Les Légendes Xothiques – Lin Carter – Robert M. Price

Dans L’Offrande Pourpre, le jeune Zanthu ambitionne en tant qu’adorateur de Ythogtha de s’asseoir sur le trône du hiérophante de Mu, malgré la concurrence du culte florissant de Ghatanothoa. Il se rend donc avec son frère impétueux Kuth dans le désert méridional de Yish à la recherche de la sépulture d’Iraan le conjurateur afin de lui dérober le Sceau Noir, talisman indispensable pour invoquer Ythogtha. Cette nouvelle tient lieu d’introduction, la momie de Iraan a fait couler le sang de Kuth et l’ambition du sorcier Zanthu peut se déployer sur Mu.
Dans Celui qui Attend dans la Tombe, le journal tenu par Harold Hadley Copeland est reproduit, narrant sa poursuite de l’expédition Copeland-Ellington malgré la mort de son compagnon frappé par le choléra, traversant le plateau de Tsang en Asie Centrale avec pour objectif, sur les indications des Écritures de Ponape, le sépulcre renfermant les Tablettes de Zanthu. Ce texte qui se focalise sur Mu puise dans Les montagnes hallucinées de Howard Phillips Lovecraft la froidure et la référence à Leng bien qu’expédiant le côté géologique et les descriptions artistiques, et emprunte à Dans l’abîme du temps le désert, l’Océanie et la notion de déjà-vu, de double et de miroir quoique de façon diffuse avant la fin sans équivoque. Les nouvelles se rejoignent de toute façon dans la préhistoire inhumaine, le gigantisme spatiotemporel qui prouve l’insignifiance humaine et l’archaïsme de la naissance de la Terre occupée par des entités cosmiques.
Dans La Bête dans l’Abîme, la traduction faite par Copeland d’une partie des Tablettes de Zanthu est présentée. Ce récit est une reprise un peu modifiée et surtout augmentée de L’Offrande Pourpre, rappelant de façon plus détaillée le contexte religieux et les luttes de pouvoir dans les Neuf Royaumes de Mu qui poussent Zanthu à défier les Anciens (ici Dieux d’Antan alors que les Grands Anciens sont souvent appelés les Anciens) et leurs sept liens emprisonnant Ythogtha, ce qui provoque leur ire et l’engloutissement sous les eaux du continent de Mu. Une mise en abyme littéraire réside dans l’ajout de notes qui précisent des références fluctuantes sur des livres maudits et construisent artificiellement une crédibilité, démarche amusante présente dans tout le Mythe de Cthulhu.
Dans En Dehors du Temps, un extrait du journal personnel du Docteur Henry Stephenson Blaine, conservateur responsable de collection de Manuscrits de l’Institut Sanbourne d’Archéologie Océanienne de Californie est reproduit, faisant suite à Celui qui Attend dans la Tombe et à sa note introductive au journal de l’expédition Copeland-Ellington. Répondant à L’appel de Cthulhu de Howard Phillips Lovecraft, l’inventaire des artéfacts légués est présenté, les dossiers renseignent les recherches effectuées par Copeland dans les livres maudits et dans la presse, dans la droite lignée des descriptions du Mythe, se concentrant sur Mu, Cthulhu et sa triple engeance, indiquant exactement les coordonnées de R’Lyeh présentes dans L’appel de Cthulhu, notant ses rêves terrifiants hantés par la phrase emblématique : Ph’nglui mglw’nafh Cthulhu R’Lyeh wagh’nagl fhtagn, et par les Yuggya (ici Yuggs) serviteurs de Zoth-Ommog et de Ythogtha convoqués par Zanthu dans La Bête dans l’Abîme. Blaine suit le chemin vers la folie pavé par Zanthu et par Copeland en comprenant que l’insignifiance de l’humanité est relative dans sa possibilité de devenir un outil pour la délivrance des Grands Anciens.
