Le chemin des mondes – Hugues Douriaux

Une guerre nucléaire a presque décimé l’humanité, et après plusieurs siècles à se relever, la Terre est unifiée et tournée vers le minerai du système solaire. Mais un jour des satellites captent des messages étranges que Twiggy, informaticienne avenante, doit transmettre aux décodeurs dont fait partie Rémi, jeune astrophysicien. Ils se lancent sur les traces d’un professeur dédaigné qui, pour prouver sa théorie du déplacement cosmique, a plongé dans un trou noir.
Le début du livre est porté sur la sensualité et un sentimentalisme simpliste, le mélange se fait entre polar espionnage, aventure, une science fiction astrophysique et cosmologique. La vision cyclique de l’histoire humaine et la guerre qui succède à la paix, la fragilité de l’unité de l’espèce, la vision d’un univers qui pulse sont de bonnes idées. Ensuite apparait le côté space opéra d’action avec un vaisseau prototype, une bande de personnages qui se forme et une situation politique très tendue. L’aventure d’un groupe de découvreurs est le centre du récit, avec comme grande préoccupation l’amour idéalisé, dans une exaltation enfantine des sentiments, en opposition à des saillies grivoises ; Twiggy s’offusque de la réputation de coureur de Rémi et ensuite confesse avoir connu beaucoup d’hommes avant de le connaitre. C’est un livre très simple à lire et à la psychologie rudimentaire, une grande propension à la sensualité et, heureusement, une vision pertinente du progrès de l’espèce, une lucidité sur la nature humaine, une ode aux explorateurs et aux zoologues, à la science et à la découverte de l’inconnu.

Physiognomy – Jeffrey Ford

Cley est un grand adepte de la physiognomonie, ce qui lui permet de confondre un coupable après examen physique. Il mène une enquête sur le vol d’un fruit, censé apporter l’immortalité à la personne qui l’ingère, dans une petite ville de mineurs, véritable fête foraine surréaliste peuplée d’idiots agités à la folie absurde semblant sortir d’un film de David Lynch. Cley est hautain, drogué aussi, frappé par des souvenirs vagues, des suggestions farfelues et des hallucinations pleines d’un sens qui ne fait que fuir. Ses facultés physiognomoniques l’ont soudainement quitté et il engage une assistante discrète et plutôt douée pour trouver des indices dans les particularités physiques des suspects. La situation dégénère totalement et le Maitre Drachton Below, despote impitoyable, décide de reprendre le contrôle de façon radicale par la mise à sac du village, la récupération du fruit et l’arrestation de Cley suivie par sa condamnation à la mine sur une ile lointaine.
La première partie du texte est un délire symbolique égocentré, l’exercice du pouvoir descendant où un homme marche sur les autres en toute quiétude. Ensuite vient la chute de Cley, sous-fifre dispensable, dans une métaphore désabusée de la dictature et des méthodes ignobles pour la faire perdurer. Différentes réalités s’interpénètrent dans une folie vaine d’un polar un peu paranoïaque, un peu gothique et baroque, plein d’action et de fulgurances hallucinées faisant penser à Philip K. Dick.

Les déportés du Cambrien – Robert Silverberg

Hawksbill Station est un bagne temporel dont on ne revient pas, les opposants politiques du 21e siècle sont envoyés avec du matériel dans cette prison distante d’un milliard d’années sur une Terre à la vie balbutiante, faune et flore dans leur jeune simplicité. Le contact ne passe que dans un sens, du futur au passé, et la vie s’organise dans ce lieu d’exil où Barrett, doyen et chef des condamnés, se remémore l’époque qui a vu un gouvernement se débarrasser de ses contestataires. Lew Hahn est le dernier déporté et son profil ne semble pas correspondre à un activiste politique.
Publiée en 1968, cette anticipation sociopolitique montre l’évolution de la démocratie américaine vers une tyrannie culturelle annihilant toute réaction du peuple. Le mélange de voyage dans le temps et d’anticipation dans un esprit proche de l’uchronie donne une ambiance anxieuse, nostalgique et écrasante dans un glissement inexorable de la civilisation vers une société de contrôle. Un humour paranoïaque s’installe et cette construction du récit où le passé se situe dans le futur est élégante et poétique, entre oubli et folie. C’est une vraie science fiction pleine de bonnes idées avec un message humaniste profond, une illustration des meurtres et disparitions dans des dictatures désireuses de perdurer. Cette fable sociale futuriste a un écho de fantasy dans cette microsociété isolée par un mélange improbable de Jack Vance et Philip K. Dick.

