Bifrost 27

Dans Le Dernier Phare dans la Noirceur de Claude Mamier, les hommes ont découvert et utilisent la Noirceur, ouverture dimensionnelle sur le vide obscur et oppressant qui permet de voyager plus rapidement, balisé à tâtons par la Sainte Église de la Clarté à l’aide de stations-phares pour guider les vaisseaux. Cette nouvelle inédite raconte le contact de l’Humanité avec l’inconnu, ouvrant la voie à l’envahissement de l’univers par une négativité transcendante d’une ampleur lovecraftienne implacable.
Dans Sous le Portail de l’Ange de Michel Demuth, Lawrence Tidgat est engagé puis formé par les Gitans, nomades cosmiques, pour affronter un alien redoutable sur le Monde de Verdella dans le système de Lourenço de Vargas habité par les Parapluies, des champignons intelligents. Une confusion spatiotemporelle s’empare de Lawrence entre sa formation d’exo-botaniste et de mycologue avec son emploi de journaliste en Espagne, dissociation schizophrène inconfortable alimentée dans une émulation par l’Hellforme.
Dans Le Chasseur de Snark de Mike Resnick, Karamojo Bell est un chasseur professionnel travaillant pour une société de safari qui lui a attribué un groupe de quatre riches touristes pour inaugurer Dodgson IV une planète vierge. Cette histoire inédite de premier contact, sous le signe de la nature humaine belliqueuse que le vernis civilisationnel des règles ne parvient pas à canaliser, s’appuie sur des personnages archétypiques entre le présomptueux et le fragile novice ainsi que Tchajinka le pisteur extra-terrestre expérimenté, dans une transposition à l’exotisme radical du poème de Lewis Carroll qui révèle le relativisme inter-espèces et l’aveuglement finalement surmontés par l’empathie d’un contact télépathique annihilant l’étrangeté et l’hétérogénéité.
Dans Neil Gaiman. Par delà le mur du sommeil, l’interview menée par Johan Scipion, à l’occasion de la sortie française d’American Gods, revient sur les multiples domaines de création de Neil Gaiman, l’impact de sa vie aux États-Unis sur son œuvre et son approche de la littérature pour enfants avec l’annonce de Coraline.
Dans A la chandelle de Maître Doc Stolze de Pierre Stolze, L’instinct de l’équarrisseur de Thomas Day est présenté à la lumière de ses autres livres portés sur l’action spectaculaire et en identifiant l’aspect uchronique et steampunk autour de Jack l’Éventreur, Sherlock Holmes et Moriarty.
Dans Patrice Duvic. The eyes on an editor’s wings, l’interview menée par Richard Comballot aborde la découverte par l’auteur de la science fiction à l’adolescence, son intérêt pour la BD et le cinéma, ses débuts d’interviewer et sa démarche de précurseur français dans les conventions internationales qui ont facilité ensuite son activité dans l’édition et laissé peu de place pour s’épanouir en tant qu’écrivain au cours d’une longue carrière d’hyperactif qui a tendance à s’éparpiller.
Dans Super les Héros ! 666 de Philippe Paygnard, cette série manichéenne oppose Lilith la fille exubérante de Lucifer et le camp du prêtre exorciste Carmody qui deviendra Pape dans une réponse européenne de critique violente et sensuelle par François Froideval et Franck Tacito à ce qui se trouve dans les comics américains.
Dans Profession : bâtisseur de mondes de Karl Schroeder, l’auteur dans cette leçon d’écriture en littératures de l’imaginaire insiste sur l’équilibre à trouver entre la constitution d’un monde et le développement des intrigues qui vont l’habiter, l’erreur consistant à poser des contraintes structurelles qui étouffent le déploiement de l’histoire faite pour embarquer le lectorat.
Dans Scientifiction. Star Wars : mythes et réalités de Roland Lehoucq, l’analyse scientifique de la saga se concentre sur la Force, le sabre laser, l’étoile de la Mort, différents véhicules et Tatooine. Dans l’ensemble la théorie reste plausible mais se heurte à des problèmes pratiques d’échelle énergétique qui rejoignent l’exagération de la fiction.
Dans Amazing Stories, une sensationnelle histoire, sixième partie, les années 70 : sex and drugs and rock n’ roll de Mike Ashley, Ted White à son arrivée en 1968 se débarrasse des rééditions de textes pour se concentrer dans Amazing Stories et Fantastic sur la nouveauté en phase avec l’évolution de la société américaine, une vitalité qui ne laisse pas indifférent et une réussite de prestige qui pourtant n’échappera pas aux difficultés de distribution et aux querelles éditoriales.