Dans L’Horreur dans la Galerie, la déposition à la police d’Arthur Wilcox Hodgkins (ou Hodginks), assistant de Blaine, présente les évènements qui font suite à la nouvelle précédente, l’internement de Blaine et la transmission du manuscrit à Hodgkins qui prend sa suite dans l’organisation de l’exposition de la collection Copeland. Cette reprise en main de toute la documentation donne lieu à une présentation classique du Mythe dans ses grandes lignes et l’apparition chez Hodgkins des rêves maléfiques au contact de la Figurine de Ponape, responsable de l’effondrement de Blaine. Lin Carter s’associe encore une fois à Les montagnes hallucinées de Howard Phillips Lovecraft à propos de la rébellion des Grands Anciens contre les Anciens et surtout à Dans l’abîme du temps avec la présence du fils de Nathaniel Wingate Peaslee, la guerre opposant les Yithiens et les Anciens, et en profite pour expliquer l’origine de la Terre remorquée jusqu’à sa position actuelle par les Grands Anciens dans leur fuite, pour esquisser une généalogie profuse du Panthéon et inclure de longs extraits des livres maudits particulièrement du Necronomicon. Le dénouement de la nouvelle se base sur une magie à l’approche matérialiste de principes physiques venus des étoiles, de vibration et de résonance, d’opposition offensive entre la pierre-étoile de Mnar des Anciens, plutôt connue dans son utilisation défensive et de l’idole du Grand Ancien, méthode privilégiée à l’invocation d’une divinité d’un élément primordial contraire. Ce texte apparait dans Les adorateurs de Cthulhu sous le titre de Zoth-Ommog.
Dans L’Héritage Winfield, Winfield Phillips se rend d’Arkham à Durnham Beach en Californie pour assister aux obsèques de son oncle Hiram Stokely, de retrouver son cousin Brian Winfield et, en tant que secrétaire particulier du Dr Lapham, de se renseigner sur l’affaire Hodgkins. La nouvelle sous forme de témoignage écrit intègre le thème de l’héritage familial maudit dans une continuité avec les précédentes par l’évocation de l’Offrande Pourpre et la présence insidieuse des Yuggs autour du charnier de Hubble’s Field, illustrant l’influence des Grands Anciens et de leurs séides sur les humains corrompus.
Dans Rêver, Peut-Être, Parker Winfield consulte le docteur Zarnak concernant ses cauchemars de coulée sous-marine en direction d’un mystérieux portail. Autour de l’ambiance de polar dans les bas-fonds cosmopolites en hommage à Robert Ervin Howard, l’aspect onirique s’inscrit dans les Légendes Xothiques par la collection d’art primitif du Pacifique et l’idole d’Ythogtha neutralisée par sa mise en contact avec les pierres-étoiles de Mnar comme dans L’Horreur dans la Galerie.
Dans L’Étrange Manuscrit Découvert dans Vermont Woods, le journal retrouvé en pleine nature et signé Winthrop Hoag narre son arrivée au nord d’Arkham pour occuper la cabane isolée en bordure des Bois Profonds que son cousin Jared Fuller lui a léguée. Malgré l’ancrage de l’héritage familial maudit et la présence des livres impies, ces témoignages imbriqués concernent cette fois Ossadagowah ou Zvilpoggua fils de Tsathoggua, le gigantisme de la menace et son culte archaïque scandé.
Dans Songes de R’Lyeh, ces poèmes ont un rapport direct avec la nouvelle précédente, composés par Wilbur Nathaniel Hoag, abordant son enfance et la mort horrible de son oncle Zorad Ethan Hoag, dans la répétition de cette malédiction familiale parmi les alentours macabres d’Arkham. Par l’intermédiaire des livres maudits, Hoag exprime les visions oniriques d’une terreur prophétique présentant une résonance avec À la recherche de Kadath de Howard Phillips Lovecraft.
Dans Sous la Clarté Lunaire, le Dr Charles Winslow Curtis est engagé au sanatorium de Santiago en Californie et doit traiter le cas particulier de paranoïa aigüe affligeant Uriah Horby dans sa crainte irraisonnée d’un lézard qui habite la Lune, que le Necronomicon désigne sous le nom de Mnomquah. Cette nouvelle est un modèle de mise en abyme du Mythe de Cthulhu dans son ensemble, le savoir puisé dans les livres se heurte à l’incrédulité de la normalité, s’intéresser à la littérature autour du Mythe ne peut pas être sérieux, et représente une maladie qui se propage, devenant un vrai domaine d’érudition et de lucidité ou alors une simple sous-catégorie de la pop culture.
