Fiction 283

Dans L’étrange chose (2ème partie) de Fritz Leiber, après la découverte d’une malédiction à l’encontre de Clark Ashton Smith cachée dans son carnet par Thibaut de Castries, avoir appris que les cendres du vieux sorcier sont enterrées sur la colline et consulté les registres municipaux, Franz Westen comprend qu’il habite dans l’ancienne chambre d’hôtel occupée avant sa mort par le gourou et centre d’une activité surnaturelle grandissante. Le récit peut s’abîmer dans l’horreur, porté par l’ambiance paranoïaque installée dans la 1ère partie, approfondissant la psychologie du personnage principal, le deuil de son amour, l’ombre de l’alcoolisme et la tension sexuelle, exploitant sa sensibilité hypnagogique aux forces paramentales qui infestent les murs, profitent de l’opacité de la matière et la modèlent en donnant vie à la Maitresse d’École, assemblage de la substance littéraire dans une mise en abyme de l’horreur cosmique.
Dans L’homme de l’année par Sandy Hoelstroem de Lorris Murail, Sandy Hoelstroem réalise pour le West Coast Time un reportage sur Candi-Fomalhaut et commence par rencontrer Enoch Amato le Président du Syndicat d’Initiative dans La Bamboche, satellite artificiel étant le passage obligé avant d’accéder à l’unique et immense ville de la planète. L’Histoire de cette civilisation est présentée, de sa grandeur à sa décadence, de la production massive de pupazzors et l’exportation de ces jeux électroniques dans tous les mondes de la Ligue à son effondrement dû au marché dérégulé, provoquant la ruine du peuple et la bifurcation vers une société basée sur la combinaison du tourisme et de la mendicité des enfants mutilés à la naissance. Ce texte force le trait du capitalisme et dénonce le pouvoir qui maintient la scission entre une caste de privilégiés et une population dans le dénuement complet, qui capte les finances et les fait fructifier en se cachant derrière un hypothétique ruissellement futur.
Dans Le menhir de Lyon Sprague de Camp, le couple Newbury visite la Bretagne et séjourne dans le château du comte et de la comtesse de la Carrière. Lors d’une séance de spiritisme un fantôme réclame vengeance pour la destruction pendant la Seconde Guerre mondiale du menhir gisant disloqué sur la propriété. Cette nouvelle étale les méandres d’un fantastique potache qui se révèle assez dérisoire.
Dans Mais d’abord ces mots de Robert Bloch, Dieu entre en contact avec Charlie Starkweather un simple rédacteur publicitaire qui a la rare particularité dans ce milieu d’avoir encore la foi et l’encourage à rappeler les Commandements à la télévision, inspiration qui demeure vaine dans ce texte à l’humour désabusé.
Dans Philip K. Dick et/contre la réalité de Juan Ignacio Ferreras, cette courte étude s’appuie sur les romans de l’auteur d’avant 1977 pour identifier une dialectique de double négation de la réalité objective et subjective qui ne parvient pas à aboutir sur une positivité fondamentalement rendue inaccessible par la nature humaine et l’universalité de l’entropie.
Ce numéro est le prolongement du précédent avec la suite de l’unique édition en français de la nouvelle de Fritz Leiber mais permet aussi de présenter la radicalité marquante de celle de Lorris Murail et l’article inédit sur Philip K. Dick.

Kâ le terrifiant – Lyon Sprague de Camp

Ce recueil contient des nouvelles dans un style fantastique surnaturel à l’ancienne, faisant penser à celles produites par Robert Bloch, dont l’objectif est uniquement le divertissement. S’attaquant à l’existence des fantômes, à différentes légendes et traditions spirituelles et magiques, le charlatanisme est confronté à ces évènements, ressort humoristique de chaque histoire. Passant d’une culture à une autre, au moins cette somme de textes reste cohérente, frisant allègrement le ridicule et se moquant doucement des spiritualités étrangères (question d’époque). Cette positivité permanente, cette verve joyeuse et cette naïveté curieuse font penser à l’esprit traversant les premières nouvelles d’Isaac Asimov. Bien sûr, la dernière nouvelle éponyme est différente dans sa forme mais reste dans la lignée des autres ; c’est un parfait exemple de pastiche howardien.