Les retombées – Jean-Pierre Andrevon

Près d’une grande ville un éclair éclate, perçu par un trentenaire, un couple de quarantenaires, une jeune fille impressionnable et un vieux paysan qui a connu la guerre. L’onde de choc passée, en s’éloignant du point d’impact, ils forment un petit groupe improvisé et hébété. Savoir s’il s’agit d’une guerre ou d’un accident devient obsédant alors que la contamination est une certitude, mais jusqu’à quel point ? Les rescapés éparpillés sont rassemblés dans un camp à moitié improvisé. Avec la séparation des hommes et des femmes, la douche commune, la construction rapide de miradors et le secret militaire propagent une appréhension pas si ancienne.
Cette dystopie est réaliste et psychologique dans tous les mécanismes mis en branle en chaque individu et dans la gestion de la masse de victimes rendues anonymes. Paranoïa, angoisse et envie de rébellion se développent face à l’incertitude. L’histoire de cette nouvelle est basée sur une anticipation de l’application du programme officiel d’adaptation aux retombées radioactives et montre la nécessaire détresse de la population.

La région du désastre – J.G. Ballard

[27/03/24] Dans Rêve d’oiseau, Crispin sur son bateau amarré a repoussé l’attaque soudaine des grands oiseaux avec sa mitrailleuse. Après la bataille une femme sort de sa maison et erre parmi les cadavres en prélevant quelques longues plumes. Dans cette ambiance irréelle de dystopie écologique, l’homme est devenu fou et par sa faute la nature avec lui sombre dans la folie. Cette fable est d’une poésie à la fois sordide, spirituelle et ironique.
Dans La ville concentrationnaire, un étudiant dans une immense cité fermée dénuée de nature a rêvé d’un vol de planeur, incompatible avec l’esprit étriqué de la société et la topologie des lieux. Cette dystopie sociopolitique dénonce le matérialisme et l’obscurantisme d’une civilisation grouillante et renfermée. L’ambiance étouffante accouche d’une ode à la liberté dans la tentative d’un homme de franchir les limites artificielles et s’affranchir d’un non-sens adopté sous forme d’une prison fractale, le propos s’enrichissant d’une réflexion sur la Cause Première et d’une illustration épistémologique.
Dans L’homme subliminal, le Dr Franklin alerté par Hathaway son patient commence à se rendre compte qu’il mène une vie sans but entre travail et achats compulsifs. Cette dystopie économique et sociopolitique s’appuie sur la manipulation des masses pour soutenir la surconsommation et la surproduction, garantir la croissance au prix de la liberté dans un emballement irresponsable.
Dans Que s’éveille la mer…, Richard Mason est réveillé chaque nuit par la mer qui s’insinue dans la ville, malgré la grande distance qui les sépare, expérience illogique qui désarçonne sa femme Miriam. Cette illusion temporelle montre que l’homme n’est rien face à la nature, dans une poétique élémentale au souffle antique et une atmosphère évanescente.
Dans Moins un, James Hinton a disparu de l’hôpital psychiatrique de Green Hill et tous les employés le recherchent en vain, jusqu’à douter même de son existence. Cette dystopie administrative met en cause la considération inhumaine de l’institution médicale et un cynisme justifié de façon métaphysique, ontologique et phénoménologique.
Dans Faux-fuyants, Charles Freeman redevient physiquement un enfant depuis que sa femme est enceinte. Cette histoire à l’angoisse freudienne se base sur l’inversion de la flèche du temps.
Dans Zone de terreur, Larsen doit se reposer dans le calme d’un complexe de chalets en bordure du désert appartenant à son employeur après une crise due au surmenage. Bayliss son seul voisin est un psychologue qui l’aide à surmonter ses hallucinations qui le font se voir en décalé, à la troisième personne, se tenant là où il était un moment auparavant. Entre l’apparition fantomatique subjective et le don d’ubiquité, l’angoisse apparait avec la possibilité d’un vrai dédoublement autonome. L’ambiance paranoïaque est dense, l’aspect psychologique de la terreur panique mène à un dénouement fantastique.
Dans Trou d’homme N°69, le Dr Neill mène une expérience sur trois cobayes enfermés après une opération chirurgicale au cerveau pour supprimer tout besoin de sommeil. Cette science fiction métaphysique explore le champ de la conscience par la modification physiologique d’une fonction biologique, questionnant le rôle du rêve dans la construction de la réalité et extrapolant les conséquences de son absence sur la perception de soi et du monde.
Dans L’homme impossible, Conrad est un adolescent renversé un jour par une voiture et qui bénéficie ensuite d’une greffe de la jambe du conducteur décédé dans l’accident. Conrad se retrouve au centre d’une querelle opposant la vision commerciale de la médecine et la décision des gens âgés de ne pas prolonger indéfiniment la vie.

