69 – Anthologie

Dans Eddy Merckx n’est jamais allé à Vérone de Stéphane Beauverger, une femme battue par son mari rêve de liberté dans l’ambiance d’une société patriarcale et arriérée.
Dans Saturnales de Maïa Mazaurette, la lune de miel dans le futur est programmée et assistée dans tous les détails grâce à la technologie. Paradoxalement la société est permissive dans ce cadre rigide et presque tout le monde a oublié la pratique sexuelle naturelle.
Dans Misvirginity de Daylon, une prostituée synthétique se raconte dans un futur pluvieux où la question androïde est omniprésente.
Dans Miroir de porcelaine de Mélanie Fazi, une danseuse qui crée des spectacles d’automates avec son compagnon voit ce dernier tomber amoureux de sa dernière création.
Dans LXIX de Francis Berthelot, le cinéma interactif permet à un homme obsédé par un personnage de péplum de modifier le scénario du film à sa guise.
Dans Toi que j’ai bue en quatre fois de Sylvie Lainé, il suffit d’ingurgiter quatre différents liquides pour vivre un fantasme et construire une histoire qui devient obsédante.
Dans Louise ionisée de Norbert Merjagnan, une chercheuse scientifique vit une symbiose avec un exorgane à base d’isotopie orgasmique.
Dans Sabbat de Gudule, une allégorie trash du mal, de la psychologie et du sexisme se déploie.
Dans Les métamorphoses d’une martyre de Charlotte Bousquet, une jeune femme violée par un peintre se venge dans une ambiance gothique.
Dans Vestiges de l’amour de Jean-Marc Ligny, incube et succube s’occupent d’un couple en difficulté.
Dans Descente de Virginie Bétruger, un astronaute raconte son retour sur une Terre dévastée par l’apocalypse nucléaire dans une nostalgie amoureuse.
Dans Camélions de Joëlle Wintrebert, des hommes insurgés sont abandonnés sur une planète inconnue et, parmi eux, une femme rencontre de grands papillons, s’accouple avec eux et ouvre la voie de l’adaptation.
C’est un recueil très varié de nouvelles dans des styles et des genres très différents, à l’ambiance plus ou moins sombre.

Le cinquième est dément – Jean-Marc Ligny

Après une soirée bien arrosée pour son anniversaire, Gabriel dit le Poulpe se fait voler le cadeau que Pedro lui a fait, une manivelle pour un train d’atterrissage, par un nain qui s’enfuit en scooter. La poursuite le mène jusqu’à une décharge occupée par des déchets humains, armés et débiles, ne souhaitant pas parlementer pour si peu. Parmi eux une prostituée junkie officie sur place et un tueur s’occupe de ses clients, une enquête désagréable se présente au Poulpe au milieu de la misère.
L’intérêt du livre repose sur sa galerie de personnages impayables et sur un dynamisme de situation avec son héros qui se démène dans ce cloaque, ses bons sentiments ne lui attirant que des ennuis. Il faut dire qu’en 130 pages on ne s’ennuie pas une seconde dans ce polar crasseux, un modèle du genre.

Billy Summers – Stephen King

Billy Summers est un tueur à gages qui ne supprime que des méchants. Le nouveau contrat qui lui est proposé est assez bien payé pour être son dernier. Un délai est nécessaire avant son exécution et Billy doit s’intégrer discrètement dans une ville qu’il ne connait pas. Sous une fausse identité, il incarne un écrivain, se met à écrire et son passé refait surface. Billy doit jongler avec ses différentes identités dans un dilemme existentiel paranoïaque et une présence envahissante des intermédiaires pour un tueur solitaire.
Stephen King aborde à nouveau le thème de l’écriture, ici d’un côté cathartique et certains passages sont régressifs, ce qui peut être périlleux mais il sait parfaitement le faire. L’histoire relativement simple au départ se complexifie à l’image du personnage principal bien construit et approfondi au niveau psychologique, confronté à une violence traumatique due à la guerre et à un isolement dans l’impossibilité de s’attacher aux autres. Le seul côté fantastique du récit réside dans les fantômes de la mémoire, ce qu’on devient après des expériences d’une violence extrême, à l’américaine avec la guerre en Irak, l’ombre de l’assassinat de JFK, la pègre de Las Vegas et le réflexe de vigilante chez Billy, mentor dans le style de Léon de Luc Besson.

