
Dans Sur le podium, Alfred Demussé entend des sons, une voix et des rires, voit la lumière se modifier autour de lui quand il se rase chaque matin avant de se rendre à son travail insignifiant de petit fonctionnaire. L’archaïsme de ce rituel matinal devient au travers d’une faille spatiotemporelle un spectacle de cirque pour divertir un auditoire dans le futur, avide de visions archéologiques.
Dans Les chiens ne savent pas compter, un extra-terrestre doué de pantomorphisme est infiltré dans une portée de chiots d’un château en Sologne pour préparer l’invasion de toute la planète. Cette nouvelle humoristique s’appuie sur l’infériorité de l’espèce humaine pour mettre en scène la concurrence cosmique entre chats et chiens, occurrence terrienne d’une guerre dans l’ombre, d’infiltration et d’influence.
Dans Churchill VII Rex, Gérard et Délia Vernon partis de Papetee pour une croisière dans les iles qui a duré cinq mois à cause d’intempéries ne reconnaissent plus vraiment l’endroit à leur retour. Cette longue nouvelle uchronique permet à l’auteur de décrire une réalité parallèle et de construire une histoire alternative de Tahiti dans laquelle le protectorat français n’advient pas, poussant le couple à contacter Poul Anderson pour solliciter l’intervention de la Patrouille du Temps.
Dans Les Dieux du stade, deux commentateurs s’opposent pendant le défilé des athlètes des Jeux Olympiques en 2460, Noé Mamour nostalgique du XXe siècle et Karnak Bankman admiratif devant la spécialisation outrancière des corps obtenue par manipulation génétique et modification par des greffes. Cette confrontation de points de vue exprime la lutte philosophique entre progrès et bonheur, performance chiffrée et réalisation personnelle.
Dans L’Infini plus un mètre, le richissime Stanley Graham lance en 1965 un projet de radiocommunication en direction d’étoiles lointaines, démarche qui aboutit en 1993 sur une réponse obtenue de Tau Ceti à 11,81 années-lumière par son fils Melchior et ensuite améliorée jusqu’en 2312. Ce texte revisite les amours contrariées dans un romantisme cosmique assez farfelu face à une distance temporelle et une étrangeté exobiologique.
Malgré l’agréable diversité des nouvelles, ce recueil est traversé par une atmosphère surannée qui n’est pas flatteuse et provient d’un fond diffus issu d’une mentalité coloniale et par des boursouflures sexistes comme le commentaire nonchalant dans Churchill VII Rex déclarant que les vahinés semblent aimer une bonne raclée ou l’exigence catégorique de Stanley Graham dans L’Infini plus un mètre de transmettre sa Fondation à des héritiers mâles pour qu’elle reste entre de bonnes mains.