Awacs – Alain Paris

Jill Masterton est une journaliste qui couvre la guerre du Golfe en 1991, autorisée à accompagner une mission à bord d’un Awacs. Un rayon lumineux provoque une panne électrique générale au-dessus du Koweit et un amerrissage forcé. Dans la Mésopotamie en 2362 av. J-C, Gilgamesh est intronisé au terme d’une cérémonie magique. Jill et ses deux acolytes militaires survivants passent pour des dieux aux yeux de ce peuple antique. Après ce voyage temporel le trio est pris dans des luttes de pouvoir, des tensions géopolitiques aussi vieilles et simples que dangereuses.
Même s’il y a des morts le tout se passe comme dans une bonne humeur et Alain Paris s’amuse à intégrer des questions philosophiques anachroniques sur la religion et la science. Le contexte d’aviation militaire disparait vite pour une plongée dans la civilisation sumérienne, une sorte d’uchronie d’aventure divertissante, avec quand même un message sur le progressisme contre le dogmatisme, mais illustrant aussi la résistance de l’histoire à être changée par des individus dérisoires.

La ballade de Tony Burden – Pierre Pelot

Mémoires d’un épouvantail blessé au combat
 
Dans un coin paumé, chaud et poussiéreux des États-Unis, à Chadwick dans le Missouri, le shériff Divash doit gérer une situation inédite sous son commandement. Malcolm, l’employé noir de Cutty, propriétaire d’une station service, est retrouvé mort par Tony Burden, un vétéran habitant un centre d’hébergement pour anciens militaires. Divash est noir, concevant sa fonction comme un statut social pénard au-delà des tensions raciales dans ce patelin arriéré mais relativement calme d’habitude. Sous la suspicion des habitants, Cutty sombre dans un délire post-traumatique lié à la guerre, les oriente plutôt vers le cousin de Malcolm et la situation dérape complètement en fusillade. Cutty est devenu un forcené meutrier, piégé dans un délire paranoïaque basé sur les souvenirs cauchemardesques de Collin McTombe, un autre pensionnaire du centre. Tony Burden est un témoin, tout dégénère autour de lui.
Ce livre est globalement lent et très descriptif, d’une littérature générale un peu surréaliste dès que le fantastique apparait avec les mystères suggérés autour de ce centre médicalisé et son docteur Morgansen. Cette ambiance d’Amérique profonde, avec les références culturelles et l’imminence du surnaturel, font penser à Stephen King, la galerie de personnages et le sentiment de l’implacable à David Lynch. Tony Burden débute un voyage avec dans son sillage un virus provoquant des crises hallucinées et une folie meurtrière.

Observation du virus en temps de paix
 
Désormais, il se sait porteur sain et chassé, s’endort dans sa voiture, arrêtée au milieu de la Louisiane, se réveille pour constater qu’une jeune femme enceinte est assise à ses côtés. Il accepte de ramener Cathy à la maison qui l’a vue grandir et elle a peur de ne rien reconnaitre. Arrivés à la maison du père de Cathy, ils la trouvent vide de toute présence humaine. Elle apprend le lendemain que son père est hospitalisé et Tony Burden l’emmène le visiter. Cathy commence à sentir que son bébé veut la tuer et un soir son père commet une tuerie dans son hôpital.
Les questions concernant la raison pour laquelle ce sont les cauchemars de Collin McTombe qui sont transmis et le fait que des personnes sont immunisées restent en suspens. Le récit est toujours aussi lent et constitué de pensées simples, lancinant et fascinant, avec des non-dits inévitables et des idées farfelues dans ce duo improvisé. Le héros est un vieux retraité qui survit dans le déjà trop tard, des évènements intenses et affreux le suivent au cours de ce périple hypnotique.