Dans Les Pêcheurs du Dehors, Harlow Sloan est engagé par le Dr Mayhew pour participer aux fouilles de l’antique Zimbabwe dans la jungle de Rhodésie, recherches qui les mènent à la Pierre Noire recouverte de symboles présents dans les Écritures de Ponape. Sous forme de témoignage, le texte rend hommage à Robert Ervin Howard avec Groth-golka frère de Mnomquah, peuplé des cauchemars innommables du narrateur et menant à l’invocation des Shantaks fatale pour Mayhew dans sa curiosité dévorante.
Dans Derrière le Masque, Bryant Hoskins en tant qu’assistant du Dr Cyrus Llanfer de l’université Miskatonic s’intéresse au contenu du Texte de R’Lyeh, légué par Amos Tuttle. Cette nouvelle est similaire dans la thématique à Rêver, Peut-Être, dans la découverte du Mythe par un novice pris dans l’influence du livre qui remplace ici l’idole et dans des visites oniriques du plateau de Leng, sa tour sombre et le lama Tcho-Tcho au lieu de R’Lyeh et Cthulhu, Yhe et Ythogtha.
Dans L’Étrange Malédiction de Enos Harker de Lin Carter et Robert M. Price, Paxton Blaine devient l’assistant du Dr Harker dans ses recherches sur le plateau de Leng et le peuple Tcho-Tcho. Ce témoignage du neveu du Dr Blaine, protagoniste de L’Horreur dans la Galerie, fait directement suite à la nouvelle précédente, mais Lin Carter a abandonné ce texte après le cinquième chapitre et Robert M. Price a pris la suite, s’appuyant sur l’indication du passé ecclésiastique de Harker et son voyage en Asie comme missionnaire pour l’envoyer évangéliser le peuple de Leng, étudier leurs textes, participer aux rites d’anthropophagie et recevoir une révélation proche d’un bouddhisme mélangé à diverses systèmes ésotériques rappelant Helena Blavatsky, imaginant le Christ visiter Leng avant sa destinée occidentale et jetant une lumière nouvelle sur la transsubstantiation. Le propos développé ici répond à celui de Howard Phillips Lovecraft dans À travers les portes de la clé d’argent dans la transition onirique au-delà de la substance matérielle illusoire.
Dans La Cloche dans la Tour, le vieux Lord Northam devenu solitaire et excentrique raconte son expérience passée avec le Necronomicon à son jeune voisin Williams qui vient d’en acquérir un exemplaire dans une boutique insolite de Londres. Cette histoire rejoint la thématique de la malédiction familiale et repose sur le passage derrière le voile de la réalité tangible à l’aide d’une cloche d’argent pour remplacer la clé, nouvelle de Howard Phillips Lovecraft sous le nom de Le descendant et ici poursuivie en se focalisant sur le détail de la hantise du Lord pour les cloches sonnant dans les églises pour développer tout un Rituel rejoignant La clé d’argent.
Dans L’Âme Vendue au Démon de Robert M. Price, Jacob Maitland est chargé de récupérer auprès de Winfield Phillips des livres maudits, hérités de son oncle Hiram Stokely, pour le compte de l’institut Sanbourne et sollicite l’aide du Dr Anton Zarnak. Cette nouvelle est la suite directe de L’Héritage Winfield, prolongeant l’ambiance de polar sombre et surnaturel en hommage à Robert Ervin Howard, présentant une conclusion à cette malédiction familiale et glissant au passage une théorie intéressante sur la scission entre Al Azif et la version appelée Necronomicon de John Dee.
Ce recueil doit sa cohérence et sa continuité au solide travail éditorial de Robert M. Price formant un véritable cycle qui continue l’œuvre de Howard Phillips Lovecraft par des ajouts aventureux de sa part et de celle de Lin Carter.

Les Disciples de Cthulhu

Dans L’Horreur à la Fête Foraine de Brian Lumley, le professeur Hiram Henley découvre une attraction, nommée Tombeau des Grands Anciens, qui lui rappelle ses recherches archéologiques au Moyen-Orient. Cette nouvelle réunit les marqueurs lovecraftiens des ouvrages maudits, des artéfacts immémoriaux, du Panthéon augmenté et même du meurtre justifiable, ici de son frère cadet devenu fou par Anderson Tharpe. Outre le postiche dans le pastiche cachant un parasite cthuléen, des clins d’œil sont disséminés, comme le nom de l’écrivain Hodgson ou la présence discrète de Titus Crow.
