Les Égyptiens – Isaac Asimov

L’auteur décrit l’ancienneté préhistorique d’un peuple enclavé dans une configuration géographique propice à son développement initial et à sa consolidation, point de départ sur le chemin des arts et des sciences, de la religion et de la politique d’une civilisation multimillénaire propulsée par l’agriculture, stabilisée par son unification sous le règne de Ménès. Mais comme dans toute société humaine des troubles apparaissent, des défis à répétition qui révèlent la valeur et la grandeur des dirigeants dont toutes les dynasties sont présentées sans s’appesantir. Cette structure descriptive linéaire révèle une nature cyclique d’élans, de soubresauts et de délitements passagers au gré des interactions avec l’étranger, les influences réciproques, un jeu de dynamiques complexes en vases communicants de puissance et de faiblesse ici simplifié avec brio.
Cet auteur étant Isaac Asimov, l’écho de Fondation et de la psychohistoire se fait sentir, le récit se focalise sur les personnalités et leur incidence sur la trajectoire évolutive de l’Histoire qui se nourrit des décisions capitales comme des occurrences anecdotiques et révélatrices pour motiver cette recherche explicative à rebours suivant les intentions et les comportements qui constituent le moteur de cette fresque vivante explorant la continuité de la causalité.
La particularité de cette civilisation provient de sa précocité, son statut de pionnière à l’échelle de l’espèce dans l’irrigation, la sensibilité religieuse, l’ambition architecturale, la notion de progrès dans la paix et la capacité à absorber les flux venant de l’extérieur.
Isaac Asimov prend bien soin de ne pas être dogmatique et signale les zones d’ombre et de flou, se prémunit de l’extrême exigence de l’historien pour privilégier la fluidité du raconteur reliant les étapes d’une histoire qu’il connait, abordant et questionnant la dialectique entre polythéisme et monothéisme.

Les pirates des astéroïdes – Isaac Asimov

La tentative de déstabilisation de l’Empire Terrestre, au cours de la première aventure, se révèle être globale et fomentée depuis la ceinture d’astéroïdes entre Mars et Jupiter. Depuis leur démantèlement des dizaines d’années plus tôt, faisant suite à la mort des parents de David Starr et la destruction de leur vaisseau, les pirates ont reconstitué leur organisation. Le héros va donc à leur contact et débute l’infiltration incognito.
Isaac Asimov prend plaisir à convoquer des principes scientifiques et jouer avec eux, avec sa rigueur habituelle. C’est vraiment un roman à mi-chemin entre littérature divertissante et manuel de physique chimie.
Cette science fiction épique contient aussi des passages s’approchant du droit et de la déduction, un peu à la Sherlock Holmes ; ce qui prouve la richesse multi-genre d’un écrit assez court.

Les poisons de Mars – Isaac Asimov

Écrit en 1951, ce polar science fiction est dans le style emblématique de cette époque, avec son héros charismatique, fougueux et surcompétent, l’extrapolation technologique et géologique habituelle, un peu datée concernant Mars ( de l’aveu d’Asimov).
David Starr mène l’enquête suite à l’intoxication alimentaire mortelle de plusieurs terriens ayant consommé des aliments produits sur Mars. Infiltration et espionnage le mènent dans une ferme martienne sur les traces d’une probable forme de vie intelligente souterraine. Les enjeux sont stratégiques, la Terre n’étant pas indépendante du point de vue agricole, et ces attentats bactériologiques ciblés menacent l’influence galactique terrienne. La construction du récit fait penser à la fois à Philip K. Dick et Edmond Hamilton ; un intrus débarque dans une société peu accueillante, et l’humour est toujours discrètement présent. C’est la première mission pour l’inexpérimenté David Starr, et la naissance du mystérieux Justicier de l’espace, promesse d’aventures palpitantes et un peu schizophréniques.