Le Temps incertain – Michel Jeury

En 2060, le docteur Robert Holzach de l’Hôpital Garichankar est envoyé en mission dans l’Indéterminé, le Temps incertain, par une drogue chronolytique, mêlé à la personnalité de Daniel Diersant, un employé d’une firme de chimie et de physique, en 1966 alors qu’il est victime d’un accident, d’une tentative de meurtre ou de suicide.
En mêlant science fiction, polar et thriller, la narration complètement éclatée exploite le thème du voyage spatiotemporel au travers de la projection subjective d’un contexte historique dans une relecture personnelle de va-et-vient par à-coups que Dan déforme sous l’influence hypersymboliste de son inconscient. Les séquences déstructurées révèlent aussi l’action complotiste de l’Empire HKH, émanation intemporelle du système nazi dirigée par Harry Krupp Hitler 1er (Hermann Kahn Hindenburg – Heinz Kurt Hofman – Howard Kennedy Hughes – Harold K. Hawker – Himmler K. Hugues – Hercule Kissinger Hadès). La dimension quantique de l’expérience est garantie par l’intermédiaire des phords, ordinateurs photoniques, causant altérations de la perception et doute hyperbolique, projections fantasmatiques et peur de la mort objective. Le rythme trépidant de l’action est assuré par la répétition d’évènements-charnières au déroulement subtilement fluctuant qui révèle la traque orchestrée par les agents d’HKH, l’aide de Rob et l’assistance du docteur Ellen Laumer en chronolyse moyenne s’immisçant au sein des scènes autour d’un rendez-vous avec Robert Sarthès, ancien patron de Dan à l’Usine de Choisy et surnommé le Grand Dragon, un carambolage impliquant Forestier le chef de la Sécurité du site et l’absorption de mebsital un psychotrope prototype anachronique de chronolytique. La malléabilité substantielle et topologique de l’environnement s’accompagne des glissements d’identité faisant de Dan un mélange contradictoire entre l’ingénieur chômeur et suicidaire Jean Larcher et le marin viril et aventureux Renato Rizzi, confronté à Monika Gersten une journaliste allemande qui tourne autour de Larcher dans sa version prostituée ou de Renato en tant que Monica âme-sœur juvénile. Couche après couche se révèle la résurgence belliqueuse d’HKH dans le Temps incertain et la prise de confiance de Dan au contact de La Perte en Ruaba, contrée utopique épousant ses aspirations de liberté et de simplicité loin de son implication forcée dans une véritable Guerre Temporelle opposant l’impérialisme d’HKH et l’humanisme scientifique des Hôpitaux autonomes, persistance et maturation du totalitarisme hérité du vingtième siècle. Le théâtre existentiel et civilisationnel cultive, derrière son rideau de noirceur et de nausée vertigineuses, le côté divertissant d’un jeu de piste aux règles mouvantes se transformant en une quête abstraite et une catharsis métaphysique qui mènent à la matérialisation idéaliste des rêves issus de l’enfance.

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