Alabama.un.neuf.neuf.six
 
Un homme se présentant comme le fils de Tony Burden est sur sa trace en Alabama. Un drame s’est passé à Barlow Bend dans un élevage de lapins où Tony a travaillé. Mat Pealbean, ancien vendeur itinérant de camelote, arrive aussi dans la petite ville en effervescence.
Après la parenthèse intimiste du deuxième tome, l’histoire se focalise sur les poursuivants de Tony Burden dans un imbroglio teinté d’incertitude. Mat Pealbean, escroc recherché par son ancien employeur et des trafiquants de drogue, se retrouve inséré dans la traque visant Tony Burden car il a compris les enjeux de l’infection virale et il a fait enregistrer son témoignage par un journaliste. La chasse à l’homme vecteur ne peut plus être discrète.

Sécession bis
 
L’armée a bouclé le sud infecté du pays dans la peur et la colère provoquées par la révélation médiatique de la trainée de folie laissée par Tony Burden. Dans le Mississippi, il rencontre John T. Divirtt faisant partie d’une milice armée constituée suite à la panique et à l’incompréhension. Le groupe est tombé dans une embuscade de l’armée, Divirtt est le seul survivant finalement exfiltré par Tony Burden. Dans cette quarantaine parcourue par l’anarchie, le vieux héros redevient anonyme et il peut préparer sa vengeance du haut de son expérience dans les services secrets de l’armée. Il se rend à l’épicentre de l’épidémie, retrouve le centre d’hébergement abandonné et constate l’absence de Morgansen.
La guerre civile apporte de l’action au récit, la pression claustrophobique n’a fait que croitre autour de Tony Burden plus actif et tendu vers un but bien personnel et défini.

Offensive du virus sous le champ de bataille
 
Tony Burden poursuit son errance jusqu’à Sunbright au Tennessee et rencontre Gedeon Pikett, dernier habitant perturbé de cette bourgade. La paranoïa réapparait avec l’impossibilité de savoir si Morgansen est dans le nord à concevoir une façon d’éradiquer les porteurs viraux ou s’il a rallié le sud et cherche à sauver la population grâce à un vaccin. En route pour Knoxville, Tony Burden est pris en otage par Butts, un émeutier qui se révèle être un médecin, profession peu appréciée depuis les morts parmi les vaccinés. Seules demeurent l’apocalypse en marche et l’incertitude concernant l’identité et les intentions des personnes impliquées.
 
 
 
 
La forme narrative est simpliste, basée sur un phrasé de bouseux, des pensées et des dialogues frisant la tautologie mais souligne aussi cette atmosphère tendue entre nature sauvage et instinct aiguisé. Le anti-héros rend les personnages secondaires très importants pour décrire cet engrenage d’une manière indirecte, alternant les périodes stressantes de calme relatif et les explosions écrasantes de violence extrême. L’histoire est un mélange d’épidémie, d’enfermement, de paranoïa, de western, de traque, de manipulation, de voyage post-apocalyptique et de dystopie, d’antimilitarisme. Le style de Pierre Pelot alliant la pesanteur psychologique à la brutalité virevoltante va au-delà de l’hommage ou du pastiche à l’américaine, au plus profond de l’existence de la mémoire et de l’insignifiance de l’individu.

