Laide mémoire – Pascal Françaix

Dans le nord de la France en 1965, Raymond Crespel reconnait la brume épaisse envahissant les rues d’Atticourt qu’il tient pour responsable de la disparition inexpliquée de son meilleur ami Paul Demange vingt-deux ans plus tôt. De son côté, François Lesage fait le mur pendant la nuit pour rejoindre son compère Patrick dans une expédition intrépide parmi des maisons abandonnées mais tombe sur un enfant évanescent qui lui demande de le suivre.
Au lieu de se concentrer sur le quotidien d’un personnage ou d’une famille d’un ordinaire accrocheur et d’une pesanteur psychopathologique, le roman illustre une malédiction qui se propage de génération en génération par une peccabilité héritée d’une faute originelle collective écrasant le bassin minier. L’atmosphère de conte fantastique bascule carrément dans le surnaturel sanglant par la vengeance naïve de trois spectres d’enfants sur ceux qui les ont abandonnés à la mort suite à un éboulement dans la mine cinquante-sept ans auparavant. Car les trois galibots ignoraient la cause de leur abandon et vont se confronter à la résurgence d’une secte assujettie aux Supérieurs Inconnus, Maitres des Profondeurs ayant le Pénitent comme intermédiaire dont le métier consistait autrefois à purger les galeries du grisou avec une chandelle au bout d’une perche, pacte chtonien équivalent équivalent à la fondation de l’Ordre Ésotérique de Dagon à Innsmouth chez Howard Phillips Lovecraft, asservissement sacrificiel en échange de protection et de prospérité. Par-delà l’horreur et quelques séquences gore, le texte parvient à se nourrir d’une dénonciation de la condition des très jeunes orphelins dans la houille du début du XXe siècle et de l’amoralité des notables, dans une noirceur désespérée qui dépasse l’histoire de fantômes et submerge la coloration juvénile de l’aventure plombée par l’injustice du passé.

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