Twin Peaks : Une cartographie de l’inconscient – Stefan Peltier

Ce guide édité en 1993 concerne les deux premières saisons de la série Twin Peaks et le film préquelle Twin Peaks : Fire, walk with me.
Après une présentation claire et précise des conditions mouvementées de diffusion de la série aux États-Unis puis en France dues à son originalité réduisant l’impact de la sortie du film, puis une biographie vraiment succincte accompagnée d’une filmographie du duo David Lynch et Mark Frost, le guide des épisodes de la série enchaine les résumés bien détaillés et complétés par des anecdotes très pertinentes mais aussi, bizarrement, parfois affublés d’imprécisions comme l’attribution à un épisode d’un évènement qui se déroule en fait dans le suivant alors que le commentaire à propos du film est plein de lucidité sur ses particularités.
Ensuite s’ouvre la partie analytique.
Dans Un « soap noir », la série sublime le mélange d’enquête policière et de soap opera par une approche atypique des codes, un traitement surréaliste des personnages pour cultiver le mystère jusqu’à s’aventurer dans l’occulte. Les thèmes classiques, dominés par celui du départ et du retour, sont habillés d’une extravagance psychologique assurant des retournements de situations parfois glaçants mais aussi un humour jubilatoire.
Dans Twin Peaks, U.S.A., l’ambiance diffuse et fantasmée des années 50 dans une localité typique cache une noirceur et sert de support à l’hypersymbolisme exprimant déliquescence et nostalgie. La forêt est le siège de la psyché archétypale, mâchée par la scierie et traduite par Margaret la femme à la bûche, débordant jusqu’à la vie des habitants du centre-ville sous le signe d’Éros et Thanatos.
Dans « Encore des asperges au diner, ce soir… » (Laura Palmer), l’image parfaite attendue de Laura se heurte à la réalité de la société et aux assauts incestueux qui détruisent toute idée d’un amour pur, abattent la censure inconsciente et la poussent vers le cynisme d’une frénésie sexuelle pour conjurer son solipsisme nourri de ses désillusions.
Dans Possession ou symbiose ? (Bob), la description de Bob est très juste en réunissant des traits qui proviennent d’une dimension démoniaque et du luciférisme, du vampire psychique et du dieu farceur renforçant l’impression l’impression de cosmogonie mythologique et le fonctionnement manipulatoire d’une sorte de mauvais génie qui exploite la dialectique ontologique du double maléfique basée sur les failles existentielles.
Dans Cooper et le monde mystique de Twin Peaks, les philosophies bouddhiste et amérindienne qui inspirent à Dale Cooper la vision d’une réalité peuplée d’illusions et d’une migration des âmes confirment par l’existence des Loges et de la Chambre rouge la structure compartimentée du monde dans un jeu de reflets et d’échos fabuleusement illustré par le back-talk en cours dans la salle d’attente derrière le voile rouge cachant les racines du réel, lointaine référence au Grand Dieu Pan d’Arthur Machen.
Pour finir, les publications des livres et des VHS sont présentées avant la compilation des personnages dans les Annexes.
Une fois retirés les résumés des épisodes, tout de même intéressants par l’approche personnelle de Stefan Peltier et les anecdotes, il reste 46 pages au commentateur pour déployer un discours très renseigné et bien construit, souvent passionné mais obligé pour la concision d’ignorer certaines facettes de l’œuvre.

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