[14/10/22] Ces nouvelles sont autant de chroniques de la folie des hommes, la pollution mutagène qui bouleverse le règne animal, la prolifération humaine qui engendre une cité étouffant tout désir de liberté, la manipulation mentale et comportementale qui mène à la surconsommation et à la surproduction programmées, le droit au rêve et à l’évasion. Toutes ces nouvelles s’inscrivent dans la tradition de la science fiction écologiste et sociopolitique, dans un style d’anticipation se rapprochant de celui de Jean-Pierre Andrevon, dénonçant des situations aberrantes jusqu’à l’exagération avec une poésie désenchantée et un humour grinçant. La seconde partie du recueil se distingue par son approche très psychologique et métaphysique, centrée sur la mort et la vie comme un cycle, sur la transformation de la nature au sens très large, le changement de l’environnement et la perception que les personnages en ont dans un théâtre des difficultés mentales.

La nuit du Sagittaire – Pierre Pelot

La société d’un fonctionnement assez spécial trouve une prétendue stabilité en organisant une chasse nationale aux citoyens indésirables, organisée conjointement par le gouvernement et une entité commerciale affiliée, sous la forme d’un jeu du cirque télévisé. Cet évènement est très structuré et on suit les protagonistes à tous les niveaux de cette organisation, où tous les rôles sont distribués ; la caste des chasseurs, les stratèges et les citoyens délateurs qui les aiguillent associés par équipe, l’armée et la police garantes du bon déroulement et bien sûr le présentateur du programme. Et la machine vas s’enrayer lorsqu’une jeune étudiante discrète décide de se rebeller et tue un chasseur qui ne lui voulait pas de mal.
Cette anticipation socio-politique s’inscrit dans une tradition d’action et le style de Pierre Pelot avec cette urgence et cette fuite pour la survie donne son intensité au texte. Il développe à la fois la réalité mise en doute et la vision dystopique d’une société rappelant le régime de Vichy avec la délation et l’élimination, la participation forcée et l’exemplarité sur des critères aberrants. Le rôle des artistes est discuté dans cette nécessité de résistance, propagation de la révolte en face d’une religion des médias, flirtant toujours avec la folie. Avec cette réflexion gigogne du message de la littérature d’anticipation suggère ce que fait Alain Damasio d’une façon moderne dans cette libération d’un média omniprésent, la télévision en 1990. La société n’a pas changé, la liberté cherchée par l’égoïsme et le conditionnement socio-culturel font que l’homme ne mérite pas le bonheur.

Hellraiser – Clive Barker

Un trio se forme entre Julia, femme qui s’ennuie dans sa vie, son mari Rory un peu coincé et rébarbatif contrairement à son frère Frank, le baroudeur en quête du plaisir absolu. Frank, en ouvrant la boite de Lemarchand, déverrouille le contact avec un monde derrière l’apparente réalité où les sensations sont ultimes. Il est maintenant enfermé dans cette dimension où les valeurs sont étrangères, confondant plaisir et douleur.
Ce texte est dans la tradition des contes macabres mêlant passion, meurtres et magie, avec une réflexion sur l’intériorité et l’extériorité, la réalité perçue comme un voile qui se déchire donnant sur un endroit où le temps et la matière sont autres, la vie comme une œuvre d’art et l’amour désespéré si malsain qu’il devient cynique. Des gens frustrés et indolents sont attirés par cette transgression et basculent dans une explosion de sentiments. Clive Barker sait mettre de l’intensité dans son récit d’amants maudits liés dans la corruption et la décadence aussi physique que spirituelle. C’est une histoire de fantastique gore classique dans certains aspects mais s’enrichit d’une percée mystique dans la réalité, point commun avec Stephen King.

