L’image au miroir – Michael G. Coney

Alex Stordhal est le directeur de la colonie installée sur la planète Marilyn, qui porte le prénom de la nouvelle épouse du commanditaire Hetherington, afin de mettre en place l’exploitation d’un oxyde ferreux présent en abondance. Lors d’une promenade exploratoire, Alex et Joan sa compagne désignée découvrent une larve gélatineuse qui prend, dans un réflexe de défense, la forme d’un lézard géant approchant avec agressivité.
Cette chronique de la vie des colons est conditionnée par le premier contact avec cette forme de vie qu’ils appellent amorphes et qui les déconcerte en prenant forme humaine. L’étude de cette tabula rasa biologique et substance malléable montre que l’apparence adoptée correspond au désir projeté du vis-à-vis, se servant de télépathie pour puiser l’image physique et psychique de la personne aimée dans la mémoire de l’individu sondé, mécanisme appelé facteur Te qui est finalement un miroir révélateur occasionnant un questionnement éthique par l’obséquiosité de l’amorphe devenu corvéable à merci et des situations inconfortables par la concrétisation inconsciente de passions secrètes. La situation devient potentiellement pathologique pour un égocentrique absolu qui se retrouve face à sa copie idéalisée exacerbant ses défauts. Le récit bascule avec la possibilité pour l’amorphe de s’imprégner de plusieurs identités mélangées et, au-delà de la déception dans un couple dont la moitié de l’amorphe n’est pas reconnue par l’autre membre, Hetherington renseigné sur ce miracle de l’évolution décide de rejoindre la colonie depuis la Terre pour constituer un surhomme additionnant son esprit à ceux des plus grands spécialistes qui l’entourent pour un résultat mégalomaniaque explosif. La porte est ouverte à l’action en accord avec une contamination due à la nature volontiers belliqueuse de l’humain, offrant une perspective allégorique et philosophique sur la colonisation et l’esclavage, mais aussi à une tension psychologique approfondie autour d’Alex tiraillé entre son passé traumatique et son avenir compromis. Les nombreux personnages exploitent les facettes multiples de l’histoire reposant sur une démarche science-fictive de botanique et de biologie dans une vision d’ensemble écologique bien rythmée, à l’instar de l’intensité de l’ouverture du roman mettant en scène un colon égorgé par un poisson volant. Cette fresque complexe ne s’embarrasse pas de naïveté pour esquisser l’espoir de transcender l’étrangeté et de construire une communauté saine par-delà les névroses.

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