Masques de Clown – Joël Houssin

Les Mectons sont les hommes employés dans les mines éloignées de la Terre et qui perdent peu à peu leurs capacités intellectuelles. Une fois à l’état de légumes ils sont abandonnés sur Clown, une planète mouroir sur laquelle une maladie les fait se recouvrir de champignons. Les compagnies minières et le gouvernement militaire cachent cette situation mais un Mecton-Clown parvient à s’échapper pour rejoindre la Terre. Un groupe de quatre personnes est chargé d’enquêter, le docteur Poska Dehli, le fonctionnaire alcoolique Val Dundee, la froide et distante Jaïs Negra elle aussi portée sur la boisson, et le sérieux Sword Frédrik. Ils découvrent qu’un homme, Hul Lypheor, mène seul une étude sur Clown pour comprendre ces maladies.
La personnalité du quatuor et l’impuissance des militaires fonctionnent bien dans ce complot ayant pour objet une menace exobiologique et cosmique. Le récit est court mais se focalise sur une approche scientifique et une confrontation à grande échelle dans l’ombre d’une surpuissance industrielle humaine illusoire. Cette critique de l’expansion avide est classique, la découverte d’une forme de vie atypique à la nature inconnue étant inévitable.

Ce qu’il y avait derrière l’horizon – Jean-Pierre Andrevon

Jo était parti seul pêcher et il avait fait une sieste sous un arbre. Il se réveille et décide de rentrer chez lui, retrouver sa famille. Sur la route, même pour un dimanche, il ne perçoit aucune activité humaine. Alors qu’il arrive dans l’appartement, sa petite famille comme possédée tente de le tuer.
Lorgnant d’abord du côté de l’invasion zombie, le récit est plutôt la traque d’un homme seul, survivaliste forcé et paranoïaque chassé par ses proches dans une ville fantomatique. Les confrontations sont très sanglantes, psychologiquement harassantes et nimbées d’un complotisme extra-terrestre sur fond de menace reptilienne, d’une inquiétante étrangeté. L’histoire débute dans de l’horreur aventure à la première personne puis dérive dans une science fiction action de divertissement à l’ancienne, qui s’insère ensuite dans une sorte de space opera aux préoccupations métaphysiques et cosmiques. Jean-Pierre Andrevon met de la variété dans ce livre formaté à 180 pages, ne craignant pas d’être fantasque.

Les cantiques de Mercure – Fabrice Colin

Mercure est un Dieu parmi les hommes, sans souvenirs et immortel dans un monde déliquescent de douleur et de vacuité. Le Mal déferle et le centre de cette infestation se trouve à Venise possédée par la peste. L’humanité sombre dans le gouffre des Enfers mais les hommes puissants convoitent l’immortalité. Venise est un aimant pour les personnages, d’où la vermine rayonne et l’abomination de la désolation attend derrière la porte au-delà du temps.
Ce livre est d’une noirceur absolue, ponctué de scènes violentes et cruelles, sanglantes et sexuellement crues. L’histoire peut désarçonner avec ses changements constants de lieu et d’époque, les personnages amnésiques qui subissent le cours des évènements, mais la qualité littéraire du texte forme une unité dans une poésie putrescente d’une ampleur mythique. L’éternel retour de Mercure parmi les homme et en eux est mythologique dans une souffrance universelle. C’est aussi un hommage aux peintres italiens et au polythéisme sophistiqué qui mène à l’inspiration.