Dans Le Silence d’Erika Zann de James Wade, un groupe avec Erika comme chanteuse fait le succès d’un banal bar de San Francisco, une ascension fulgurante qui cache une menace sourde derrière l’euphorie ambiante. Cette nouvelle modernise le concept de La musique d’Erich Zann de Howard Phillips Lovecraft, mettant en scène sa petite-fille dans une destinée similaire mais décalée, un mutisme très différent et une mort plutôt accidentelle en présence de nombreux témoins, une variation hippie du contact avec l’horreur cosmique.
Dans Grand-Œil de Bob van Laerhoven, un étudiant québécois s’enfonce dans l’immense forêt canadienne sur les indication d’Echard, un explorateur français qui a décrit la cachette recelant une statuette cthuléenne. Une présence hostile harcèle son campement et il prend la fuite en abandonnant son guide, pour tomber sur un médecin dans sa tournée auprès des trappeurs. L’auteur s’approprie le Mythe et le restitue au travers de l’influence culturelle des Hurons, le Wendigo devenant Hingoo et Cthulhu s’appelant Haigh-Ohgi, dans un texte qui glorifie la malignité manipulatrice des serviteurs des Grands Anciens par l’intrusion parasitaire dans les corps humains avec une jubilation sardonique.
Dans L’Attraction de Ramsey Campbell, Ingels est un journaliste convié à une exposition dans laquelle une toile représente un cauchemar qui le poursuit. Cette histoire explore la veine onirique, la veille et le sommeil se répondent par des visions prophétiques immémoriales hantant plusieurs générations, la coïncidence d’une cité sous-marine qui émerge et d’une planète inconnue qui perturbe le système solaire, rappelant la véritable place dévolue à l’espèce humaine.
Dans Sur les Terres de Yidhra de Walter C. DeBill Jr., Peter Kovacs doit faire un détour pour traverser une rivière déchainée et se trouve coincé à Milando, une petite bourgade où il rencontre Wilhelm Kramer qui lui offre l’hospitalité. Une alliance de colons avec un culte de renégats comanches mène à la survivance d’une divinité métamorphe, primordiale, immortelle et planétaire dont l’incarnation américaine est Yolanda, une femme reptilienne aux pouvoirs psychiques.
Dans Visions de A. A. Attanasio, Gene Mirandola est sollicité magiquement par son oncle Armand Saadi qu’il connait à peine pour transmettre au sorcier Marc Souvate une pierre ronde trouée en son centre. En illustrant la confrontation universelle opposant Nodens et Yog-Sothoth, et en développant une philosophie du vide, le Mythe est modernisé par un récit de voyage temporel vers l’avenir qui implique la résignation du rôle d’outil dérisoire dans une Histoire transcendante.
Dans La Guerre de la Tong Noire de Robert M. Price, le détective Steve Harrison combat la secte des Tcho-Tchos, aidé par le docteur occultiste Anton Zarnak et son serviteur Akbar Singh. Ce pastiche de la série de Robert E. Howard renferme de la castagne, la résurgence omniprésente des anciens peuples et la présence nécessaire de la trahison.
Dans Ténèbres est mon Nom de Eddy C. Bertin, Herbert Ramon se rend dans le village enclavé de Freihausgarten situé dans une vallée qui correspond à la description faite dans des ouvrages ésotériques maudits. La solitude hostile des habitants se concrétise par une emprise inhumaine dans des coulisses d’un gigantisme cosmique où la Lune devient un œil répondant à l’homme dérisoire, introduisant le Grand Ancien Cyäegha dans le théâtre de la lutte nécessaire avec les Anciens, ici Dieux d’Antan, et s’approchant d’une vision quantique du monde.
Dans La Terreur issue des Profondeurs de Fritz Leiber, Georg Reuter Fischer reçoit dans sa maison familiale de la banlieue de Los Angeles le professeur assistant de l’université Miskatonic Albert N. Wilmarth pour participer à un groupe de recherches occultes. Ce texte est un hommage vibrant à Howard Phillips Lovecraft par la reprise de ses principales histoires, sa figure qui habite les personnages de Wilmarth et de Danforth, la mise en abyme de son décès. La nouvelle incarne totalement l’horreur souterraine, l’empathie objective inhumaine et l’inspiration onirique formant un écrin représentatif de l’œuvre lovecraftienne.
