
Dans In the court of the Lizard King de Jacques Barbéri, le joueur de saxello et celui de batterie fantôme du groupe les Mocking Angels sont coincés au Purgatoire avec comme seule perspective de subir des expériences médicales extrêmes pour gagner leur liberté lorsque leur chanteur qui était dans le coma réapparait en affirmant être l’hôte d’un dragon doré enfermé dans un trou noir, duquel le capitaine d’un astronef piégé a réussi à s’échapper pour les rejoindre. Cette nouvelle hallucinée exploite l’énergie archétypale d’un égrégore canalisé par la musique dans une métaphore de la libération mystique au travers d’une transcendance mythique rejoignant le jeu quantique et nostalgique du rock entre Musique de l’énergie de Roland C. Wagner et Le Temps du Twist de Joël Houssin.
Dans La démontable invention du destin de Jeffrey Ford, le vieil astronaute John Gaghn dans sa réclusion se remémore son histoire d’amour avec Zadiiz qu’il a convaincue de quitter sa planète natale pour voyager parmi les étoiles avant de la découvrir morte à son réveil de stase cryogénique. Ce conte poétique rend immortel le lien entre deux âmes par des moyens détournés dans un dessein auquel semble travailler tout le cosmos, transcendant l’éthique et la causalité.
Dans Hydra de Joëlle Wintrebert, un contingent de colons s’installe sur une planète luxuriante puis découvre tardivement que les femmes sont frappées d’un mal mystérieux les desséchant alors qu’une copie parfaite en forme de cosse se développe pour enfin se détacher et remplacer son modèle. Cette longue nouvelle aborde l’étrangeté exobiologique dans le cadre de la colonisation improvisée, la capacité d’adaptation et d’évolution mentale des humains, la confrontation au deuil et à la révélation de la métamorphose pour la survie de l’espèce, dans une tension métaphysique nourrie par la peur et l’ignorance, l’endoctrinement et le repli sur la violence.
Dans Joëlle Wintrebert : De rêve et d’eau, le long entretien avec Richard Comballot pour les trente ans de carrière de l’auteure revient sur son attirance pour la lecture dans sa jeunesse qui débouche sur une prédilection pour les surréalistes, la poésie et le fantastique puis sur la découverte de la liberté d’idées dans la science fiction en parallèle d’études en cinéma. Après des premières tentatives infructueuses pour être publiée, elle opte pour le journalisme pour être lue, avant que des nouvelles commencent à trouver preneur et que Les Olympiades truquées paraisse, apportant ses premiers Prix. Elle enchaine les romans et va aussi propager son engagement contre le sexisme qu’elle a connu et l’intolérance en général dans la littérature jeunesse. Son œuvre reste ancrée dans la façon d’habiter son corps et le monde.
Dans Les Anticipateurs : Où deux satiristes prévoient de beaux lendemains de Frédéric Jaccaud, Le Monde tel qu’il sera de Émile Souvestre construit une contre-utopie comme une désillusion face à une société déshumanisée et amnésique sous le joug de la technologie, alors que Albert Robida dans son cycle du Vingtième siècle extrapole un utilitarisme vain néfaste pour la Nature et pour l’Humanité.
Dans Scientifiction : Starship builders part one, de Roland Lehoucq et Claude Ecken, les deux compères définissent les besoins d’une mission interstellaire habitée en direction d’une planète similaire à la Terre située à vingt années-lumière, préfigurant l’écriture de Mission Caladan – les tisseurs de rêves édité en 2010.
Dans ce premier numéro de Bifrost à consacrer une femme, seules la nouvelle de Jeffrey Ford et l’interview de Joëlle Wintrebert demeurent inédites, Hydra figurant depuis au sommaire de son recueil La Créode et autres récits futurs de 2005.