Bifrost 33

Dans La Faim du monde de Xavier Mauméjean, Paul Veyne est un Entremetteur chargé par les Nations Unies de confectionner des repas réunissant des chefs d’état pour désamorcer les conflits, la vie de sa femme étant suspendue à son succès. Paul est désigné pour œuvrer à la Communion, banquet organisé tous les quatre ans et sommet d’une carrière, réunissant l’ensemble des représentant des pays autour du sacrifice volontaire d’un homme. La stabilité mondiale et l’unité de l’espèce humaine passe par la symbolique de l’anthropophagie dans un hommage aux particularismes culturels et une célébration à la portée métaphysique, dans une transsubstantiation athée aux visées pratiques par l’union du corps et de l’esprit.
Dans L’Homme en forme de poire de George R. R. Martin, Jessie emménage en colocation avec Angela une de ses amies, se retrouve souvent seule à travailler en tant qu’illustratrice pour une maison d’édition et commence à être obnubilée par un voisin repoussant et inquiétant dont personne ne connait le nom. Cette histoire d’un fantastique angoissant modernise le thème de la transmigration de l’esprit en-dehors de tout manichéisme mystique et balaye l’alibi psychologique incarné par Donald le petit ami d’Angela et suggéré avec malice au travers du biscuit soufflé au fromage.
Dans Vous m’aimerez de Jean-Jacques Girardot, une femme d’un autre siècle a rédigé une lettre enflammée à destination du jeune homme qu’elle aime. Le décalage entre le romantisme et la technologie est résolu dans un philtre d’amour alchimique aux composant génétiques.
Dans La Moitié de l’Empire de Bruce Holland Rogers, un jeune pêcheur visite la Capitale, se perd dans ses ruelles, finit par frapper à une porte au hasard et lui ouvre en réponse une femme magnifique. Ce conte de sagesse met en avant la simplicité et la pureté de son héros naïf face à la tentation commune de la beauté, du pouvoir et de la richesse, renonçant aux fantasmes de grandeur pour adopter une vie honnête.
Dans A la Chandelle de Maitre Stolze de Pierre Stolze, il revient à l’occasion de la sortie de l’inédit Le Vampyre des Grampians de Gérard Dôle sur la naissance du personnage d’Harry Dickson, la grande contribution de Jean Ray et les pastiches de Gérard Dôle dans un mélange de lexique et d’ambiance européenne (belge et anglaise) et lovecraftienne.
Dans Hugo Bellagamba : D’histoires et d’enthousiasmes de Richard Comballot, l’auteur aborde sa découverte de la littérature étant jeune, les publications de nouvelles et de livres de sa naissante carrière en 2003, son approche créatrice et ses thématiques de prédilection.
Dans Super les Héros ! : Docteur Banner et Mister Hulk de Philippe Paygnard, Stan Lee crée dans les années 60 le personnage inspiré par celui de Robert Louis Stevenson, au dédoublement dû à l’exposition aux rayons gamma et provoqué d’abord par l’arrivée de la nuit puis par la colère, passant du gris au vert, gagnant en force ce qu’il perd en intelligence, avec des variations suivant les scénaristes, offrant un immense potentiel schizophrénique.
Dans Le chant d’un rêveur : un entretien avec Jean-Pierre Hubert de Richard Comballot, la personnalité de l’auteur transparait, marqué par la Guerre et la Libération, réfractaire à la hiérarchie et aux ordres, lecteur avide depuis l’enfance et cherchant l’aventure. Sa longue carrière est abordée chronologiquement, ses thèmes favoris, sa vision du monde de l’édition et sa considération pessimiste de l’espèce humaine, son approche de l’écriture et sa sensibilité politique farouche d’une existence vouée à la liberté.
Dans Scientifiction : Les voyageurs de l’impossible seconde partie : Au centre de la Terre de Roland Lehoucq, les géophysiciens ont sondé l’intérieur de la planète de façon indirecte en analysant la propagation des ondes sismiques, la solution du forage étant limitée par les lois physiques, reste l’option de l’envoi d’une sonde qui pose un défi technologique immense à la hauteur des conditions de pression et de température, solution qui ne sera pas trouvée dans les inepties de Fusion : The Core.
Dans Magie et scène nue de Brian Aldiss, ce texte de 1974 raconte avec nostalgie l’enfance de l’auteur dans la campagne anglaise du Norfolk, puis la Guerre et l’ouverture sur le monde, développe sa conception de la science fiction et du métier d’écrivain, parle du milieu de l’édition américain et anglais, aborde l’époque de New Worlds et livre un plaidoyer vibrant en faveur de la créativité, l’originalité, l’expérimentation, le courage et l’intégrité.