Ce recueil est tuilé avec Les Adorateurs de Cthulhu, seule la nouvelle Zoth-Ommog de Lin Carter est absente, six autres sont ajoutées dont celle de Fritz Leiber qui existe néanmoins en volume indépendant chez Mnémos titré Ceux des Profondeurs.

Le Livre de Iod

Dans Le Mythe selon Khut-N’hah, introduction de Robert M. Price, la contribution au Mythe de Henry Kuttner par ses écrits de jeunesse provient d’un mélange d’influences : Lovecraft, Bloch, le zoroastrisme et la théosophie.
Dans Le Secret de Kralitz de Henry Kuttner, le Baron Kralitz est conduit la nuit dans les souterrains de son château pour découvrir le secret de sa famille. Cette histoire de passage vers la non-mort s’appuie sur un satanisme féroce et sur le mystère du Panthéon lovecraftien, enrichissant le surnaturel d’une ouverture sur une mythopoièse vivace, les créatures multiformes formant un écrin diffus mais ceinturant la famille Kralitz et ses bacchanales.
Dans Le Mangeur d’Âmes de Henry Kuttner, le sindara qui règne sur Bel Yarnak se confronte à la créature du Gouffre Gris. Cette courte chronique développe une fantasy onirique et cosmique, teintée de nostalgie antique.
Dans L’Horreur de Salem de Henry Kuttner, Carson découvre une pièce secrète dans le sous-sol de l’ancienne maison d’Abbie Prinn, sorcière de Salem. Kuttner enrichit le fantastique classique avec sa participation au Mythe lovecraftien, sous la forme de Nyogtha, dans l’occultisme et l’exploration de l’influence des Grands Anciens sur l’homme.
Dans Le Baiser Noir de Robert Bloch et Henry Kuttner, Graham Deane est assailli par des rêves aquatiques terrifiants depuis qu’il a hérité d’une maison. Comme dans la précédente nouvelle, bien que celle-ci ne se réclame que de magie noire, l’accent est mis sur le contact et l’emprise de créatures marines hybrides douées de pouvoirs psychiques.
Dans La Cruelle Blague de Droom-Avista de Henry Kuttner, le prêtre Thorazor de Bel Yarnak invoque le Dieu Droom-Avista pour obtenir la Pierre Philosophale. Derrière la plaisanterie du dieu Bouffon, cette courte chronique de fantasy magique repose sur la beauté ternie, l’irréversibilité, la destinée et donc la nostalgie éternelle.
Dans Les Rejetons de Dagon de Henry Kuttner, deux malfrats se retrouvent impliqués dans le complot des Fils de Dagon pour détruire l’Atlantide. Cette nouvelle d’heroic fantasy magique développe l’idée éminemment lovecraftienne d’un peuple qui abhorre les terres émergées, se sent spolié et cherche à reconquérir son domaine perdu.
Dans Les Envahisseurs de Henry Kuttner, Hayward est un écrivain assailli dans sa maison par des êtres étranges qu’il a ramenés de ses songes narcotiques. Kuttner utilise la réincarnation et la drogue pour pousser ses personnages au milieu d’une bataille dimensionnelle entre deux forces cosmiques, les humains étant alliés aux Grands Anciens.
Dans La Grenouille de Henry Kuttner, Hartley s’installe à Monk’s Hollow dans l’ancienne maison d’une sorcière et se débarrasse d’une grosse pierre qui le dérange dans le jardin. Cette nouvelle repose sur la résurgence de la sorcellerie à la manière de Salem et sur l’hybridation monstrueuse qui galope derrière le anti-héros citadin.
Dans L’Hydre de Henry Kuttner, trois occultistes sont piégés par une ruse venant d’autres dimensions, sous la menace de l’Hydre coupeuse de têtes et d’Azathoth accompagné de son flutiau. La mise en fiction des trois écrivains réels est un jeu littéraire entre eux qui donne ici une occasion de se pencher sur l’Extérieur et ce qui se trouve derrière le Voile en référence au Grand Dieu Pan d’Arthur Machen.
Dans Les Cloches de l’Horreur de Henry Kuttner, après cent cinquante ans passés dans une cachette les cloches sont retrouvées et réinstallées, sonne alors le chaos, éclipse et tremblements de terre. Cette nouvelle illustre l’influence du monde des esprits sur l’homme, s’inscrivant dans la tradition des textes de malédiction amérindienne qui entourent le Mythe.
