Emblèmes 6 – Extrême-Orient

Dans Différentes Couleurs de Léa Silhol, ces cinq poésies chromatiques consacrent la vie au cœur de la nature, la mortalité humaine et une idée de survivance élémentale et technologique dans une hantise émotionnelle.
Dans Le Tueur de Dragon de Garry Kilworth, John Witherstone est un policier britannique ambitieux de Hong Kong, sollicité par des villageois Hakkas qui ont trouvé un dragon endormi dans leurs vergers. Cette nouvelle s’appuie sur le décalage entre modernité et légendes persistantes dans une confrontation entre incrédulité et exotisme cryptozoologique atavique.
Dans Rokuro-Kubi de Lafcadio Hearn, Isogai Heidazaemon Taketsura est un samurai qui choisit, à la ruine de la maison de son Seigneur, de parcourir les routes en tant que prêtre sous le nom de Kwairyo. Ce conte du folklore japonais se base sur la légende des Rokuro-Kubi, gobelins à la tête balladeuse, et sur la sagesse de son héros itinérant.
Dans Le Dit des Cheveux de luvan, la jeune Tram est retrouvée morte dans la salle de bain de la maison familiale. Cette magnifique histoire de fantômes vietnamiens développe une ambiance éthérée et mortifère, lourde d’un passé familial maudit, de prédétermination cyclique, d’attachement subi et d’exil.
Dans L’Ombre d’un Regret de Pierre Fauvel, un ancien prêtre devenu ermite rencontre Takeda Shinryu, un samurai en mission harcelé par une femme en haillons armée d’un naginata. Cette histoire d’honneur et d’intrigue amoureuse illustre la projection fantomatique de sentiments tumultueux.
Dans Les Enfants du Dragon de Lawrence Schimel et Mark A. Garland, le Lieutenant qui pilotait le char immortalisé sur la photographie du 5 juin 1989 place Tian’anmen livre son témoignage. Dans cette variation historique, le destin du rebelle inconnu est beaucoup plus expéditif et la répression immédiate semble apocalyptique mais pas du tout éloignée de la réalité, provoquant une prise de conscience radicale chez le militaire impliqué dans le massacre.
Dans Le Petit Singe de Kyoto de Armand Cabasson, Nuki est un natsuke, petit singe en bois habité par une divinité qui appartient à Kazutoyo et lui susurre de trahir la rébellion samurai pour rejoindre les assaillants de l’Empereur lors d’une bataille. Cette nouvelle conjugue la magie chatoyante japonaise avec la modernité sociopolitique balbutiante pour atténuer la rigidité atavique du système féodal.
Dans Kenshiro’s Way de Jess Kaan, Kenshiro est un ninja qui traverse Hiroshima avec l’aide de Compagnon, un tigre-robot, et Haesuni, une fille-renard, pour libérer sa sœur Akiko retenue prisonnière par le shogun Yun Fat. Le récit s’appuie d’abord sur une action futuriste rythmée puis associe une dystopie magique à une virtualité identitaire poétique et désespérée à la limite du cyberpunk.
Dans La Flûte en Bois de Pêcher de Brook West et Julia West, un groupe de voyageurs dont fait partie Mitaka Noriaki est surpris par l’apparition d’un mystérieux joueur de flûte qui les attire en dehors de la route principale dans un village désert sans possibilité d’en sortir. L’histoire de malédiction permet de déployer des rituels magiques de purification et aboutit sur une catharsis nourrie de prédestination et d’acceptation du passé pour quitter une boucle maléfique.
Dans Le Temple sous la Lune de Pierre-Alexandre, Vieux Singe est un ermite chinois qui rencontre un soldat mongol et l’invite à faire une halte pour échapper à la pluie gonflant la rivière devenue infranchissable. Ce conte sur un amour clandestin rejoint la thématique du vampire et de la communication entre les mondes par la symbolique artistique.
Dans Magie des Renards de Kij Johnson, une jeune renarde installée avec son grand-père, sa mère et son frère sous un entrepôt tombe amoureuse de l’homme qui habite avec sa femme la maison attenante. La poésie magique et anthropomorphique est fascinante, déroulant un spleen d’insatisfaction, une langueur d’attente qui distord le temps et un désir de possession de l’autre qui mène à l’envoutement dans une réalité chimérique.
Dans Japon : les Iles Fantastiques de Greg Silhol, après l’identification d’une similarité de folklore insulaire avec les iles britanniques et la coexistence des visions shinto et bouddhiste, un petit tour de présentation est fait de différentes créatures présentes dans les légendes nippones.

