Faeries 11 Spécial David Gemmel

Dans Les oiseaux chanteurs de Kristine Kathryn Rusch, le prince Tadéo charge Reynaldo, chasseur de créatures magiques, de capturer un oiseau chanteur pour son sacre. Il trouve un spécimen sous la forme d’une jeune fille serveuse d’auberge dans un hameau mirage mais elle peut lire ses pensées. Se présente à lui un dilemme ; utiliser sa ruse pour l’attraper ou céder à la séduction du merveilleux. Ce conte d’une fantasy naïve qui vise la sagesse exprime une nostalgie poétique et la fatalité des illusions.
Dans Son épouse unique et véritable de Louise Cooper, Leah se destine à épouser Carolan lorsqu’ils seront adultes. Mais elle est fille de sorcière et il est éloigné par sa famille pour débuter une vie classique. Elle le retrouve dix ans plus tard alors qu’il se marie avec Calla, une villageoise. C’est un conte moral qui met en scène l’archétype de la société archaïque dominée par une religion intolérante et le mythe de la fille victime de sa propre folie et de son aveuglement paranoïaque et monomaniaque.
Dans le Dossier David Gemmell par Simon Sanahujas est présenté l’esprit de cette heroic fantasy moderne qui contient l’idée d’une évolution des consciences, des personnages, malgré un manichéisme traditionnel. La présence de la magie est limitée et les récits tournent autour de la stratégie de la guerre médiévale. Ce contexte moyenâgeux abritant des personnages complexes forme une sorte d’anachronisme. La présentation historique derrière Le lion de Macédoine est intéressante, le plaidoyer pour une découverte du Cycle de Drenaï dans l’ordre d’écriture est convaincant.
Dans Frank Stockton, le pionnier oublié (seul texte qui n’est pas inédit) par André-François Ruaud, la mise en lumière de La femme ou le tigre ? fait écho à la nouvelle de Louise Cooper.
Dans La démone des batailles de Jean-Marc Ligny, le Chevalier Sombre erre au gré des batailles sous l’influence de Fata Morgana qui se nourrit de l’âme des morts. Seul l’amour pourra le libérer de cette emprise.
Dans Renversons la vapeur ! de Georges Foveau, le peuple opprimé d’Amérique du sud se soulève contre les colonisateurs européens dans un récit steampunk fustigeant l’iniquité sociale et la destruction industrielle de la nature.
Dans La source des errances (chapitre 5) d’Alexis P. Nevil, un oiseau-licorne femelle meurt…

Le guide steampunk – Étienne Barillier – Arthur Morgan

Ce guide présente vraiment bien le steampunk comme sous-genre de la science fiction apportant une couleur originale à l’uchronie ou à la fantasy. Les histoires étant situées au XIXe siècle et au tout début du XXe, les enjeux sont passionnants entre l’évolution de la science, la révolution industrielle et l’écologie, l’impérialisme et la monarchie, sans oublier une ribambelle de personnages historiques. Les codes de cette écriture ne sont pas rigides mais s’articulent plutôt autour d’une créativité exacerbée et d’une absence de sérieux, ce qui apparait clairement dans la naissance de ce style chez Jeter, Blaylock et Powers, interviews à l’appui.
Le guide de lecture met en valeur la diversité du style, un bon nombre de livres est abordé et une grande place est consacrée à la bande dessinée, le cinéma et la musique. La liberté et la créativité sont au cœur du mouvement qui en devenant culturel a tendance à minimiser la dimension philosophique, politique et sociale, à s’adresser à un public jeune et à privilégier l’esthétique. Le steampunk reste un courant d’idées qui teinte des créations très diverses.