Bifrost 22 Spécial Clifford D. Simak

Dans Mascarade de Clifford D. Simak, Craig dirige sur Mercure une Centrale Énergétique et ses employés humains cohabitent à distance raisonnable avec des distorsions spatiales dues à la proximité du Soleil et un peuple de chandelles romaines qui se contentent de prendre la forme des images mentales des hommes pour les amuser. L’histoire repose sur l’exotisme total d’une espèce télépathe et métamorphe de pure énergie potentiellement immortelle, la capacité de dissimulation élaborée et une malignité inhumaine qui mènent à une incompréhension radicale et une empathie impossible entre deux formes de vie hétérogènes. Clifford D. Simak ne s’aventure pas dans le récit d’invasion et d’horreur biologique en séparant les corps par des barrières photovoltaïques, mais plutôt de proximité rusée et de duplication indépendante, sans surenchère dans la terreur et même dans une action enjouée, entrecoupée de petites montées d’angoisse, avec comme témoin embrumé Rastus, un vieux fermier alcoolique et incongru sur cette planète aride.
Dans Un Van Gogh de l’ère spatiale de Clifford D. Simak, Anson Lathrop se rend sur une planète à la frange de la galaxie habitée par un peuple de gnomes ascétiques et daltoniens, sur laquelle est mort le peintre Reuben Clay au bout de son exil avant d’avoir pu achever sa dernière œuvre. Clifford D. Simak oppose la religion et la science, la foi et la logique, l’humilité et l’aveuglement pour mieux approcher la zone mentale de contact entre simplicité et virtuosité artistique dans une transcendance intemporelle et magique.
Dans Une visite chez mère-grand de Clifford D. Simak, deux jeunes enfants arrivent chez les Forbes dans le Wisconsin en 1896 et déclarent porter le même nom de famille que la femme qui les accueille. A l’image de la nouvelle précédente, l’alliance de la spiritualité atavique et de l’évolution technique n’a manifestement pas porté ses fruits dans l’avenir, les enfants devant fuir le futur dystopique, l’ensemble assurant la cruauté rétrospective et la potentialité cyclique de ce conte de voyage temporel à la poésie bucolique qui ne parvient pas à masquer l’angoisse diffuse.
Dans Le puits siffleur de Clifford D. Simak, Thomas Parker arpente les terres de ses ancêtres à la demande de sa tante âgée pour des recherches généalogiques sur leur famille. Cette embardée de Clifford D. Simak vers l’horreur lovecraftienne est foisonnante, non linéaire et basée sur des témoignages, reposant sur un sentiment d’appartenance à la terre immémoriale et sur la proximité intemporelle avec la vie préhumaine matérialisée par le caillou de gésier préhistorique et le puits qui devient instrument et passage pour les forces obscures et archaïques. Chez le protagoniste surgit la confrontation entre la rationalité et une religion primordiale qui révèle une filiation d’une étrangeté terrible.
Dans A la chandelle de Maitre Doc Stolze de Pierre Stolze, la sortie de La Lune seule le sait de Johan Heliot est l’occasion parfaite de rappeler la conviction d’une importance constitutive de la dimension politique du steampunk dans une profonde démarche utopiste.