H.P. Lovecraft – Fantastique, mythe et modernité

Dans Lovecraft : 30 ans après, Maurice Lévy présente l’homme sous un jour très défavorable en se basant uniquement sur la biographie par Lyon Sprague de Camp et le peu de lettres traduites et publiées en France. Nuançant son propos il continue pourtant en listant les défauts de son œuvre et pense en conclusion qu’elle vieillit mal, ne sauvant sans trop de conviction que l’aspect poétique et la métaphore psychologique de la quête d’identité. Cet article est affreusement daté et rempli d’opinions saugrenues qui finissent par minorer la qualité de l’œuvre originale, un comble pour ouvrir ce colloque de faire appel à un homme si peu moderne.
Dans Lovecraft précurseur de la théorie de la déconstruction par Donald R. Burleson, à l’aide du post-structuralisme il identifie les thèmes des écrits de Lovecraft. Le refus de la primauté est la prise de conscience de la place insignifiante de l’être humain. Le thème de la connaissance interdite impose un secret salvateur destiné à être violé, l’ignorance est tranquillité d’esprit, la révélation rend fou. Le thème des apparences illusoires se retrouve bien dans le masque et le Grand Dieu Pan. Le thème de la survie transgressive correspond à la survivance des Anciens, de leurs séides de rites et de mots antédiluviens. Le thème de l’objectivisme onirique découle de l’incapacité à différencier le rêve et la réalité. Tous ces thèmes mènent au rejet de l’anthropocentrisme. Lire Lovecraft c’est entrevoir un savoir interdit sans être certain de ce qu’on a vu.
Dans Résonances poesques dans la fiction de H.P. Lovecraft, Gilles Menegaldo s’intéresse à ce qui rapproche Lovecraft d’Edgar Allan Poe, l’influence de la littérature gothique, une posture en retrait du monde, Lovecraft intégrant Poe à sa mythification littéraire, la possession et la quête des origines, la folie constitutive de la narration. L’influence est relativement légère et Lovecraft s’en éloigne en basculant dans le cosmocentrisme.
Dans L’influence d’Abraham Merritt sur Howard Phillips Lovecraft : vers un renouvellement des motifs fantastiques, Florent Montaclair explore l’influence réciproque entre les deux auteurs, les créatures hybrides aquatiques, certaines scènes et principes de fantasy sont empruntés par Lovecraft tandis que Merritt adopte de son côté la confrontation entre science et surnaturel, un homme moderne est projeté dans un monde mythologique technologiquement archaïque dirigé par la magie. Ces deux auteurs partagent aussi avec Jules Verne l’aventure souterraine comme métaphore des Enfers et l’onirisme du récit. L’influence réciproque est tellement flagrante à la lecture de Démons et merveilles et Le gouffre de la Lune qu’il y a une co-création d’un nouveau fantastique à l’époque.
Dans Le timbre du silence, Alain Chareyre-Méjan explore la dimension sonore des récits de Lovecraft, l’instauration d’une présence audible qui provoque la peur, le cri et l’indicible, les onomatopées, touchant au fondement de l’épouvante littéraire.
Dans Lovecraft en proie à ses monstres, Roger Bozzetto interroge la notion de monstrueux dans le récit hyperbolique qu’utilise Lovecraft. Les monstres réveillent des questions sur l’identité, les anomalies dans la descendance, des êtres hybrides à l’origine indicible, le tout psychologiquement poussé par son histoire familiale liée à la folie.
Dans Le rhéteur et le pornographe, Denis Mellier montre que le style hyperbolique et excessif, perçu comme médiocre, de l’écrivain a un hyperréalisme qui s’oppose à la subtilité suggestive et qui s’épanouit dans l’exubérance descriptive.
Dans Entre le sublime et le grotesque : la phobie de l’autre et sa représentation dans les rêves régressifs de Randolph Carter, Max Duperray analyse la quête de Randolph Carter, cernée par le privatif et le négatif supposant l’apparition et la révélation, entre le voyage onirique et la rencontre fantasmagorique devant l’altérité qui se cache. On revient à l’autobiographie psychique, le reflet d’une hybridation, d’un commerce illicite et monstrueux.