Ce qui vient la nuit – Julien Bétan – Mathieu Rivero – Melchior Ascaride

Un croisé, de retour dans sa Bretagne ancestrale est encore hanté par les combats. Il part à la recherche de la cause impie de meurtres sauvages et de disparitions suspectes, faisant penser à la bête du Gévaudan. D’apparence destiné à de jeunes adolescents, les illustrations sont belles et naïves, à la mise en page variée, le récit est très sombre et sanglant.
L’ensemble est donc à la fois celle d’un conte pour faire frissonner les enfants et d’une réflexion mature sur la religion, les mythes et la sorcellerie qui fonctionne très bien.

Huit histoires de Cthulhu

On peut d’abord constater que Robert Bloch est obnubilé par Lovecraft, il fait partie de sa vie, il hante ses histoires sous les traits de ses personnages, dans une construction du récit tellement similaire à ce que produisait Lovecraft.
Le mystère et la mort planent sur ces récits d’un style d’épouvante classique mais inventif. On sent que Bloch (notamment en choisissant un enfant comme narrateur), J. Ramsey Campbell (plus moderne) et Brian Lumley (pasticheur émérite) sont au-dessus du lot.
Dans l’ensemble le recueil a une ambiance qui correspond parfaitement aux travaux de Lovecraft.

HPL 2007

Ce recueil est un hommage à Lovecraft pour les 70 ans de sa mort, en 22 nouvelles très bien sélectionnées par Christophe Thill. La variété des auteurs est agréable et explique, suivant leur attachement singulier à l’œuvre de HPL, la diversité de style. Il y a une prédominance de récits d’horreur classique ou poétique qui adoptent les codes thématiques du personnage lovecraftien. Aucune nouvelle ne tombe dans le travers consistant à abuser frénétiquement des références au Mythe. L’exercice de style est très réussi.

L’horreur dans le cimetière

Ce sont des nouvelles de bonne qualité et on reconnait tout de suite le style de Lovecraft. Il n’a pas signé ces textes mais il les a bien écrits, il n’y a aucun doute possible. Il poursuit son utilisation suggestive des Dieux de son Panthéon et applique ses techniques de narration habituelles. En gros, un écrivain amateur lui donne une idée vague, et contre rémunération, il se charge d’en faire une histoire fantastique. En passant il prend le contrôle du processus de création et sème ce qui nourrit le mystère de sa propre œuvre.
A rattacher à son œuvre officielle, c’est amusant de le voir distiller des éléments de son mythe et jouer avec ses structures de récit.

Le Necronomicon

Je garde dans un coin de ma tête la collection « L’aventure mystérieuse » chez J’ai lu, des souvenirs de franche rigolade mais aussi d’appel au voyage à la fois historique, archéologique et mystique. Les sujets traités sont très variés. Le contenu n’est jamais avare d’informations, toujours avec un équilibre instable entre fondations solides et élucubrations sensationnalistes, entre traité et roman. C’est une très bonne formation pour atteindre un niveau correct en occultisme, magie, ésotérisme… Pourtant il faut être capable de séparer les connaissances de base des exagérations délirantes. J’ai peur d’être le seul à m’amuser en lisant cette collection. J’ai envie de me rapprocher de Howard Phillips Lovecraft.
 
Ce livre est comme une enquête. Il faut d’abord poser les bases : tout ce qui concerne son panthéon cosmique et le Necronomicon reste flou, tributaire de témoignages plus ou moins véridiques. Lovecraft plaisantait dans ses lettres envoyées à Clark Ashton Smith, jouant avec la propagation de l’imposture du Mythe, ce qu’August Derleth poussera à son paroxysme. Colin Wilson y va de son hommage, digne du Maître. Entre biographie mystérieuse, histoires de magie, et cryptographie assistée par ordinateur, cette histoire ressemble à s’y méprendre, dans sa structure, à un écrit de Lovecraft. Des personnages sont confrontés au surnaturel, ils doivent décoder un manuscrit à l’aide de la science pour révéler ce qui est caché. Voilà pourquoi tout ça n’est qu’une mise en abyme qui cultive le mystère. La présence de Sprague de Camp comme co-auteur est révélatrice. C’est une expérience à la fois récréative en ayant un peu de recul, et finalement perturbante par sa profondeur.