Dans Super les héros ! : Le retour de Lone Sloane de Philippe Paygnard, ce rappel de la carrière de Philippe Druillet s’articule autour de son héros fétiche qu’il intégrera dans son œuvre majeure Salammbô.
Dans Clifford D. Simak : La pêche et les étoiles de Francis Valéry, Clifford D. Simak conservera de son enfance à la ferme familiale une nostalgie du rapport simple à la nature, d’une sagesse paysanne et de l’évidence d’une entraide fraternelle. Cette position de recul sur la fascination pour l’évolution technologique rejoint ce qui s’apparente à l’indépendance d’un écrivain libre et amateur qui aura choisi le journalisme comme métier et l’éloignement des grandes villes comme cadre de vie.
Dans Des extraterrestres pour voisins : Réévaluer Clifford D. Simak de David Pringle, Clifford D. Simak n’a pas été précoce et il restait un peu en marge au début de l’âge d’or, sa science fiction n’est pas innovante, mais son art s’affine avec les années, mettant toujours en scène des personnes âgées des aliens bienveillants et des robots serviles dans un mélange détonant de science et de spiritualité, à la limite de l’anarchie et pourtant en quête de quiétude dans un fauteuil confortable parmi les livres. L’analyse thématique de cette étude érudite est foisonnante, révélant une constance dans l’obsession et une forme de récit aux influences multiples.
Dans l’Interview de Clifford D. Simak par Paul Walker, l’écrivain revendique l’alliance entre le fantastique et la science fiction, mêlant fantômes et robots, mythologies antiques et visions sociales futuristes. Il parle de l’espèce humaine et atteint un universalisme dans la survivance d’un principe de vie primordiale et un évolutionnisme confiant, la notion d’humilité rejoint la conscience de faire partie d’un Tout. Sa position à propos de la religion s’apparente à un monothéisme un peu vague à tendance chrétienne tirée des premiers temps de l’enseignement christique plus porté sur l’éthique que sur le matérialisme moderne du clergé.
Dans Empire, le roman fantôme de Clifford D. Simak de Guy Sirois, la sortie de son seul roman non traduit semble anachronique, la qualité du texte brise la continuité de sa production. La raison résiderait dans le fait que John W. Campbell Jr. soit le géniteur de cette histoire et que Clifford D. Simak ait réécrit ce cadeau avec trop de respect et de déférence pour son mentor.
Dans Demain les chiens : une préface de Robert Silverberg, les anecdotes abondent et mènent au paradoxe de l’auteur doux et bienveillant qui écrit un roman pessimiste, misanthrope et transformant la déception en nostalgie amère.
Dans Le petit guide de lecture à l’usage de l’explorateur simakien, les critiques parues dans Bifrost sont reproduites, offrant une vue d’ensemble riche de différentes approches personnelles suivant le rédacteur ou la rédactrice.
Ce dossier est bien complet en proposant deux nouvelles encore inédites, les deux autres sont trouvables dans Voisins d’ailleurs, et en réunissant une variété de points de vue de qualité afin de prouver que l’œuvre de Clifford D. Simak n’est pas simpliste.