Faeries 7 – Lovecraft / Smith

Dans L’homme qui aimait la mer d’Alan Brennert, Steven rejoint sa tante Dierdre sur l’ile de Chincoteague après le décès de son oncle Evan, découvre et expérimente lors d’une sortie en mer la relation unique que le défunt entretenait avec une entité transcendante. La dimension poétique surnaturelle du lien amoureux côtoie l’aspect grivois bassement physique sublimé par l’union de la cendre et de l’eau dans la mort.
Dans DésILLUSIONS de Mike Resnick et Lawrence Schimel, Vivian s’ennuie dans sa relation avec Edward, plus grand sorcier de Constantinople, dans sa vie constituée d’illusion et du sentiment de vacuité derrière le voile des apparences.
Dans Territoire familier de Kristine Kathryn Rusch, Winston le magicien prépare des funérailles viking pour Buster son chat familier selon sa volonté. Cette nouvelle est d’une douceur confondante, pleine de nostalgie, d’émotions subtiles et de connexion féline.


Pour le dossier Howard Phillips Lovecraft, Denis Labbé débute par une biographie efficace et une bibliographie succincte.
Dans Une clef onirique, Denis Labbé expose la filiation avec Lord Dunsany et le désir de développer chez Lovecraft une fantasy onirique à l’influence antique autour de son alter ego Randolph Carter, dans un reflet irréel qui questionne la place de l’homme dans le monde en le laissant visiter une réalité qu’il ne maitrise pas.
Dans L’effroi urbain, Dennis Labbé présente les villes lovecraftiennes comme le résultat d’une déliquescence, d’une chute de l’espèce, perte de vitalité et arrogance.

Pour le dossier Clark Ashton Smith, Simon Sanahujas produit une courte biographie, pour ensuite aborder le cycle d’Hyperborée, sa relation avec Kull de Robert E. Howard sous une forme plus onirique et son imbrication totale dans l’horreur cosmique de Lovecraft et son Panthéon.
Ensuite Denis Labbé présente Zothique comme le cycle le plus abouti dans un futur où règne la magie, poussant à son paroxysme l’éclatement des histoires dans un contexte géographique défini et rejoignant la noirceur lovecraftienne du destin de l’humanité.
Puis Denis Labbé s’intéresse aux nouvelles hors les cycles, textes alliant la fantasy et la science fiction aux thèmes proches de Lovecraft, convergeant dans la négligeabilité de l’espèce humaine qui court à sa perte dans une poésie vénéneuse.
Dans Un pont entre le passé et l’avenir de Denis Labbé, les influences réciproques qui lient le trio SmithLovecraftHoward sont mises en exergue, leur socle mythologique et le développement d’une mise en abyme des livres maudits.
Dans Portrait d’un poète de Denis Labbé, Smith est un poète reconnu qui partage avec Lovecraft une précocité et un intérêt pour l’Antiquité mais fantasmant de son côté sur des aïeux français dans des thématiques autour de l’amour et la beauté, le fantastique et l’inconnu.

Dans Les ailes ne poussent qu’une fois de Jean-Pierre Andrevon, une famille s’agrandit jusqu’à se trouver à l’étroit dans son nid et le père rencontre des difficultés à subvenir aux besoins du foyer, à l’image de la ville surpeuplée. Un beau jour des ailes poussent dans leur dos et ils s’envolent vers une nouvelle ville plus spacieuse, où ils perdent leurs ailes alors que la famille s’étoffe encore. Cette nouvelle poétique illustre le cycle de la vie comme un éternel recommencement de gravité et d’envol, une lutte acharnée et douce-amère pour croitre à travers un sacrifice de soi, sous la forme d’un conte métaphorique plombé par le matérialisme.
Dans La Source des errances d’Alexis P. Nevil, Odare Shinwa est un scribe aveugle, abandonné dans le froid de la montagne, qui rencontre le Voyageur et ses poursuivants mais doit subir seul l’attaque des redoutables serpents-flèches Sh’Jah
Dans La lumière de Satel de Gaël-Pierre Covell, Niel-Au-Bras-Fort est envoyé pour délivrer la Reine Dianh de Sinir captive depuis le début de la guerre contre l’Oniromancien et ses armées. Cette heroic fantasy pas très mature repose sur la magie et une sensualité un peu gauche.
Le double dossier Lovecraft et Smith est développé dans une approche judicieuse compte tenu du nombre de pages, présentant les deux auteurs dans l’essentiel, mais s’attardant plus sur le second, mais s’attarde aussi sur leur relation, ouvrant le propos sur d’autres écrivains comme Poe, Lord Dunsany et Howard. La nouvelle inédite de Rusch sort du lot même si une continuité certaine rassemble les textes dans l’ensemble.