Cyberkiller – Jean-Marc Ligny

L’essentiel de la vie se passe dans le cyberspace et un jeu de survie appelé Cyberkiller s’est immiscé dans le réseau. Deckard, traqueur de criminels dans la réalité virtuelle, enquête sur des meurtres tandis que Virus, une hacker très douée, se retrouve mêlée à ces exactions.
C’est un polar cyberpunk qui repose sur une action nerveuse et bien sanglante, ainsi que sur une galerie de personnages patibulaires et peu ragoutants qui s’agitent dans une réalité dystopique de drogue et de violence miséreuse n’inspirant que désir de fuite. Cette imbrication de la Basse Réalité et de la Haute Réalité enrichit la narration et met en valeur la perdition d’une société de contrôle, non sans un humour agréable. Justement le récit est bien équilibré, sombre et amusant, grave et enlevé, se moquant aussi de la religion avec la secte naturaliste et réaliste, la nature satanique de Cyberkiller, dans un mélange de valeurs humaines, comme l’amour et la confiance, et d’un état de fait anarchique opposant la rage de la pauvreté extrême à la richesse aveugle sur toute la planète.

Cauchemars d’acier – Jean-Pierre Andrevon

Fred Carré est à une soirée entre amis dans laquelle il connait peu de personnes avec sa petite amie Karin, plus jeune que lui et qui s’amuse allègrement. Fred s’ennuie et boit plus que de raison. Lors du retour en voiture une dispute lui fait perdre le contrôle sous la pluie. L’accident est inévitable, il s’en sort avec un doigt cassé et Karin meurt.
On assiste à la descente aux enfers psychologique dans un delirium glauque, nourri par la paranoïa et la culpabilité d’un homme habité par son passé et obnubilé par l’horreur biologique, par l’alliance du métal et de la chair. L’écriture est très imagée, d’une poésie sombre et hallucinée, pour décrire cet égo-trip sur la broche métallique de sa fracture et l’image de Karin qui le harcèle. Fred sombre dans l’horreur médicale qui décuple sa psychose, des constructions mentales déraisonnées dans une angoisse extrême face à un manque de communication propice aux illusions galopantes. C’est un livre d’une tension intense parcouru par la flamboyance d’un délire cybernétique. Avec son humour et la subtilité de la narration Jean-Pierre Andrevon réclame la crédulité du lecteur pour accompagner le personnage dans ce cauchemar.

Voisins d’ailleurs – Clifford D. Simak

Dans La maternelle, une campagne paisible dédiée à l’agriculture est bouleversée par l’apparition d’une machine inconnue qui offre un cadeau désiré à chacun l’approchant. Cette grande boite étrange se trouve dans le champ de Peter Chaye qui se retrouve au centre de l’agitation autour de ce premier contact. Cette nouvelle aborde le sujet de l’interventionnisme d’une espèce supérieure, de l’infantilité humaine et des efforts infinis à fournir en vue d’un monde meilleur. C’est ce fantasme de paix, de quiétude et de confiance qui apparait dans une ambiance bucolique de calme évidence.
Dans Le bidule, un orphelin simplet, maltraité par le couple qui l’a recueilli, trouve un artefact venu d’ailleurs qui lui parle en pensée et lui envoie des ondes chaleureuses de compassion. Il échange son canif contre une pierre qui irradie de la lumière, et lors de son retour à la ferme le couple est gentil avec lui. La rencontre avec les extra-terrestres est fortuite, elle symbolise l’aide potentielle désintéressée d’une lointaine civilisation pour une humanité simpliste et imparfaite.
Dans Le voisin, une famille étrangère s’installe dans une communauté paisible d’agriculteurs et mène étrangement une vie très facile. On retrouve le thème de l’inconnu qui a une influence bénéfique (météo idéale et absence de maladie) sur la vie des humains qui s’écoule avec bonheur, mais on peut se demander s’ils ne sont pas que prisonniers de cette bulle relative.
Dans Un Van Gogh de l’ère spatiale, Anson Lathrop se rend sur une planète au bord de la galaxie et peuplée de gnomes sur les traces de Reuben Clay, un peintre itinérant qui s’est intégré et a fini ses jours à cet endroit. Ce contact avec une espèce totalement différente s’accompagne d’incompréhension et ce voyage devient une initiation pour dépasser la pure rationalité et la foi aveugle, atteindre une clarté d’esprit, un élan désintéressé vers l’ailleurs.
Dans La fin des maux, un extra-terrestre va rencontrer un médecin dans son cabinet et lui donne sans condition un vaccin contre toutes les maladies qu’il teste. Il se rend vite compte que son intellect se simplifie, que le prix à payer pour la panacée est la réduction de l’intelligence, une dose d’oubli.
Dans Le cylindre dans le bosquet de bouleaux, Charley Spencer intègre une équipe de recherche dans un institut scientifique après la découverte d’une machine extra-terrestre qui provoque des perturbations de la réalité. C’est une histoire assez classique sur les voyages dans le temps et d’une imbrication causale atemporelle, une situation d’une évidence intrinsèque.
Dans La photographie de Marathon, Andrew Thornton s’intéresse à une propriété entourée de légendes dans une vallée isolée et il fait le lien entre un artefact extra-terrestre contenant le savoir d’une société avancée et un homme du futur qui veut sauver son espèce et sa planète. C’est une question d’évolution de l’humanité, du moment opportun pour être aidée, quand l’inertie morale et l’immobilisme social sont abandonnés.
Dans La grotte des cerfs qui dansent, un archéologue se rend dans une grotte aux peintures rupestres et y découvre une salle dissimulée. Il se lie d’amitié avec un mystérieux vagabond qui semble ancré dans ce lieu. Cette relation à l’autre est basée sur une ouverture d’esprit, surtout quand cette différence est l’immortalité. Certaines réalités sont difficiles à intégrer, le passé peut s’effacer mais il faut avancer.
Dans Le puits siffleur, Thomas Parker part sur les traces de sa famille et visite la ferme isolée d’un de ses aïeux. En symbiose avec ce lieu il ressent profondément le poids de l’histoire.