Dans La Traque de Henry Kuttner, Benson est dérangé en pleine invocation de Iod par son cousin Doyle venu à Monk’s Hollow dans l’idée de s’approprier un héritage. Comme dans La Grenouille, le narrateur est poursuivi, mais cette fois dans les autres dimensions par une divinité.
Dans Sous la Pierre Tombale de Robert M. Price, William s’installe à Tophet dans la maison que son oncle Absalom lui a légué. Son intérêt innocent pour les activités du vieil homme ouvre les barrières aux forces obscures.
Dans Ne pas Dormir Nuit de Lin Carter, le Docteur Anton Zarnak est appelé à l’aide par la nièce de Don Sebastian de Rivera, collectionneur en possession d’artefacts en rapport avec des légendes amérindiennes. A défaut d’éclipse, une coupure de courant permet l’insinuation fatale de l’obscurité.
L’intérêt de ce recueil est de présenter les textes de Henry Kuttner publiés du vivant de Lovecraft et le travail éditorial de Robert M. Price est appréciable, commentant et resituant le contexte.

Le Cycle de Shub-Niggurath

Dans l’Introduction de Robert M. Price, l’origine de Shub-Niggurath dans les révisions de Lovecraft est présentée, ainsi que ses liens avec d’autres auteurs et différents mythes antiques.
Dans La Corne de Vapula de Lewis Spence, un homme qui s’intéresse aux légendes folkloriques se rend à Ebberswale et loge près de la vieille église. Lors d’une promenade la nuit tombée il se retrouve face à un satyre. Cette courte nouvelle développe un fantastique très classique basé sur l’apparition d’un démon changé en sculpture qui peut traverser les murs et sur la tradition catholique.
Dans La Chèvre démoniaque de Marcus Paul Dare, deux enquêteurs en archéologie rejoignent sur un site de fouilles dans le Derbyshire un pasteur déclaré mort accompagné par un bouc qui comprend les conversations. L’ambiance est légère dans cette affaire paranormale de sorcellerie entre tradition catholique et inspirations antiques. La dérision inquiétante du bouc Asmodée est le seul intérêt divertissant dans cette intrigue jouée d’avance.
Dans La Chèvre de Glaramara de J. S. Leatherbarrow, un homme excentrique en vacances à Borrowdale découvre un livre dans sa chambre de la ferme Brownswaite et lit une histoire de sorcière accompagnée par une chèvre à l’air sardonique. Dans la pure tradition des contes fantastiques et des témoignages en cascade, cette chronique remonte aux légendes folkloriques sujettes à l’exagération d’une tradition catholique.
Dans Le Cristal lunaire de Ramsey Campbell, le Dr Linwood reçoit le témoignage d’un homme qui cache son apparence depuis qu’il s’est retrouvé coincé dans une petite ville tenue par une sorte de secte canalisant la clarté lunaire pour ouvrir un passage dans la trame de la réalité. Dans ce vrai pastiche, Shub-Niggurath représente la fertilité et revêt une forme protoplasmique agrégée, d’un gigantisme d’outre-monde basé sur une géométrie étrangère. L’histoire du touriste encerclé pour être initié ne s’attarde pas vraiment sur la paranoïa et la menace directe des habitants, pour se concentrer sur l’horreur biologique et l’apparition du Grand Ancien, la compromission folle des humains avec une horreur cosmique.
Dans L’Anneau des Hyades de John Glasby, Edmund Kirby se retrouve grâce à une drogue sur les rives du Lac de Hali et échappe à la présence menaçante de Hastur. Se sentant surveillé, il reçoit une lettre de Joseph Quinlan, un vieil ermite qui l’invite à le rejoindre. Le personnage principal suit les traces de Lovecraft, découvre Ambrose Bierce, étudie des livres interdits et voyage dans les dimensions extérieures jusqu’à sa confrontation avec Shub-Niggurath et ses minions.
Dans Les mille chevreaux de Robert M. Price, un philosophe croyant pratique le libertinage et se fait accepter dans une secte aux rites sexuels dégénérés. Ce texte choisit d’imaginer la vie liturgique des adorateurs des Grands Anciens, fantasme logique provoqué par l’absence de sexualité, autre qu’un état de fait générationnel, dans l’œuvre de Lovecraft. C’est un point de vue subjectif sur la réalité du Culte en épousant la vision d’un homme recruté.