Dans Meurtres dans la rue d’Auseil, ou les je interdits de Lovecraft, Michel Graux s’intéresse à ce que Lovecraft met de lui dans la narration à la première personne. Une vie matérielle terne, une vie mentale grandiose et une lignée maudite forment un récit paradoxal entre les descriptions très détaillées et le vertige émotionnel ahurissant, le texte est brouillé pour le lecteur qui doute de la véracité de ce que raconte le narrateur, catharsis pour l’auteur.
Dans Lovecraft et l’imaginaire scientifique : la weird science, de 1926 à 1931, Michel Meurger présente la weird science à travers les premières nouvelles d’Edmond Hamilton, des humains insignifiants, des extra-terrestres à l’apparence animale supérieurs en science et antérieurs en présence sur la Terre et dans le système solaire, belliqueux et terrifiants mais sujets eux aussi au cycle de la disparition et du retour, un intérêt pour les civilisations anciennes, l’affirmation de la science face au créationnisme, et prouve que Lovecraft s’insère dans cette période de la fin des années 20 propice à ces thèmes.
Dans Mythe et métamorphose, Elsa Grasso s’intéresse au mythe de Pan, intérêt commun à Lovecraft et Arthur Machen, le caractère païen de la nature et inquiétant de la forêt, une panique devant les choses se montrent sans intermédiaire, sans forme.
Dans Randolph Carter, frère d’Ulysse – l’avisé et de Sinbad le marin, Jean-Pierre Picot étudie A la recherche de Kadath pour montrer une filiation avec Homère et Les mille et une nuits, étant aussi un hommage à Lord Dunsany.
Dans La gémellité et le double monstrueux du moi : deux exemples du double lovecraftien, William Schnabel traite du reflet et du masque, symboliquement du rapport de Lovecraft à ses parents.
Dans Le méta-discours ésotériste au service du fantastique dans l’œuvre de H.P. Lovecraft, Gilles Menegaldo teste l’image d’initié en ésotérisme qui a collé à Lovecraft, une quête initiatique qui mène à un savoir secret, l’universalité des rituels et un panthéon structuré, des références à des livres existants et inventés, mais ces caractéristiques apparaissent dans son œuvre de façon anarchique et constituent plutôt un enrichissement fictionnel esthétique et d’ambiance, comme pour son discours scientifique.
Dans Le Necronomicon ou la naissance d’un ésotérisme fictionnel, Jean Marigny présente les divers livres maudits imaginés du vivant de Lovecraft en réunissant les informations des diverses sources mais une grande partie du contenu de son article fait doublon avec l’étude précédente.
Dans Le thème de la décadence chez C.A. Smith et R.E. Howard, Lauric Guillaud présente l’influence du décadentisme sur le fantastique et la fantasy dans la noirceur et le macabre chez Clark Ashton Smith et la violence chez Robert Ervin Howard. Malheureusement, des poèmes de Smith sont insérés sans traduction.
Dans Robert Bloch et le Mythe de Cthulhu, Jean Marigny présente vite fait les récits de Bloch en rapport avec Lovecraft dans un article qui cumule des informations pour la plupart déjà présentes dans les précédents articles.
Dans Lovecraft et le cinéma, Jean-Louis Leutrat montre les difficultés du cinéma à suggérer l’épouvante.
Dans L’Égypte et le cinéma dans l’œuvre de Howard Phillips Lovecraft, Jean-Louis Leutrat voit le cinéma comme une allégorie du fantastique se superposant à la réalité et qui l’infeste. La période correspond dans la société à un engouement pour l’égyptologie, ce qui inclue un livre des morts et des dieux hybrides.
Dans Cinéma de la peur, cinéma de l’inconnu : de l’indicible à l’écran (la malédiction de Freaks), Isabelle Viville trouve dans Freaks un très bon exemple de la peur de l’inconnu en face d’une œuvre, en cassant la distance avec la monstruosité dans un voyeurisme angoissant pour aboutir à la peur de l’autre.
Dans Hommages et pillages, Philippe Rouyer dégage le paradoxe de l’horreur subtile lovecraftienne souvent adaptée en films gore, mais John Carpenter s’est approprié les codes pour un résultat inquiétant.
Enfin dans une table ronde, Jacques Sadoul aborde la relation entre Lovecraft et Howard, Jacques Goimard et Jean-Luc Buard parlent de Lovecraft à travers l’édition française, Michel Meurger raconte le rejet des textes de Lovecraft par les intellectuels.