Bifrost 29

Dans La Cité des Enfants de Claude Mamier, une espèce extra-terrestre a envahi la Terre sans difficulté et stérilise toute la population humaine jugée toxique pour son environnement. Une poésie désespérée s’exprime par la légende d’une enclave dissimulée sous terre dans laquelle l’humanité perdure loin de la vague de suicides et de l’anarchie.
Dans De la Faculté de l’être humain à s’adapter aux milieux exotiques de Michael Moorcock, Greg Morle a vendu son âme à un démon après avoir bien examiné les clauses du contrat. Derrière la situation classique et la vanité humaine plane avec subtilité un vice caché et toute la nouvelle est construite autour d’une duplicité, d’un jeu de dupe qui convient à la nature humaine, dans un mélange de science fiction et de tragédie mythique.
Dans Sur la banquette arrière de Jean-Pierre Andrevon, Benny Serano est conçu à l’arrière d’une voiture, s’engage dans l’armée et part en Vietnam, reprend des études et réussit à créer un trou noir. Ce conte scientifique est une bulle qui gonfle avec la grandiloquence des savants fous et éclate dans la banalité la plus naturelle.
Dans Éclats lumineux du disque d’accrétion de Claude Ecken, David Fontaine est un garçon dévoré d’ambition et expert en système d’information, désireux de s’émanciper de sa condition de désœuvré. De son côté Cyril Vabenne mène tant bien que mal des recherches théoriques sur les trous noirs, alors qu’une insurrection éclate nourrie par la ségrégation sociale. Cette novella est la chronique d’une société aux bases utopiques du choix personnel de son activité avec une garantie de gratuité des besoins nécessaires, système qui devient sournoisement une dystopie aux mécanismes proches des enjeux actuels.
Dans A la chandelle de Maître Doc Stolze de Pierre Stolze, l’analyse rapide des productions collatérales du succès d’Harry Potter (Artemis Fowl, A la croisée des mondes et Peggy Sue) est savoureuse.
Dans Jean-Pierre Andrevon, repères dans l’infini, interview menée par Richard Comballot, la carrière de Jean-Pierre Andrevon est abordée en détail après une présentation biographique, insistant sur ses appétences pour le dessin et la peinture, le cinéma et la musique toujours présents derrière son choix de devenir surtout écrivain.
Dans Le talent assassiné : annexe temporaire de Francis Valéry, l’auteur entrecroise son reportage aux Utopiales 2002 avec des séquences de la vie de son alter ego P. Paul Dostert aux prises avec l’alcool, les somnifères, les femmes et les idées suicidaires.
Dans Scientifiction : Toujours plus vite ! de Roland Lehoucq, l’astrogation est abordée sous l’angle des problèmes posés par le déplacement juste en-deça de la vitesse de la lumière, la relativité du mouvement et l’effet Doppler-Fizeau qui déforment les observations.
Dans Amazing Stories, une sensationnelle histoire – Huitième partie : Les années 90 – Little Big de Mike Ashley, le dernier chapitre présente le rebond du magazine au début des années 90 et le cruel malentendu logistique qui l’éloigne d’un potentiel lectorat.
Ce numéro approche la nature indomptable de Jean-Pierre Andrevon avec une belle sélection de nouvelles, dont celles de Claude Mamier et Michael Moorcock qui sont inédites, une interview qui remplace un dossier pour laisser l’intéressé s’exprimer mais qui apparait aussi dans son Lunatique Spécial et Voix du futur, et une autofiction décalée de Francis Valéry.

