À chacun son meurtre – Fredric Brown

Dans Le boucher qui riait, Bill se remémore « L’Horreur de Corbyville », une affaire de cadavre dans un champ enneigé avec deux séries d’empreintes sans retour ayant provoqué le lynchage d’un boucher ancien magicien. Cette énigme a sollicité l’intuition et les capacités de déduction de Bill le flic de Chicago dans un parallèle avec le jeu d’échecs.
Dans Miss Ténèbres, l’arrivée de Mary Westerman dans une pension de famille peu après un hold-up dans une banque en ville suscite la méfiance de toute la maisonnée, alimentée par l’absence de lumière dans sa chambre à la nuit tombée. Cette histoire relativise les idées préconçues sur les personnes discrètes et celles qui devraient être dignes de confiance.
Dans Une voix derrière lui, Tony Grosz rumine au bar sa dispute avec sa femme Marie et décide malgré tout d’assurer une dernière fois son numéro d’homme-canon à la foire. Ensuite, partant en direction de la gare, il passe devant leur roulotte sans s’arrêter, aperçoit l’ombre de Marie s’approcher dans son dos, se souvient qu’elle a menacé de le tuer s’il la quittait et cède à un réflexe malheureux. La richesse de cette nouvelle provient d’un mélange de déficit de communication et d’extrapolation passionnée qui aboutit à une tragédie évitable.
Dans Une nuit de fin du monde, le prétentieux rédacteur en chef de nuit Halloran décide de confectionner une fausse édition de son journal annonçant la fin du monde la nuit-même pour faire une plaisanterie à un vieux pilier de bar qui tombe dans le panneau, s’empare d’une bouteille de qualité et du revolver du patron pour fêter l’évènement. Cette nouvelle cristallise l’inconséquence d’un homme méprisant envers un marginal fragilisé par ses traumatismes qui le prédisposent à un dérapage.
Dans Satan un et demi, Brian Murray est un musicien qui s’est isolé dans un cottage pour composer et reçoit la visite d’un chat noir, se révélant être le sosie du compagnon écrasé par une voiture de l’ancien locataire suicidé peu de temps après. Ce texte joue sur les faux-semblants pour révéler une réalité sordide derrière les manigances favorisées par une crédulité simpliste et clôturées par la levée de l’a priori surnaturel.
Dans Le plus grand poème jamais écrit, un journaliste novice demande dans son interview au critique littéraire Rupert Gardin de lui indiquer le poème qu’il considère comme le plus grand et obtient en réponse l’histoire de Carl Marney ciselant son œuvre pendant neuf ans après son naufrage sur une ile déserte. Cette allégorie exprime la quintessence de la poésie entre inspiration du vécu et travail d’épure absolue, projection abstraite et somme raisonnée.
Dans Une histoire de fous, l’avocat Mr Bellefontaine et le comptable Mr Jones se rencontrent dans la salle d’attente d’une gare déserte outre la présence du guichetier alors que retentit avec insistance une sirène signalant l’évasion d’un pensionnaire d’un asile des environs. La nouvelle fait croitre la tension par une paranoïa en miroir qui mène à un aveuglement univoque entre un asthmatique et un fêtard.
Dans Un innocent petit mensonge, Dirk et Ginny se connaissent depuis seulement un mois mais sont déjà mariés et il a trouvé une maison en vente à un prix modique qui s’explique par « Le Meurtre du Nid d’Amour », l’affaire d’une femme tuée pour son argent jamais retrouvé, par un assassin toujours en cavale. Le texte se construit autour d’un doute qui devient hyperbolique, une méfiance résiduelle, inconsciente et incontrôlable, des détails qui gonflent l’inquiétude dans une projection incertaine.
Dans La mort de Riley, Ben Riley est un flic sans envergure par son alcoolisme et sa fainéantise due à ses pieds fragiles qui a eu l’intégrité d’être présent lors d’un attentat visant un défilé officiel. Cette nouvelle puise son ironie dans un glissement éthique et une dialectique entre dépassement volontaire et postérité usurpée, un renversement des valeurs par une rédemption improbable.
Dans Encore une fois, Kathleen, le saxophoniste Johnny Marlin ne jouera plus à cause de ses poignets profondément entamés par une lame de rasoir suite à la tentative d’égorgement de sa femme qui lui a causé une amnésie persistante. Cette dernière nouvelle plonge dans la noirceur du jazz et une culpabilité brumeuse destinée à s’évaporer devant la prise de conscience d’une manipulation égoïste.
Fredric Brown use d’une technique consistant à décrire un voile d’apparences qu’il soulève avec malice pour révéler les motifs psychologiques occultant la réalité et la vérité tapies dans les détails, et retourner la dimension morale pour la révélation de motivations insoupçonnées, méthode d’une efficacité redoutable engageant une grande méticulosité dans la préparation de l’expectative.

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