Wild Cards

Le prologue narre l’arrivée d’un extra-terrestre sur Terre et sa prise en charge par les autorités militaires qu’ils appelleront Dr Tachyon. Il leur raconte qu’un vaisseau s’est écrasé avec à son bord un virus qui tue les gens ou leur confère des dons aléatoires extraordinaires.
Dans Trente minutes sur Broadway ! de Howard Waldrop, Jetboy était un adolescent héros de la Seconde Guerre Mondiale à bord du premier jet inventé. Il disparait à la fin de la guerre et survit sur une ile déserte. Son retour à la civilisation des années plus tard est compliquée. Le Dr Tod, ancienne victime revancharde de Jetboy et la moitié de la face en acier, s’empare de la bombe virale et menace de la larguer sur New-York à défaut d’une rançon.
Dans Le dormeur de Roger Zelazny, la panique s’empare des rues et Croyd Crenson, un jeune écolier, entre en stase et se réveille avec de nouvelles aptitudes. Sa mutation est en marche et il entend parler du Dr Tachyon, capable de neutraliser sa métamorphose. A chaque réveil il se retrouve avec de nouveaux pouvoirs, sa vie tourne autour du vol d’argent pour lui et sa famille, de la quantité gargantuesque de nourriture qu’il doit ingurgiter et de sa condition de monstre mutant  dans une société déstabilisée qui évolue.
Dans Le témoin de Walter Jon Williams, Jack Braun est doté par le virus d’une force prodigieuse et cette caractéristique intéresse fortement Holmes, un homme politique qui le recrute dans les Exotiques au Service de la Démocratie, groupe de surhommes dédié au rayonnement des valeurs américaines, dont fait déjà partie Earl Sanderson, ancien pilote ayant combattu en même temps que Jetboy et maintenant capable de voler sans avion. Leur premier fait d’arme consiste à supprimer la dictature en Argentine, façon super-héros de comics. Avec l’aide de David Harstein, capable d’influencer le jugement de toute personne grâce à des phéromones, et Blythe Stanhope van Renssaeler, ayant le don d’absorber l’esprit d’une personne, l’ESD rétablit la démocratie en Espagne et au Portugal, et chasse les nazis dans toute l’Europe. En Asie, parlementer avec les communistes ne mène à rien mais leur rapporte une convocation devant une commission pour activité antiaméricaine. Cette chasse aux sorcières sonne le glas du groupe et même Tachyon est ostracisé. Jack coopère au détriment de ses compagnons et peut continuer sa carrière minable d’acteur.
Dans Rites de dégradation de Melinda M. Snodgrass, le Dr Tachyon rencontre Blythe Stanhope van Renssaeler internée car elle n’arrive pas à gérer l’esprit de son mari qu’elle a recueilli. En rejoignant l’ESD, elle capture l’esprit des plus grands scientifiques et Tachyon accepte par amour d’être capté aussi. Mais après leur passage par la commission, elle est définitivement internée et il devient un clochard à Paris.
Dans le premier interlude, une nouvelle période s’ouvre avec Joseph R. McCarthy qui prend le relais dans la chasse aux mutants en promulguant des lois.
Dans Capitaine Cathode et l’As Clandestin de Michael Cassutt, Karl von Kampen est un ancien scientifique allemand, devenu producteur d’une série, qui cache son don, une vue qui tient du microscope ou du télescope.
Dans Powers de David D. Levine, un U-2 s’est écrasé en survolant l’URSS et son pilote emprisonné doit être exécuté. Frank Majewski, analyste pour la CIA, décide de révéler son don caché qui lui permet d’arrêter ou de ralentir le temps et de tout faire pour sauver Francis Gary Powers, le pilote capturé.
Dans Partir à point de George R. R. Martin, Tom est un jeune homme qui cache ses pouvoirs télékinétiques, sauf à son acolyte d’enfance Joey. Ils sont passionnés par les comics ayant pour héros Jetboy, intérêt mal vu dans cette société, et Tom veut devenir un héros et s’épanouir. De son côté, le Dr Tachyon est devenu un ivrogne qui rôde dans Jokertown, enclave regroupant les modifiés par le virus. Tom se déplace dans un tank volant et se fait appeler la Tortue pour sa mission de justicier accompagné de Tachyon.
Dans le deuxième interlude, le Dr Tachyon dirige la clinique Blythe Stanhope van Renssaeler, centre de recherche et de soin pour les mutants, 20 ans après la diffusion du virus.
Dans La sombre nuit de Fortunato de Lewis Shiner, Fortunato est un mac qui découvre son pouvoir astral lors d’une séance de sexe tantrique. Il perçoit les manifestations magiques, ce qui le lance sur les traces d’un illuminé lovecraftien qui découpe ses prostituées.
Dans Transfigurations de Victor Milán, Mark Meadows est un étudiant en science, coincé et désireux d’analyser les effets de la drogue sur les hippies. Une rixe entre superhéros éclate pendant une manifestation étudiante, impliquant Wojtek Grabowski, un ouvrier perturbé, et Tom Douglas le chanteur d’un groupe contestataire d’un magnétisme reptilien. Finalement, le mystérieux Radical intervient pour un retour à la paix.
Dans le troisième interlude, les mutants sont invités à une soirée par Hiram Worchester et semblent faire cause commune pour s’affirmer.
Dans Au tréfonds d’Edward Bryant et Leanne C. Harper, des évènement surnaturels impliquent Bagabond, une clocharde qui communique avec les animaux, et Jack Robicheaux qui se transforme en alligator.
Dans le quatrième interlude, les luttes d’influence aggravent la situation dans Jokertown.
Dans Ficelles de Stephen Leigh, une manifestation dégénère, menée par Tom Miller un nain colérique, malgré la volonté d’apaisement du sénateur Gregg Hartmann qui se révèle être le Marionnettiste, un ambitieux qui manipule les hommes pour semer le chaos.
Dans le cinquième interlude, des citations illustrent les 35 ans écoulés.
Dans La fille fantôme de Manhattan de Carrie Vaughn, Jennifer est une étudiante qui inhibe son don de passe-muraille, mais elle finit par l’assumer lors d’une nuit mouvementée dans Jokertown au contact de Croyd le Dormeur, capable de figer les gens.
Dans La venue du chasseur de John J. Miller, Brennan est à la poursuite de Kien, un ex-général vietnamien devenu trafiquant de drogue.
Dans l’épilogue de Lewis Shiner, une troisième génération de mutants arrive.
Dans les appendices se trouvent des précisions sur le virus.
La postface revient sur la genèse du projet et son affiliation avec le jeu de rôle et les comics.
 
