Le Veilleur à la lisière du monde – Daniel Walther

David Hensley se retrouve seul dans la station scientifique sur Pluton après la mort soudaine d’Osa son amante, Dr Formosa-Iryna Schwan son binôme dans la mission de prospection de minerai sous les étendues glacées de méthane pour le compte de Spacefare.
Le récit se concentre sur le désarroi psychologique et le vertige métaphysique provoqués par le deuil et la solitude, amplifiés par la claustration et le poids de l’immensité cosmique qui expriment l’obscurité et la vacuité du destin de l’humanité projetée à la limite de la galaxie par son effondrement inexorable. Fasciné par le satellite Charon qu’il perçoit comme un œil le toisant, entre la consultation compulsive d’holopornos et des accès répétés de furieuse vulgarité, le sommeil de Hensley est perturbé par des cauchemars mais aussi traversé par des visions d’un immense vaisseau parcourant les limbes interstellaires. Les responsables sur Terre, renseignés par les robots d’assistance de la maison plutonienne, s’alarment de cette instabilité menaçant des investissements colossaux mais Hensley considère sa découverte d’un cadavre extra-terrestre dans une grotte du désert glacé comme une confirmation de son intuition d’être visité prochainement par l’étrange astronef et son équipage divin. Sur un fond lovecraftien d’insignifiance de l’espèce humaine face à l’horreur cosmique se détache clairement une forme de lyrisme exubérant entre romantisme noir et multiples références bibliques, une recherche littéraire poussée par l’utilisation dans la narration de la première et de la troisième personne mais également de la deuxième. La jonction est faite entre le déroulé science-fictif et l’ambiance fantastique par la révélation de la véritable nature de Charon et l’expérience de premier contact d’une inquiétante étrangeté. La qualité d’écriture, inhabituelle dans la collection Anticipation, se sert des passages truffés de grossièretés pour bâtir un texte grandiloquent qui confine à la folie tout en présentant, pour se démarquer encore, une absence d’action au profit de réflexions abstraites et de contemplations transcendantes.

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