L’Image de l’Autre – Yves Dermèze

Mic se réveille sur un tapis d’herbe rouge surplombé par trois soleils bleus, découvre derrière une colline un village étrange et rencontre Karol poursuivie par des aragnes qu’il tente de repousser.
Le roman débute abruptement dans l’incertitude sous la forme d’une fantasy surréaliste aux résonances métaphysiques d’une ontologie onirique, Mic étant vite conscient de sa nature projetée à partir de l’original physique Michel qu’il est le seul à percevoir lors de courtes visites. La prétendue amnésie de Karol ne tient pas longtemps et elle confesse vivre la même situation d’alter ego de son modèle Créateur Caroline, ne pas faire partie du groupe d’humains retenus captifs dans le village par une symbiose nutritive imposée par les aragnes qui assurent leur emprise et instillent la lassitude en plantant leurs dards dans la chair des humains pour y déverser des ordres. La quête d’identité se mêle à la nécessité impérative de l’évasion qui se réalise par la consommation d’aliments pollués, envoyant Mic et Karol dans une mégapole au sein d’une société sécuritaire et industrielle, sans frontières ni religions, théâtre d’une lutte intestine entre Psy télépathes et Mat bagarreurs. Caroline a initié Michel qui perd ses nerfs au Jeu, défi entre deux concurrents doués de la faculté de constituer une Image abritant une partie d’eux-même et l’envoyer dans un contexte spatiotemporel pour atteindre un objectif secret. Mic est harcelé indirectement par son Créateur qui veut l’éliminer pour changer de partie avec une nouvelle Image alors que Caroline s’investit par procuration dans les aventures du couple. Michel les expédie à nouveau sur la planète aux trois soleils aux abords d’une Ville en ruines après la mort de toute sa population vampirisée par une forme de Vie rayonnant du métal. Édités la même année, Le Sharoun de Galicad et ce livre présentent un socle thématique identique, une Humanité privée de liberté et décimée par un cataclysme nucléaire, des mutations et des pouvoirs psychiques, une altération de la mémoire et la prédominance de la manipulation, mais L’Image de l’Autre est plus intense, autrement plus complexe et abouti avec sa construction en mise en abyme dans un mélange de thriller schizophrène et de polar paranoïaque qui sublime sa conclusion par une parabole œdipienne, couronnant un récit densément psychologique, haletant et finalement ouvert sur une structure cyclique qui évite la vacuité d’une simulation dérisoire.

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