Ce projet uchronique est un hommage à la culture populaire des États-Unis de l’entre-deux-guerres et aux comics dans une réécriture du XXe siècle. Les superhéros n’ont pas choisi de le devenir et ils restent des humains avant tout. Ensuite l’ambiance est plus sombre pour rejouer la Guerre Froide et ses tensions entre interventionnisme et espionnage. Les superhéros ont un destin tragique dans cette chronique sociale alternative. Le concept introduit une inégalité entre les As qui peuvent passer inaperçus et les Jokers qui ont une apparence plus ou moins monstrueuse. A cela s’ajoute la loterie des pouvoirs plus ou moins utiles et la notion de responsabilité, de découverte de sa nature et d’affirmation de soi.

Syndrome Apocalypse – Hugues Douriaux

Près d’Houston, sur une Terre dévastée par un conflit nucléaire, un savant fou met son plan en action pour décimer l’humanité coupable à l’aide d’un virus mortel qu’il vaporise dans un centre de recherche. L’expansion de la contamination est inévitable mais Rebecca Garfield, chef de la sécurité, enquête pour trouver un moyen de contrer l’infection. La violence est omniprésente avec les gangs de criminels qui rodent depuis la guerre atomique, la brutalité sexuelle et l’agonie des malades ponctuée d’hémorragies et de pourrissement.
C’est une course contre la montre pleine d’action où tous les protagonistes sont contaminés et isolés par des barrages. Ce roman est parcouru par une panique post-apocalyptique, une urgence face à la barbarie. L’humour est gras mais recèle aussi une misanthropie, une lucidité sociale au travers des politiques qui abandonnent le peuple. L’effondrement de l’humanité est au centre de ce cyclone de douleur et de sang, Hugues Douriaux ne renonçant pas à quelques outrances dans cette dystopie trash.

