Appel d’air

Ce recueil est contextuel, constitué de textes composés dans l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle en 2007, expressions subjectives de trente artistes qui rejoignent leurs visions intemporelles sur la société ; la poésie du choc et de la réaction fédératrice qui loue la bonne volonté sans céder à l’égoïsme et aux lieux communs de Fabrice Colin ; la courte chronique romancée et anarchiste qui exprime les rêves abstraits de la rue concrète de Claude Mamier ; le cauchemar policier de l’abus de pouvoir pathétique de Stéphane Beauverger ; la dystopie administrative qui s’attaque à l’esprit libertaire et anticapitaliste de Roland C. Wagner ; l’anticipation déshumanisée du travailleur dans un système boursier basé sur le potentiel biologique converti en actions et dividendes de Francis Mizio ; la dénonciation de l’engrenage du racisme institutionnalisé et de la violence banalisée dans les services de police de Thomas Day ; la crainte d’une xénophobie gastronomique appuyée par un pistage numérique des consommateurs de Sylvie Denis ; la description acide d’une société de contrôle automatisé pourvoyeuse d’injustices et de solitudes de Patrick Eris ; le triste constat d’une société future de prédétermination génétique stérile parmi des androïdes d’Olivier Tomasini ; l’entrée en clandestinité des artistes face à l’injonction au travail productif et la menace de réquisition en usine ou à la mine de Markus Leicht ; le psaume présidentiel à la gloire de la conversion sociopolitique imposée et profession de foi mégalomane d’un redresseur de torts borné de Claude Ecken ; l’anticipation de la restriction drastique du droit de vote de Jean-Marc Ligny ; le plaidoyer chiffres à l’appui pour la prise en compte de la situation des sans-abri de Li-Cam ; le constat poétique de la disparition en pratique de la devise républicaine de Charlotte Bousquet ; le glissement de la société vers l’absence de confidentialité des données personnelles devenues critères de citoyenneté et le basculement vers la sous-traitance des services de sécurité de Johan Heliot ; le cauchemar de l’interdiction officielle des livres de science fiction aux moins de dix-huit ans de Jean-Pierre Fontana ; la mise en scène par lui-même de la reconfiguration neurale de Serge Lehman ; le rapport circonstancié d’une pratique artistique clandestine lors d’un rassemblement culturel non déclaré et réprimé de Joëlle Wintrebert ; la dénonciation d’une dérive gouvernementale rapprochant chômage et génétique confondant causes et conséquences de Sylvie Lainé ; le court pamphlet sur la paresse et la lâcheté d’un système de certitudes de Vincent Wahl ; la petite ballade dans un dictionnaire avec une sélection de mots à l’étymologie qui fait sens d’Alain Damasio ; l’article survolté sur les cents premiers jours du nouveau président de Jean-Pierre Andrevon ; l’illustration de la promotion sociale par la pureté génétique de Laurent Whale ; la fable aux accents de fantasy sur un système politique mêlant le royalisme à la démocratie et un souverain obnubilé par la génétique de Francis Berthelot ; l’anticipation rétrospective simplement magistrale d’un professeur en histoire de la politique sur les mécanismes de l’élection de Simon Sanahujas ; le conte futuriste d’une Intelligence Artificielle qui parvient à transformer une dictature en démocratie de Lucie Chenu ; la parabole funèbre et poétique dans une personnification des régimes politiques d’Ugo Bellagamba ; la poésie symbolique de Lise N. ; la dénonciation de la mégalomanie ubique et du désir d’omnipotence présidentiels d’Alain Damasio ; les mentions légales remises au goût du jour de Catherine Dufour.
Ce livre combine une grande diversité et une intense densité, renfermant les craintes sur la mise en danger de principes éthiques et des projections de dévoiements technologiques et scientifiques, qui parfois font sourire et la plupart du temps, avec du recul, donnent des frissons jusqu’à la nausée.

