
Simon Clar avait douze ans et il assistait à la lente agonie dans son vieux camion rouge de Magic-Joe le magicien du Far-West qui évoque son aventure dans la troupe de baladins cheminant vers la mer, et Simon entre dans le grand cirque du temps.
Dans l’univers chronolytique, Simon tient une place centrale parmi les menaces de pollution, de surpopulation et de famine, de guerre atomique et de dictature militaire. Il joue le rôle d’entremetteur pour le compte du SAFE (Scientific Association for Emergency), groupe de savants pacifistes, entre Robert Lagerdier, physicien et informaticien, et Maria-Lisa Sorano qui deviendra sa seconde épouse après la mort de Miereille Lagerdier lors du bombardement atomique de Taverny, suite à un complot raciste de déstabilisation par la Millenium Pilgrim Society en exploitant les velléités d’exister du tiers-monde, et qui contribuera à la fondation de l’ASP (Parti Socialiste asuyo) basé sur une philosophie asiatique séparant plaisir et procréation pour maitriser le peuplement et menant Mahadi Lakdar à la Présidence de la Confédération terrestre. Simon est convié par la psychronaute Asele, la bergère des singes, à conseiller le Président Lakdar sur la légitimité de la mise en œuvre du plan Staline, riposte nucléaire préventive pour contrer une tentative imminente de coup d’État fasciste, dilemme entre l’écroulement d’un système et le sacrifice d’innocents. A l’image du premier tome, Le Temps incertain, Simon est poursuivi sans répit par le colonel Komar du BODIAC (Bureau d’Organisation de la Défense Intérieure, Action et Coordination), police politique ennemie du SAFE, l’hypersymbolisme et la répétition avec des légères modifications autour du protagoniste principal identifie les séquences charnières. Mais le premier roman apparait comme une introduction au second qui fait un bond immense dans la complexité, l’englobe et le déborde allègrement par un nombre incomparable de personnages et un contexte tellement plus politique enrobant l’action sur une période allant principalement de 1981 à 2088. Ce foisonnement, déployant une exigence incroyable et apportant une lumière nouvelle sur le monde développé, empêche de retrouver l’intensité et l’efficacité trouvées dans Le Temps incertain mais permet de développer les notions de chronolyse par la douleur, de la mort réelle qui mène à l’état de singe du temps dans l’éternité subjective et des liens mentaux entre singes et psychronautes qui créent des semi-doubles. Couvert de plaies et de brulures, Simon ne se fait pas d’illusions sur sa condition physique dans la réalité et choisit de s’installer, à l’instar de Dan exilé en La Perte en Ruaba, sur la planète utopique Gogol, initié par Li/Lee la danseuse pour échapper à l’histoire, à la civilisation et aux dieux.