Le pronostiqueur – Joël Houssin

Dans le monde des courses hippiques, Luc Gérin est une ancienne étoile montante du pronostic, alcoolique invétéré et employé dans un journal grâce à sa relation avec la fille de son patron. Mais elle le quitte et il va se faire virer s’il ne parvient pas à prédire correctement le résultat de la prochaine course. Une affaire de course truquée émerge avec des commanditaires mystérieux se cachant derrière un homme de main sans pitié, aussi psychopathe que malicieux.
C’est un polar à base de torgnoles et de binouzes au milieu du purin avec un personnage principal froissé et cerné par le mépris. La structure narrative et le découpage du récit aident à l’immersion dans cette littérature légère dédiée à l’amusement crasse avec le méchant illuminé et les protagonistes qui pataugent dans la mélasse. Mais c’est dans le dynamisme de l’action que le talent de Joël Houssin éclate et habite un contexte d’alcool et de bourrins très années 80. L’histoire dévie finalement vers le fantastique, l’humour est caustique, l’ambiance fait penser à une parodie de Frankenstein dans le style de la collection Angoisse chez Fleuve Noir ; l’extravagance oublie le plausible dans un carnaval pathologique de la science sans raison et des bassesses humaines.

Les rebelles de Gandahar – Jean-Pierre Andrevon

Sur Tridan, un objet céleste en orbite autour de la planète est repéré. Après concertation la reine Myrne Ambisextra charge ses scientifiques et Sylvin Lanvère, accompagné d’Airelle, de concevoir un moyen de l’intercepter. Dans la tradition des animaux-véhicules, ils utilisent un outréiforme, poisson sphérique et hermétique, pour s’envoler grâce à des feux d’artifice, s’inspirant de Cyrano de Bergerac. Ils visitent alors une nef de colonisation venue de la Terre et rencontrent Athna, la seule survivante, qui les ramène à Gandahar à bord de son petit astronef. Sylvin l’escorte ensuite dans une visite du royaume.
Dans ce cinquième épisode du cycle de Gandahar on retrouve le même contexte prémoderne, la planète avec sa faune et sa flore, les personnages emblématiques et une candeur bucolique. La menace vient du passé en la personne d’Athna à la mentalité industrielle et accompagnée de ses robots dans l’optique de développer la société archaïque par l’électricité et le pétrole, usant de son charme pour enclencher un engrenage de production et de pollution. Dans ce roman pour la jeunesse, le message écologiste est bien présent, la démesure de la transformation de la nature assassinant la simplicité de cette sage civilisation dans un reboot de la folie terrienne. Le livre pointe la difficulté de faire marche arrière après l’escalade dans la complexité et l’arrivée d’une disharmonie provoquant dissension et violences. Et finalement, plaider pour l’indépendance d’esprit, contre la paresse et l’oubli, auprès des enfants est une belle démarche.

Y a quelqu’un ? – Philippe Curval

Clément, après avoir abandonné sa femme Nina lors d’une soirée trop arrosée, essaie de se faire pardonner en passant un dimanche avec elle, redoutant quand même la vengeance promise. Soudain, dans une boutique de télévisions, il est pris dans une explosion électromagnétique, un maelström perceptif pendant lequel Nina disparait. Dans un profond inconfort métaphysique il enquête pour la retrouver. Ce qui se transforme en errance alcoolique provoque une distorsion de la réalité, le malaise topologique d’un ivrogne paranoïaque. La ville est grignotée par les promoteurs, détruire pour mieux reconstruire tous les endroits de ses souvenirs, et il travaille pour eux. Elle réapparait inopinément à Clément et à des connaissances pour disparaitre à nouveau.
C’est un vrai récit à la première personne, un vertige temporel et une crise d’identité qui devient un cache-cache quantique avec l’écho de la présence de Nina qui balance d’une réalité à l’autre. La situation est un défi entre matérialisme et occultisme dans un surnaturel réaliste, la structure mystique de l’inconnu perçu. Cette expérience métaphysique d’une noirceur incroyable, comme une affirmation des limites de la conscience humaine, mène à une infinité des possibles. Ce naufrage de l’individu sujet à l’illusion tient du dérisoire désespérant. Le récit tourne autour de la paranoïa et de la tristesse jusqu’à la folie.