Bifrost 17

Dans Par la noirceur des étoiles brisées, épisode V : La Route de Fripp de Roland C. Wagner, F’firzi une femme-chatte est inopinément arrachée à son village pour apparaitre devant le capitaine Lit de Roses et son équipage. Cet épisode permet d’apercevoir la civilisation des S’shayn avec une sorte de clin d’œil cyberpunk à la communauté d’esprit des chats d’Ulthar de Lovecraft.
Dans Les Fleurs de la prison d’Aulite de Nancy Kress, Uli Peck Bengarin est devenue une informatrice irréelle après le meurtre de sa sœur Ano, activité lui permettant de faire pénitence et d’espérer rejoindre à nouveau la réalité partagée, de redevenir une habitante à part entière du Monde. Sa nouvelle mission consiste à être incarcérée dans la prison d’Aulite pour se renseigner sur des expériences scientifiques menées sur des enfants auprès d’un criminel Terrien. Cette nouvelle nébuleuse déploie le contexte d’une société fermée qui exalte l’appartenance à un système sociopolitique jouant avec les critères d’illusion et de réalité, et Uli se débat dans cette construction idéologique de façade qui soumet les individualités avec un profond cynisme.
Dans À la chandelle de Maître Doc Stolze de Pierre Stolze, la sortie de La partition de Jéricho de René Réouven permet de questionner la propension à prendre des épisodes de la Bible au pied de la lettre et à les développer en escamotant la dimension allégorique et chaotique.
Dans Pierre Bordage, la force tranquille de Org, l’interview se penche à l’occasion de la sortie de Les Fables de l’Humpur sur l’ancrage de Pierre Bordage dans la fantasy donnant à sa science fiction une matière mythique et une spiritualité initiatique.
Dans Super les Héros ! : Xenozoic Tales de Philippe Paygnard, la présentation de l’univers de Xenozoic Tales donnant Cadillacs and Dinosaurs est l’occasion de revenir sur la carrière de Mark Schultz, comme dessinateur et scénariste, et de donner quelques références sur le thème des dinosaures.
Dans Soudain, le space opera de Colin Greenland, l’auteur raconte son passage de la fantasy au space opera, son positionnement par rapport aux auteur(e)s et aux livres incontournables du genre, les mécanismes d’écriture qu’il met en œuvre, dans un texte de grande valeur sur une époque et à base d’anecdotes sur la vie d’artiste et artisan.
Dans Colonisons la galaxie de Roland Lehoucq, l’estimation du temps nécessaire pour coloniser la galaxie mène directement au paradoxe de Fermi. Soit l’espèce intelligente disparait avant de se propager, soit la galaxie est déjà colonisée et alors la Terre se trouve dans un secteur délaissé. Peut-être les signes d’une autre existence nous restent invisibles.
Dans Gardner Dozois d’André-François Ruaud, la carrière de Gardner Dozois s’est tournée vers les autres. Brillant nouvelliste à ses débuts, il a surtout écrit en collaboration et s’est ensuite épanoui en tant qu’anthologiste et rédacteur en chef d’Isaac Asimov’s science-fiction.
Ce numéro avec la nouvelle inédite de Nancy Kress et des articles passionnants demeure indispensable.

