Réalité 2 – Louis Thirion

Dans un XIIIe siècle occidental envahi par des hordes mongoles sous les ordres à distance de Gengis Khan mort et ressuscité, la dernière résistance se compose du seigneur Hugues de l’Estoile, du chevalier Galbert, du prévôt Balthazar d’Apamée et de Gaspar, un vagabond témoin de l’apparition d’un mystérieux trio dans des bulles de lumière et de la capture par les barbares de l’un d’eux. En 2240, le vaisseau de ligne Osiris parti de la Terre est contraint par une avarie de se poser sur Veg, une planète à la réputation construite sur l’accès aux drogues et à la prostitution.
Au sein d’un contexte de guerre spatiotemporelle entre les Terriens et les Végiens, le roman entrelace la science fiction et la fantasy dans la description d’une réalité alternative et le développement à partir d’une bifurcation d’un obscurantisme à rebours dévorant le potentiel et la liberté de l’Humanité. Cette attaque planétaire fondée sur le système de rectification temporelle volé aux Terriens et l’expérience des Végiens dans les manipulations de réalités, ce qui en fait plus qu’une simple histoire de voyage dans le temps, appelait une réponse du Centre Impérial Cosmique humain pour contrer l’inexorable dans un jeu de stratégie qui devient une vraie pièce de théâtre dont les personnages, du passé ou du futur, ne sont pas conscients de leurs rôles. A cet égard, Sanders cumule les embûches et, après avoir utilisé la technologie végienne du translub en compagnie d’Alvire l’hôtesse de bord de l’Osiris et de Steve le commandant en second, il est sauvé par le baron Hugues et ses compagnons dans une contrée dévastée, étranger à ces mœurs brutales et ensuite aidé par Méluda, la petite-fille rebelle du Crompter de Veg. Le récit se focalise sur cette situation dépaysante qui flirte avec le cocasse tout en l’intégrant dans une globalité qui transparait dès le premier chapitre et dans les intermèdes végiens. L’ensemble contribue à instaurer une impression tenace d’hétéronomie et de contingence dans les trajectoires individuelles tutoyant la prédétermination de l’enchevêtrement causal. La construction du roman est donc maitrisée, l’ambiance médiévale reste oppressante, entre ruines et charniers, nourrie par le contraste avec les passages modernes et légers sur Veg, formant un puzzle narratif qui a le mérite de ne jamais déraper vers un discours civilisationnel tendancieux.

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