suspecte qui favorise le développement social et technologique de civilisations peu évoluées, ce qui menace la position dominante de la Terre dans ces mondes si lointains. Un groupe de personnes hétéroclites se constitue au fil de cette mission aussi vague que mouvementée. Leur voyage devient imprévisible sur les traces, les conséquences visibles de cette interférence mystérieuse.
Cette science fiction d’aventure exotique avec une touche d’espionnage implique forcément de nombreuses rencontres improbables, dangereuses ou simplement étranges, l’habituelle ménagerie bizarre, divers moyens de locomotion et contre-temps féconds. C’est la découverte des civilisations qui prédomine dans le récit. La présence de la télépathie donne de la profondeur au héros dubitatif devant ces défis ethnologiques et géopolitiques ; un vrai livre de baroudeur sur fond de colonisation et manipulation des masses, un mélange de Edmond Hamilton et de Philip K. Dick, l’étonnement, la paranoïa et le mystère sont omniprésents.