
Patricia Bourgade, en tant qu’ainée vivant toujours dans la vieille maison familiale toulonnaise, seule depuis la mort de la mère de maladie, du père ensuite suicidé, de Gertrud l’employée de maison autrichienne puis de son divorce, invite sa sœur Odile avec son mari Christophe et ses frères, Romain avec son amie Sonia et Julien le cadet avec sa femme Erika pour discuter à l’occasion des fêtes de Noël de la vente de la propriété à un groupe immobilier souhaitant y installer des appartements luxueux et un parking souterrain.
La simplicité du huis clos à l’étouffée repose sur une tension palpable qui découle des non-dits et d’un écrasant secret familial concernant la disparition d’une jeune camarade de classe huit ans plus tôt lors d’une boum et les soupçons ciblant leur frère Noël atteint de folie furieuse devenu à cette occasion un meurtrier plausible sans preuve qui s’est suicidé après même s’il était protégé par Gertrud qui se serait débarrassé du cadavre sur la propriété. Cette crainte de la potentielle révélation du crime a disloqué inexorablement la cohésion des Bourgade, les pousse à fouiller les recoins et à enquêter pour exorciser l’accumulation de silences et le sentiment de culpabilité. L’apparition de bijoux volés et la découverte de meurtres en rapport avec des cambriolages qui continuent jusque dans le présent sortent le récit du passé et le transforment en whodunit paranoïaque. L’ambiance viciée de ce roman noir procède de sa construction efficace et de la figure tutélaire de Gertrud qui hante toute la propriété, faisant de la vieille femme sévère mais dévouée et du lieu chargé de souvenirs inconfortables des personnages à part entière conditionnant indirectement l’histoire pour la situer en marge à la fois du polar, du thriller et du fantastique.