Lysistrata 80 – John Boyd

Le capitaine Benjamin Franklin Hansen découvre, après un an et demi à bord de l’USS Chattahoochee en Antarctique, que sa femme Helga est devenue militante du F.E.M., un mouvement féministe et pacifiste, que sa fille Joan-Paula a bien grandi à l’orée de sa majorité et que le maitre principal sous ses ordres Angus Hull McCormick correspond au profil psychologique du parfait sex-appeal masculin appelé Lothario X, à tel point que le Président Demorest Habersham souhaite qu’il lui succède à la Maison Blanche pour contrer la candidature du Dr Henrietta Carey, à la tête du F.E.M. grâce à la démocratisation du Vita-Lerp, une crème gynécologique apportant plaisir et causant une parthénogenèse artificielle.
Cet hommage modernisé à Aristophane pour l’idée de départ et sa dimension humoristique est une anticipation des années 80 publiée en 1970, cachant derrière son déroulement comique et surréaliste un message sociopolitique et civilisationnel concernant la question atavique de la place des femmes. Le récit tourne autour du personnage principal Benjamin Franklin Hansen qui perd pied en permanence dans une réalité en plein dérapage, confrontant son dévouement rigide envers la hiérarchie et son éducation militaire indélébile aux plans farfelus de ses supérieurs (échanger les dirigeants entre États-Unis et U.R.S.S. ou bombarder son propre pays avec l’arme atomique…), son absence d’érudition littéraire face aux multiples références de ses interlocuteurs donnant des quiproquos hilarants et l’amour qu’il porte à sa femme et à sa fille relativisant le patriarcat seulement de principe. Les nombreux protagonistes sont pittoresques, la plaisanterie est constante, le ridicule sans limite et les rebondissements cherchent la surenchère, mais derrière cette absence de sérieux la preuve par l’absurde met en évidence dans sa réciproque l’inanité de la domination masculine, politique et militaire, dans une forme révélatrice du talent de l’auteur pour un texte très divertissant et quand même vraiment intelligent par son second degré et son ancrage culturel critique.

L’envoyé d’Andromède – John Boyd

Une espèce menacée par l’extinction de son Soleil parvient à évoluer vers une forme éthérée et immortelle afin de voyager dans l’univers, s’immiscer dans les êtres rencontrés et partager avec eux leur sagesse cosmique. L’envoyé G-7 se pose sur Terre et choisit d’investir le corps de Ian McCloud, un hors-la-loi appelé Johnny le Dingue lancé à la poursuite d’un duo de malfrats pour se venger mais coincé à Shoshone Flats une bourgade méthodiste titillée par une communauté voisine de mormons.
L’ouverture science-fictive prend place dans un contexte de western et sous la forme d’une comédie, Ian étant étudié à son insu au travers de cette symbiose extra-terrestre, une influence qui n’est pas vraiment une manipulation pure mais plutôt une impulsion initiale pour améliorer son potentiel cognitif qui permet à G-7 de gouter à la subjectivité humaine, d’appréhender l’évolution de son cobaye dans ses interactions avec ses congénères et de lancer son évaluation de l’espèce humaine d’un point de vue éthique pour éventuellement rejoindre la Fraternité galactique. N’étant pas conscient de son inspiration stellaire pour devenir vertueux, Ian devient rusé, sa soif de vengeance atténuée se subordonne à l’appât du gain dans son ambition à développer un système capitaliste qui à la fois aide la société à prospérer et constitue un magot que son égo veut rafler. Par cette situation d’observation unilatérale, le choc exotique et la relativisation des conceptions éthiques se trouvent du côté alien conditionné par son immortalité et son sentiment de supériorité. Le parallèle avec la religion est un terreau fertile pour l’humour, la piété n’est qu’un vernis sur le cynisme des hommes et la voie de l’humanité reste impénétrable pour G-7 dans sa position de juge céleste et d’ange frustré. Les intentions vertueuses qu’inspire l’envoyé à son hôte se traduisent en pratique par une apparente contradiction avec ses principes éthérés mais finissent par le contaminer et faire de lui un ange déchu embrassant la beauté de l’entropie flamboyante, simple illustration épicurienne des limites morales d’un système de lois et d’une causalité évènementielle devant le relativisme chez les hommes, dans un roman impertinent qui aurait pu ne pas appartenir au genre de la science fiction.