Bifrost 15

Dans Par la noirceur des étoiles brisées, épisode III : Fille du Métal de Roland C. Wagner, Lit de Roses s’enfuit de la planète Wink en volant un astronef avec la complicité du bébé djugnalâmm, d’un automate et de la sfalle Sheïff qu’il vient de rencontrer. Ce chapitre laisse de la place au djugnalâmm, archétype de la mignonnerie de space opera, illustrant bien la résistance maladroite du héros à tout sentimentalisme. D’un autre côté, un accident de propulsion mène Yoni-Yo, un robot sophistiqué, sur la trajectoire de l’équipage destiné à trouver le Roi Pourpre.
Dans Diagnostikeur de délinko de Raymond Milési, Jacques travaille dans un service informatisé de prédiction de la délinquance juvénile et de recherche psychologique dans une société laissant une place prépondérante aux robots. Jacques utilise un langage phonétique et un vocabulaire très particulier, ce qui fonctionne plutôt bien mais reste un peu fatigant.
Dans La Vie des morts de Michael Swanwick, Donald accepte une offre d’emploi dans un projet d’avenir visant à généraliser en réduisant les coûts l’utilisation de morts vivants. L’humour noir souligne un propos plus sérieux sur le capitalisme et ses conséquences sociétales, un vertige métaphysique individuel.
Dans Super les héros ! de Philippe Paygnard, un bilan est fait avant l’an 2000 autour de X-Wing Rogue Squadron sur la licence Star Wars en comics, de Marvel à Dark Horse.
Dans A propos d’Etoiles Mourantes de Pierre Stolze, Pascal J. Thomas et Org, les deux avis sur le roman, assez radical pour Pierre Stolze et plus nuancé pour Pascal J. Thomas, montrent bien le déchirement entre ambitions et imperfections.
Dans Adastra de Roland Lehoucq, les limitations qui empêchent de mettre en pratique le voyage interstellaire sont présentées, problèmes de propulsion, de carburant et de distances.
Dans Elizabeth Lynn : la quête douloureuse de André-François Ruaud, la carrière de cette autrice méconnue en France est présentée le long de sa bibliographie et dans le contexte littéraire de la fin des années 70 et du début des années 80, un bel article, passionnant.

Bifrost 21

Dans Extermination Highway de Thomas Day, Tom Wolf purge sa peine de prison pour meurtre, réticent à intégrer les suprémacistes blancs, habité par une haine farouche mais pragmatique, accompagné par une meute de loups qui lui apparait depuis un voyage jusqu’au Grand Canyon avec son père, par les visions d’une portion d’autoroute truffée d’épaves accidentées. C’est un exercice de style dans le fantastique réaliste violent et psychologique localisé aux États-Unis, le portrait au vitriol d’un homme à l’enfance brisée, à la vie menacée par ce monde hideux. Le récit à la première personne exprime le désarroi face à la liberté et l’étonnement face à la possibilité d’une rédemption, déploie les nuances d’une personnalité cabossée en direction d’un acte cathartique pour changer de peau.
Dans A la chandelle de Maître Doc Stolze, Pierre Stolze s’intéresse à La Terre en héritage de Jean-Marie Pelt, à la fois anticipation écologique et ouvrage de vulgarisation scientifique s’alarmant de l’état de la planète en 2000 et finissant par un plaidoyer pour la foi chrétienne.
Dans La passion de l’enchantement, Org questionne Jean-Louis Fetjaine sur sa démarche initiale d’écriture mélangeant Faërie et récit arthurien tout en exposant la base de paganisme derrière la relecture chrétienne du Mythe, ouvrant sur une vision ethnologique derrière les peuples merveilleux.
Dans Super les Héros ! de Philippe Paygnard, il aborde la série Grendel continuée par Darko Macan pour Dark Horse Comics à la lumière du vécu de l’homme pendant la guerre des Balkans.
Dans l’interview de Gardner Dozois par Pierre-Paul Durastanti, l’écrivain anthologiste parle de ses origines modestes en Nouvelle-Angleterre, de l’impact du service militaire sur ses écrits, puis part dans une vision prophétique de l’apport d’internet et de l’informatique à l’édition.
Dans L’ascenseur vers l’espace de Roland Lehoucq, les limitations techniques d’un câble tendu apparaissent, du matériau qui le constitue principalement, la gravité et la force centrifuge pouvant être théoriquement surmontées.
Dans Amazing Stories : une sensationnelle histoire (première partie) de Mike Ashley, la création du magazine par Hugo Gernsback repose sur son intérêt pour la spéculation scientifique, la stimulation d’une créativité crédible et d’une anticipation inventive. Cette publication se construit sur un équilibre entre aventure et romance d’un côté, et cadre scientifique de l’autre.