Transparences – Ayerdhal

Stephen est un psychologue criminologue chargé par Interpol d’enquêter sur l’histoire à demi effacée et les prétendus agissements d’une tueuse surdouée, impitoyable et insaisissable. Aidé par la fille d’une confrère qui a suivi la jeune meurtrière et un SDF qui connait la transparence d’une vie. Stephen et ses collègues doivent prouver son existence ou au moins trouver des traces de son passé. Elle est l’arme parfaite, qui coule dans la foule et pique dans une danse mortelle, son image est floue et les témoignages la concernant sont contradictoires ou inexistants. Une longue traque commence pour approcher la tueuse en série globe-trotteuse, perturbée par les collaborations internationales, les cachotteries et les manipulations. L’idée de la présence transparente est poétique dans une métaphysique de la rareté, de la beauté furtive, de l’absence obsédante et de l’impermanence omniprésente. Rencontrer cette tueuse et s’en souvenir est un privilège.
Ce polar sombre est une crise psychologique, le héros est dans une remise en question de son métier, de son équilibre, une lutte contre la paranoïa et l’angoisse. Sur fond d’espionnage et de méthodologie psychologique occasionnant de longs passages informels, les rares moments d’action sont un vent d’air frais à la chorégraphie millimétrée et implacable. Les références affichées vont de Roland C. Wagner à Sun Tzu en passant par Jean-Jacques Goldman sur un fond scientifique et philosophique très solide.

Le gouffre de la Lune – Abraham Merritt

Le Docteur Goodwin est le témoin d’étranges disparitions de personnes conduites sur une route argentée jusqu’à la Lune. Sur une petite ile volcanique du Pacifique, un portail s’ouvre lorsqu’il est frappé par l’éclat de la pleine lune et une entité de lumière en sort. Une expédition pénètre dans ces étranges souterrains. Au début, c’est une histoire d’angoisse, une horreur cosmique poétique et synesthésique du début du 20e siècle au Royaume-Uni, très porté sur la science et les troubles psychiques extrêmes des protagonistes confrontés à l’indicible. Les descriptions sont très détaillées avec une prédilection pour l’archéologie et la mythologie. Ensuite, c’est une fantasy de type souterrain, même si l’espace n’est pas vraiment clos, avec une dimension de quête onirique, de cheminement symbolique. Le texte fait aussi partie de la fantasy ethnologique, cet univers est régi sous la forme d’une dictature religieuse et sa nature est totalement contrastée et paradoxale, les dichotomies sont abolies entre le bien et le mal, la félicité et l’angoisse, mais Abraham Merritt a tendance à prendre le christianisme comme référence de comparaison.
Il y a un style, une narration, on pourrait dire une patine, qu’on retrouve chez Robert E. Howard et H.P. Lovecraft, fourmillant de détails qu’on retrouve chez ce dernier dans toute son œuvre. Mais étant centré sur l’aventure le récit est bavard dans la dernière partie, avec l’apparition de l’amour mélangeant croyance et science, superstition et magie dans un hommage à la littérature du 19e siècle.

La débusqueuse de mondes – Luce Basseterre

C’est d’abord l’histoire d’une rencontre entre D’Guéba, grenouille experte en terraformation qui prospecte à bord de Koba, un vaisseau vivant, et Otton, esclave humain libéré depuis qu’il est le seul survivant d’un crash. Il est futé et décide de rester un peu avec ceux qui l’ont découvert en perdition en étant obséquieux et volontaire. Des évènements qui sortent de l’ordinaire finissent toujours par arriver, pendant que D’Guéba s’occupe d’un contrat avec des espèces en pleine guerre. Luce Basseterre enchaine, dans une bonne humeur constante, les bonnes idées comme l’exomodelage de planètes pointant la responsabilité des espèces vis à vis de leur environnement, le cybersquale dans la tradition des animaux véhicules, la narration qui alterne les points de vue des personnages, cette vraie impression de space opéra grâce à des voyages très rapides et une aventure bioethnologique.
Cette science fiction basée sur le divertissement, quoique plus bavarde dans la seconde partie, fait penser à Roland C. Wagner et Edmond Hamilton. Mais dans sa modernité, et forcément une revendication, Luce Basseterre use de l’inclusif dans le texte sans en abuser mais c’est aussi désagréable que les fautes de français dans Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes, pas rédhibitoire. Reste un message politique et sociologique de paix et de tolérance, une charge contre le mercantilisme et tout ça finalement à l’échelle du cosmos, cristallisés par l’existence des Fenjicks.

