Chasse cosmique – Lyon Sprague de Camp

Le détective privé Victor Hasselborg est engagé à Londres par Youssouf Batrouni, un industriel d’Alep, pour retrouver sa fille Julnar qui s’est enfuie sur la planète Kryshna avec Anthony Fallon abandonnant sa femme.
Pour comparer avec la Saga de Zeï, ce roman installe un fond de polar qui se focalise sur un seul protagoniste principal, contourne la candeur et la quête initiatique d’un héros comme Dick Barnevelt, tout en s’inscrivant dans une fantasy d’aventure similaire avec son approche ethnologique et exobiologique ici purement pragmatique, cette fois-ci dans le Gozashtand. La guerre des sexes n’ayant pas cours dans cette contrée, contrairement au Qirib, le contexte se développe autour de la politique et de la sempiternelle monarchie obnubilée par la présence d’espions de la Terre ou des nations limitrophes, dans une société aux références infiniment disparates entre l’Antiquité et le XIXe siècle. Le thème de la dissimulation trouve un terreau fertile et l’humour reste très présent au fil des mésaventures d’Hasselborg sous le nom de Kavir bad-Ma’lum avec sa teinture verte, ses prothèses pointues aux oreilles et ses antennes collées sur le front, aux prises avec les complots colonialistes terriens, la cour du baron Jam bad-Koné à Rosid dans la Principauté de Ruz et le roi Eqrar bad-Qavitar dans la capitale Hershid. Tout juste effleurée dans la Saga de Zeï, la religion est ici abordée en filigrane avec Hasté bad-Labbadé le chef de l’Église à l’influence amoindrie, au travers d’une croyance juste entraperçue précédemment qui divinise les astres, basée sur la prédétermination et qui confère à l’horoscope une importance centrale, comme un pied de nez à la trajectoire mouvementée d’Hasselborg. La supériorité des colons terriens demeure présente par la porosité venue du désir de mimétisme de la civilisation kryshnienne, adoptant la pratique du baiser amoureux importé par Dick Barnevelt et du serrage de pogne, malgré la résistance implicite à l’usage du savon pourtant destiné à être généralisé à la fin de La main de Zeï, situation drôlatique exploitant la mysophobie d’Hasselborg. Portée par le même esprit de dérision communicatif, cette suite offre une autre perspective sur Kryshna, plus du tout maritime, faisant preuve de davantage d’unité autour d’un autre bourreau des cœurs et de moins de flottement idéologique.

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