Le serpent à collerette – Francis Berthelot

Annelore, après la disparition en mer de Renaud des Iles, le père de ses deux enfants Prunelle et Vivien, rencontre Raoul de Jais, un charmeur de serpent.
Ce conte déroule un merveilleux onirique qui repose sur un profond terreau psychologique et s’exprime d’une manière hypersymbolique. La puissance mythique du serpent résulte du point de vue candide de l’enfant et l’expression subtile des évènements ne minimise pas la réalité abjecte des abus sur Prunelle et les cruelles manipulations de Raoul de Jais. La poésie des métaphores, l’affirmation du monde psychique et la dignité de la narration en font un livre adapté à un jeune lectorat, d’autant plus que le message délivré se focalise sur l’importance de la parole et de la communication avec les adultes pour trouver une protection.

La ville au fond de l’œil – Francis Berthelot

Alexis est un marionnettiste qui voit ses créations dépérir et décide, après la réception d’un télégramme de son frère Yvan et sur l’invitation de l’Archonte, de pénétrer dans Krizkern la ville au fond de l’œil en pierre.
Dans une fantasy cathartique, cette quête puise sa poésie dans un symbolisme puissant et un surréalisme touffu qui découlent de la nature de cette contrée où les pouvoirs de l’esprit peuvent modeler la substance, où les individus peuvent s’oublier dans la peur et l’aveuglement, où le Cloaque rôde comme l’essence de l’entropie et de la dégénérescence. La narration fluctuante et schizophrénique installe les thèmes du double, de la filiation et de l’Art utile. Alexis se débat dans une fête foraine quantique peuplée par la certitude de la mort d’Yvan à la guerre, par l’amnésie de sa sœur Sonia confortée par Setha, mère de substitution, et par l’enfance volée des Chrysalides. C’est un livre ardu, gorgé d’une ambiance énigmatique, d’ubiquité et de versatilité, d’un vertige psychologique qui prouve que la vie est un théâtre où chacun peut trouver sa place.

69 – Anthologie

Dans Eddy Merckx n’est jamais allé à Vérone de Stéphane Beauverger, une femme battue par son mari rêve de liberté dans l’ambiance d’une société patriarcale et arriérée.
Dans Saturnales de Maïa Mazaurette, la lune de miel dans le futur est programmée et assistée dans tous les détails grâce à la technologie. Paradoxalement la société est permissive dans ce cadre rigide et presque tout le monde a oublié la pratique sexuelle naturelle.
Dans Misvirginity de Daylon, une prostituée synthétique se raconte dans un futur pluvieux où la question androïde est omniprésente.
Dans Miroir de porcelaine de Mélanie Fazi, une danseuse qui crée des spectacles d’automates avec son compagnon voit ce dernier tomber amoureux de sa dernière création.
Dans LXIX de Francis Berthelot, le cinéma interactif permet à un homme obsédé par un personnage de péplum de modifier le scénario du film à sa guise.
Dans Toi que j’ai bue en quatre fois de Sylvie Lainé, il suffit d’ingurgiter quatre différents liquides pour vivre un fantasme et construire une histoire qui devient obsédante.
Dans Louise ionisée de Norbert Merjagnan, une chercheuse scientifique vit une symbiose avec un exorgane à base d’isotopie orgasmique.
Dans Sabbat de Gudule, une allégorie trash du mal, de la psychologie et du sexisme se déploie.
Dans Les métamorphoses d’une martyre de Charlotte Bousquet, une jeune femme violée par un peintre se venge dans une ambiance gothique.
Dans Vestiges de l’amour de Jean-Marc Ligny, incube et succube s’occupent d’un couple en difficulté.
Dans Descente de Virginie Bétruger, un astronaute raconte son retour sur une Terre dévastée par l’apocalypse nucléaire dans une nostalgie amoureuse.
Dans Camélions de Joëlle Wintrebert, des hommes insurgés sont abandonnés sur une planète inconnue et, parmi eux, une femme rencontre de grands papillons, s’accouple avec eux et ouvre la voie de l’adaptation.
C’est un recueil très varié de nouvelles dans des styles et des genres très différents, à l’ambiance plus ou moins sombre.