Frères lointains – Clifford D. Simak

Dans Le frère, nouvelle poétique à tendance autobiographique, voit se compléter deux frères jumeaux, l’un casanier et l’autre aventurier, par une sorte de transmission de pensée, dans une métaphore de la projection astrale dans l’univers, de l’ouverture et de l’anticipation des écrivains de science fiction.
Dans La planète des reflets, une équipe de terraformation sur une lointaine planète se coltine des indigènes humanoïdes dont le visage est uniquement constitué d’un gros œil. Chaque humain est suivi de près par un extra-terrestre et toute communication est impossible. Cette illustration du contact avec une espèce inconnue est excentrique, particulièrement joyeuse.
Dans Mondes sans fin, Norman Blaine est un employé du Centre, organisme qui gère la mise en sommeil assortie d’un rêve provoqué des clients qui désirent s’éveiller dans l’avenir. Le même jour il découvre son supérieur mort dans son bureau, sa nomination à un poste plus élevé et rencontre un réveillé de cinq siècles convaincu d’être manipulé. Dans ce mélange de science fiction et de polar paranoïaque, le personnage principal est un homme ordinaire qui se retrouve au centre d’un imbroglio socio-politique, un complot avec ses espions et ses conspirateurs. Le rythme de l’action reste élevé et le héros passe toujours une mauvaise et fatigante journée.
Dans Tête de pont, un groupe de reconnaissance planétaire qui saute de monde en monde pour répertorier, étudier et installer un relais sûr avant l’arrivée de colons, rencontre des autochtones humanoïdes stoïques sur une planète de jungle tropicale. Le message est clairement anti-colonialiste, dénonçant l’arrogance humaine face à la simplicité et l’esprit obtus devant l’étranger.
Dans L’ogre, une planète sur laquelle le règne végétal s’est imposé n’a comme vraie richesse exportable qu’une musique jouée au travers des arbres. Ces plantes ont des capacités extravagantes et les humains s’adaptent comme ils peuvent, cherchant à acheter les plus belles mélodies qui ont les effets d’une drogue sur eux. Cette science fiction d’aventure a l’aspect d’une fantasy pleine d’humour sur la contamination, similaire à la dépendance psychique chez Tolkien, les risques écologiques et le mercantilisme dans des aventures joyeusement déjantées.
Dans A l’écoute, un groupe de chercheurs télépathes échange avec des êtres de tout le cosmos diverses conceptions pour faire progresser l’humanité et l’intégrer dans la communauté des espèces intelligentes, transition pour dépasser la condition humaine.
Dans Nouveau départ, Frederick Gray est désormais sans attache et se rend une dernière fois pêcher la truite dans sa rivière préférée avant d’entrer à l’hospice. Sur les lieux, sauvages et isolés, il est frappé par la présence incongrue d’une maison toute neuve dont la porte n’est pas fermée. Cette nouvelle est assurément un fantasme de retraite pour son auteur au service de l’universalité.
Dans Dernier acte, le gouvernement américain a décidé d’irradier tous les cerveaux pour faire apparaitre le don de voyance d’une portée de 24 heures, éradiquant crimes et guerres, modifiant la société jusqu’à l’appréhension de sa propre mort et de celles des proches.
 
