Trois chiens morts – Kââ

Tertullien d’Orthier est un enseignant d’histoire-géographie poussé par les habitants de son petit village du nord de la Côte-d’Or à occuper la fonction vacante de premier édile, en prise avec la résurgence de rumeurs sur le passé de certains administrés après le massacre de trois chiens et la découverte du gros propriétaire terrien Lucien De Steuwers abattu sur son tracteur.
Après une salve de polars extrêmement nerveux, Kââ passe à une forme plus pantouflarde d’enquête effectuée par un novice très curieux mais mesuré, un peu frileux. L’occasion est bonne pour développer la dimension autobiographique, relative mais incontestable, de son personnage principal gastronome à l’inspiration penchant vers l’anarchisme et à la qualité professorale, la philosophie n’étant jamais bien loin même si elle reste moins présente que dans ses précédents romans. La preuve de ce changement réside dans l’unique scène d’action du livre qui envoie Tertull’ au volant de sa voiture défoncer à quarante à l’heure la barrière d’une ferme après un sabotage de sa direction. Pas de fusillades, pas de courses-poursuites et les quelques horreurs sont succinctement décrites de façon indirecte par témoignages. Le nœud de l’enquête est constitué par les exactions des francs-gardes de la Milice et de la Das Reich à la fin de la Seconde Guerre mondiale et la débandade à la Libération, impliquant en écho des fausses identités et des secrets en pagaille qui assurent les rebondissements. Mais ce fond historique demeure lointain et permet de révéler une atrocité bien contemporaine dans la famille De Steuwers et au passage, le livre pose la question du devoir de mémoire et de l’oubli qui conditionne le silence face à des crimes récents, mettant en perspective le travail d’historien et l’activité de maire au contact des forces de l’ordre. L’intérêt du roman se trouve dans la galerie de personnages et l’environnement campagnard étouffant sous le poids de l’hypocrisie et de la culpabilité.

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