
Thorn et Clawly ont mené une étude sur la recrudescence dans la population de cauchemars se déroulant dans le même paysage, d’amnésies masquées et de non-recognition, et présentent leur rapport au Comité Exécutif Mondial pour les alerter sur ce qui ressemble à une invasion d’esprits étrangers qui s’infiltrent dans les corps des habitants, démonstration accueillie par la raillerie des administrateurs Conjerly et Tempelmar confortés par le scepticisme teinté d’hostilité du président Shielding.
Dans ce roman de science fiction d’aventures dimensionnelles, Fritz Leiber n’installe pas de mystère artificiel et superflu, délivre la structure de la réalité en arborescence par la symbolique d’Yggdrasil pour se concentrer sur l’action, les principes philosophiques, sociopolitiques et leurs implications émotionnelles. Le psychologue Oktav que fréquente Clawly disparait lors d’un de leurs entretiens pour rejoindre en dehors du continuum espace temps et affronter les sept autres esprits humains munis de leurs talismans, et se désolidariser de l’utilisation qu’ils font du Moteur à Probabilité, Diviseur du Temps générant les embranchements des possibles mondes parallèles à partir d’un moment de la trame originelle qui présente plusieurs alternatives. Les options non retenues dérivent dans l’éternité et Thorn devient l’agent actif du récit en se réveillant dans le corps d’un de ses doubles sur une Terre sous la dictature des Serviteurs du Peuple et constatant qu’il incarne le leader des Récalcitrants en résistance face aux responsables de l’invasion en cours de la réalité première. Alors que Clawly est témoin de ce jeu des chaises musicales expliquant l’hostilité irrationnelle de Conjerly et de Tempelmar, Thorn accède à une troisième incarnation sur une Terre post-apocalyptique dominée par une alliance sauvage entre chiens et chats. Pour entériner tout le questionnement philosophique impliqué par cette histoire, l’entité extra-terrestre transcendante ayant égaré le Moteur et les talismans émet son jugement final qui acte l’inconséquence et l’irresponsabilité des humains dévoyant cette invention aux visées virtuelles, qui proclame l’unicité des différentes dimensions et l’irréversibilité de leurs existences objectives parallèles au niveau cosmique et ontologique, l’humanité coexistant dans une utopie relative et fragile, un totalitarisme présent dans sa nature et générant une lutte en réaction et la concrétisation de la destruction induisant l’instinct de survie. La qualité littéraire de ce roman ne repose pas sur une forme excessivement raffinée mais plutôt sur une efficacité diabolique de la narration et l’intelligence du propos mêlant logique formelle et éthique dans un rythme savamment installé.