Le thème principal du recueil prend sa source dans les limitations de l’espèce humaine, l’absence d’empathie exobiologique et la présence d’un potentiel destructeur, et l’homme ne peut pas s’oublier, prendre du recul pour échapper à l’aveuglement du point de vue de l’individu et de l’espèce. Dans toutes ces nouvelles on retrouve l’amour pour les autres, une appétence pour la différence et le respect mutuel. Outre l’ironie à propos de la nature humaine apparait aussi une nostalgie chargée de considérations sur la vieillesse et la mort, qui clôture le beau travail de Pierre-Paul Durastanti pour composer ce livre, avec une belle postface de Philippe Boulier.

Lovecraft – Sous le signe du chat – Boris Maynadier

L’auteur se base sur le devenir-animal décrit par Deleuze et Guattari pour explorer la relation spéciale de Lovecraft avec les chats. Lovecraft est territorial, il s’identifie à sa ville et il était très attaché à leur maison construite par son grand-père. Son chat va disparaitre lors de leur déménagement pour un appartement modeste. Providence restera son territoire, à New-York la greffe ne prendra pas. A son retour, il aime se promener longuement la nuit et demeure naturellement contemplatif, témoin rêveur de la course du monde, et va murir en lui l’idée de la cité d’Ulthar. Ses textes tournent autour de métamorphoses perpétuellement en devenir. Les chats ont accès au monde des rêves et détiennent des secrets, ce qui renvoie à la mythologie égyptienne. Dans la société un anthropomorphisme aveuglant domine, seuls comptent le salut religieux, le travail et l’argent, ce qui fait de l’homme un esclave.

La saga de Hrolf Kraki – Poul Anderson

Comme expliqué en avant-propos, Poul Anderson présente une saga scandinave proche de la Geste Danoise, en modernisant à peine les transcriptions disponibles des traditions orales, en gardant le plus de fidélité possible envers les mythes et la vie quotidienne. Dans la lignée des Skjoldung, Hroar et Helgi se vengent de Frodi leur oncle qui a tué Halfdan leur père. Guerres et périodes de paix se succèdent. Helgi est celui des frères qui se comporte en chien fou, fier et querelleur, et qui donne une fille à une reine étrangère se refusant à lui. Vengeances et malédictions mythiques entérinées par les actes construisent un destin tout tracé, Hrolf sera le fruit de la consanguinité.
Le texte est traversé de descriptions poétiques de la nature, nuancées par la brutalité des affaires humaines en ces temps sauvages, avec ses trahisons, mariages forcés et alliances fragiles. A cette époque, trouver un homme sage tenait du miracle, ce côté fantasque et exubérant des mythes avec la magie et la myriade de personnages, toute cette histoire foisonnante est présentée avec moins d’aridité, d’éparpillement de la narration même si les détails culturels des peuples sont présents, avec plus de liant et de clarté que les textes d’origine. Cette démarche est intéressante et on peut penser vaguement à Tolkien, surtout pas la présence de Beowulf, mais doit-on considérer cette saga comme de la fantasy, et même comme un roman, une fiction ? C’est une modernisation d’un récit relatant des aventures issues d’une tradition orale amputée, c’est le travail d’un passionné de l’histoire du Danemark.