Dans La Semence du Dieu-Etoile de Richard L. Tierney, Simon de Gitta est exilé à Persépolis, loin de sa dulcinée Hélène restée à Rome sous la menace de son père Prodikos, le plus grand sorcier d’Éphèse. Ces aventures antiques d’amour perdu, de magie noire et d’action trépidante ont clairement un lien avec Lovecraft par l’invocation de divinités lointaines à travers un portail dimensionnel, des rites impies engageant des métamorphoses monstrueuses dans une quête de vengeance s’approchant de l’heroic-fantasy.
Dans Le blues de Harold de Glen Singer, un musicien qui l’a bien connu raconte l’histoire d’un garçon voulant devenir blues-man, ses débuts hésitants puis sa maitrise fulgurante. Cet hommage qui pare le Mythe des traditions vaudou, gitane et égyptienne s’intéresse au personnage de Nyarlathotep comme intermédiaire et à Shub-Niggurath comme fécondité artistique, dans un témoignage à l’ambiance de bayou et de petites villes désolées.
Dans Le Cauchemar de la Maison Weir de Lin Carter, Hareton Paine emménage avec sa femme dans une grande bâtisse isolée pour travailler sur un vieux texte en sanskrit. Dans ses rêves il prend la place d’un Nug-Soth, peuple adorateur de Shub-Niggurath menacé par la présence encombrante des dholes sur Yaddith. Prolongement de l’œuvre onirique de Lovecraft, sans la moindre trace de science fiction, ce témoignage montre les liens entre différents plans d’existence qui ouvrent la porte à des cauchemars d’outre-espace, qui mènent à une tragédie personnelle.
Dans Visions de Yaddith de Lin Carter, le petit livre de poésie écrit par Ariel Prescott et cité dans la nouvelle précédente est reproduit, apportant un aspect ironique par la détresse des Nug-Soth, la nature implacable des dholes et l’indifférence de Shub-Niggurath qui transparaissaient peu dans l’autre nouvelle.
Dans La proie de la Chèvre de Margaret Louise Carter, la femme d’un religieux reçoit en héritage un pendentif représentant une chèvre monstrueuse et commence à faire des cauchemars d’orgies et de massacres. Ce récit classique de possession démoniaque au socle catholique manichéen opère un petit glissement de Satan aux Grands Anciens en introduisant une fertilité cauchemardesque plus païenne et amorale.
Dans Le Sabbat de la Chèvre Noire de Stephen Mark Rainey, Withers et sa femme habitent un endroit sauvage entouré de forêts. Un soir d’orage, les rumeurs d’un culte wiccan leur parvient et une créature semble rôder autour de chez eux alors que leur seul voisin débarque paniqué après avoir vu sa femme se faire enlever. L’ambiance est oppressante dans cette histoire classique du siège d’une habitation par des forces obscures, déployant la panique et un doute paranoïaque face à l’inexorable.
Dans Le curé de Temphill de Robert M. Price et Peter Hughes Cannon, Ackerley remplace le curé démissionnaire de la paroisse et découvre des manuscrits apocryphes en son église, cause d’une querelle idéologique. Ce texte n’a pas vraiment de rapport avec Lovecraft, se basant sur une conception toute catholique de la perversion et un schisme produisant une secte plutôt satanique.
Dans Grossie de David Kaufman, quatre jeunes filles s’aventurent près d’un lac pour pique-niquer et sont indisposées par une puissante puanteur. La plus intrépide d’entre elles semble s’adresser à quelqu’un et fonce en direction de l’eau pour disparaitre définitivement. Cette nouvelle au ton enfantin développe une atmosphère de menace sous-marine non identifiée très vague au travers du souvenir lointain et le contexte de non-dit.
Dans Nettoyer la Terre de Will Murray, deux hommes sont chargés de neutraliser une sphère métallique ayant émergé de la surface gelée de l’Antarctique et identifiée dans le Necronomicon comme un dispositif destructeur de vie destiné à préparer la venue des Grands Anciens. Cet hommage glacé au Mythe détaille le processus habituellement flou et lointain du retour des Dieux dans une vision très personnelle un peu maladroite mais convaincante dans l’ensemble, hésitant à basculer dans la science fiction.