Bifrost 11

Dans Vif Argent de Greg Egan, Claire Booth est une épidémiologiste chargée d’enquêter sur une épidémie et piste le vecteur de propagation en Caroline du nord. Cette nouvelle est un thriller scientifique, une chasse menée par une héroïne consistante sur les traces d’une maladie atroce considérée de façon mystique et presque religieuse par une communauté d’illuminés.
Dans A travers le vortex (Corsaires des étoiles 5) de Francis Valéry, Salomon en apprend plus sur ses parents et décide avec l’équipage du Jérusalem de faire face au trou noir menant à l’univers des Keurls et de prendre part à cette guerre temporelle.
Dans A la chandelle de Maître Doc Stolze de Pierre Stolze, il aborde Les particules élémentaires de Michel Houellebecq sous l’angle de la science fiction, avec circonspection, pour finir catastrophé par l’indigence littéraire et idéologique de cet objet médiatique.
Dans Neil Gaiman. Un marchand de sable au pays de nulle part, l’auteur s’entretient avec Patrick Marcel pour la sortie de Neverwhere, à propos de Londres, des États-Unis, de la bande dessinée, de son rapport à la création télévisuelle et cinématographique.
Dans Super les héros ! de Philippe Paygnard, il retrace la carrière de Rob Liefeld qui, après des débuts chez DC Comics puis Marvel, participe à la création d’Image Comics pour ensuite galérer dans le monde pléthorique et mouvementé de l’édition.
Dans Clifford D. Simak : le vieil homme à l’écoute des étoiles, André-François Ruaud explore les thèmes des œuvres de Simak, la vieillesse et la sagesse, le foyer et la nature, la réflexion et la nostalgie, une démarche de respect et d’humilité, une écriture tellement reconnaissable.
Dans Des monstres géants et autres énormités de Roland Lehoucq, la question de la taille des êtres vivants est abordée de façon scientifique, au niveau physiologique par la résistance du squelette au poids total et à la hauteur d’une chute, le nombre de pattes et la présence d’articulations, pour conclure que le gigantisme a ses limites et en milieu terrestre implique la fragilité sauf si le squelette est constitué d’un matériau plus solide, ou si le milieu est aquatique ou spatial.
Dans Chad Oliver : l’anthropologiste de la S-F, André-François Ruaud montre que la formation professionnelle de l’auteur transparait dans ses histoires très psychologiques de contact extra-terrestre.

Bifrost 46

Dans Le rôle de l’homme de Gérard Klein, l’humanité dans son ensemble a migré dans les étoiles ou dans d’autres plans de réalité. Ne reste plus qu’un seul homme sur Terre, prêt à mourir, entouré de robots à son service. Cette nouvelle a une poésie existentielle nostalgique dans la complémentarité possible entre humain et robot au-delà de la mortalité.
Dans Voyageurs imprudents de Christophe Lambert, un couple fait du tourisme temporel sur les lieux des grandes catastrophes de l’Histoire pour pimenter leurs ébats.
Dans Un espion sur Europe d’Alastair Reynolds, Marius Vargoric est envoyé à Cadmus-Astérius par Gilgamesh-Isis pour récupérer une technologie de la Démarchie des mains de Cholok, une spécialiste de l’hybridation entre homme et poisson, dans une nouvelle d’action et d’espionnage très scientifique, touffue, sombre et froide.
Dans A la chandelle de Maître Doc Stolze de Pierre Stolze, La Science-fiction d’ Irène Langlet et son approche narratologique des textes sont discutés par l’existence de novum et d’exo-encyclopédie, et cette vision est appliquée à l’analyse de Jacob le mutant de Mario Ballatin, dans un article dense mais enlevé, excentrique mais renseigné.
L’entretien avec Gérard Klein de Richard Comballot en 70 pages présente un homme qui a connu l’apparition de la science fiction dans la société française et à Paris, à travers une vie bien remplie de rencontres et d’aspirations, traversant le monde mouvementé de l’édition, semant des nouvelles et quelques romans, des articles et des préfaces sur la science fiction, sans compter ses écrits sur la psychologie et l’économie.