Le diapason des mots et des misères – Jérôme Noirez

Les nouvelles de ce recueil font clairement partie de la littérature de l’imaginaire, très ouverte aux différentes cultures, poétique, mythique et magique, un voyage au tour du monde de la misère matérielle et du merveilleux. Peu importe les endroits, le désert nord-africain et ses djinns, Prague pour Walpurgis ou un trip halluciné à la Hunter S. Thompson, et le décor reste brutal, où l’enfance est en danger. Dans Kesu, le gouffre sourd, est développée une vision de la musique biologique dans un mouvement intemporel alliant action nerveuse et poésie chamanique. Feverish train est un polar surréaliste et fiévreux au milieu d’animaux exotiques.
Ce mélange de poésie intense, d’action déjantée et fantastique morbide produit une variation musicale assez fascinante, violente avec beaucoup de malice, faisant parfois penser à Anne Duguel.

Simulacron 3 – Daniel F. Galouye

[09/12/24] Après la mort accidentelle mais suspecte de Hannon Fuller, inventeur d’une simulation sociologique permettant d’effectuer facilement des enquêtes d’opinion, son assistant Douglas Hall lui succède. A une soirée chez Horace Siskin, l’investisseur du projet qui souhaite s’en servir à des fins politiques, le chef de la sécurité Morton Lynch disparait subitement sous les yeux de Douglas Hall.
Dans cette science fiction teintée de polar et aux thématiques cyberpunk, Daniel F. Galouye insiste sur le côté psychologique au travers du vertige paranoïaque de son protagoniste piégé dans un doute hyperbolique à propos de la réalité, de la probabilité d’une chaine gigogne à la causalité cosmogonique. Cette enquête est aussi une quête personnelle au milieu d’illusions, un exercice mental qui passe au crible de la raison la véracité du monde derrière les perceptions, la relation brouillée entre microcosme et macrocosme, Créateur et créature, luttant contre la vacuité d’un cogito ergo sum simulé et l’insignifiance de l’humain conditionné. Le récit est intense, sans temps mort, Daniel F. Galouye atteint un haut niveau de divertissement rythmé grâce à la forme policière, gommant les petits défauts des deux précédents romans pour atteindre cet équilibre entre vivacité de l’aventure et densité psychologique sur un fond de science fiction d’expérimentation, un puits de réflexion sur la nature de la réalité. La dimension socio-politique de l’histoire s’intègre aux enjeux métaphysiques pour former une vision à la fois signifiante et incertaine, aboutissant de toute façon à la société de contrôle et ses conséquences mentales.

[27/09/22] L’inventeur d’un système de simulation du comportement humain est mort, Hal son assistant prend sa suite pour finaliser le projet, poussé par l’associé financeur pressé. Il doit découvrir jusqu’où ses recherches ont mené son mentor, mais la réalité semble manipulée, des personnes et des objets disparaissent, la paranoïa s’insinue surement. Simulacron 3 est conçu pour simuler des enquêtes d’opinion mais entre les mains d’un puissant magnat il pourrait être très utile pour étendre son influence.
L’ambiance polar cyberpunk, à rapprocher de Philip K. Dick, est très psychologique avec doutes perceptifs et menace constante de manipulation de la réalité. Le microcosme et le macrocosme communiquent et les possibilités d’univers parallèles sont fractalement infinies, comme dans Passé virtuel de Josef Rusnak. L’histoire est très bien structurée et il n’y a pas de difficulté pour suivre cette trame a priori complexe. C’est un vrai manuel de survie dans un simulateur de vie sociale, comme dans Le chant des I.A au fond des réseaux de Jean-Marc Ligny, dont la teneur paranoïaque atteint des records. Hal comprend bien la fragilité de la réalité et lutte contre le découragement face à l’illusion, au milieu des questions sur l’identité et la possible futilité de l’existence du monde, sans oublier la folie du pouvoir et la fragilité de la vie dans sa simplicité.