Fantastique – Des auteurs et des thèmes – Alain Pelosato

Dans la première partie, Alain Pelosato dégage les thèmes emblématiques de Graham Masterton, la mort avant tout, le péché et la religion, un mysticisme amérindien proche de Lovecraft, les objets et les hommes possédés, le sexe et les références culturelles en cinéma et littérature.
Ensuite il analyse le point de vue de Tolkien au niveau politique, philosophique et religieux, son engagement écologiste et pacifiste, dénonçant le capitalisme et l’industrialisation à outrance. La pollution et l’accumulation de pouvoirs et de richesses sont traitées d’un point de vue éthique, insistant sur le destin et l’importance de Gollum et de Galadriel au niveau psychologique.
Alain Pelosato montre la dimension sociopolitique de l’œuvre d’Edgar Rice Burroughs, dans un discours anticommuniste et opposé au nazisme, où seules comptent l’imagination délurée et l’aventure immersive entre idéalisme et matérialisme.
Il aborde le cycle d’Ender d’Orson Scott Card à la lumière de la religion catholique et de la philosophie nietzschéenne, de la politique et de la génétique.
Il présente le traitement des enfants comme personnages surtout chez Stephen King et Orson Scott Card, des enfants ayant un don dans un monde cruel.
Suit la présentation de psychopathes emblématiques dans l’histoire criminelle, des archétypes de folie meurtrière.
Ensuite il parle de la fantasy française à travers Jacques Sadoul, influencé par Lovecraft et Lewis Carroll, et à travers Kurt Steiner (André Ruellan), le premier étant un néo-idéaliste et le second un néo-scientifique.
Des citations d’auteurs français sur le thème du vampirisme font suite.
Puis le désir humain de connaitre et maitriser la nature a inspiré la littérature comme le cinéma avec les angoisses concernant l’énergie nucléaire et la génétique.
Enfin la place de la nature chez Lovecraft est abordée au travers de citations sur la faune et la flore monstrueuses.
Malgré l’éclectisme des thèmes et des auteurs traités une ligne directrice dans les références apparait pour une cohérence du propos, se lisant à la fois comme une accumulation d’articles et l’expression continue d’une vision, souvent trop courts avec des bonnes idées sur des œuvres intéressantes.

Anatomie de l’horreur – Stephen King

Stephen King parle beaucoup de terreur et il aborde par le biais du cinéma, premiers émois artistiques liés à la peur chez cet auteur à la fin des années 50, et des livres ou comics, l’évolution du genre au long du XXe siècle influencée par les changements sociétaux. Dans l’après-guerre, la monstruosité physique renvoie à son propre reflet sans les progrès de la médecine, à la peur des maladies éradiquées, des émotions fortes pour secouer une existence confortable.
Pour aborder la période entre les années 50 et 80 en littérature, il évoque Frankenstein, histoire d’un monstre sans nom qui s’imposera grâce au cinéma, puis Dracula et la sexualité infantile, et enfin Dr Jeckyll et Mr Hyde, histoire freudienne avant l’heure de loup-garou, trois archétypes omniprésents d’une origine plutôt gothique. Ensuite King s’interroge sur l’imaginaire véhiculé par les programmes radiophoniques des années 50, à la lumière du passage à l’image avec le cinéma et la télévision, implantant dans les têtes des idées préconçues.
En ce qui concerne les films d’horreur, l’analyse d’Amityville est amusante, la comparaison entre le livre et le film Carrie est pertinente dans une approche sociale de ces œuvres. Pour êtres efficaces les créations utilisent les points de pression phobique.
Après un riche intermède sur la télévision, il retourne à la littérature en identifiant des archétypes secondaires, le fantôme avec Ghost Story de Peter Straub, le lieu maléfique, et il montre que le nouveau gothique met la symbolique sexuelle de côté pour se placer en face d’un miroir et explorer la terreur identitaire, en insistant sur La maison hantée de Shirley Jackson. Il aborde aussi la paranoïa avec Un bébé pour Rosemary d’Ira Levin et L’invasion des profanateurs de Jack Finney. Il présente la perte de puissance avec L’homme qui rétrécit de Richard Matheson. Toutes les histoires d’horreur racontent l’apparition d’un chaos dionysiaque dans un monde apollinien et King est bien placé pour parler de moralité dans l’écriture car cette lutte contre le chaos décrit appelle des sentiments positifs.
Ce livre est un monstre boursouflé, bourré d’anecdotes et d’humour, on a vraiment l’impression d’assister à un de ses cours. Le contenu est très anglo-saxon et américain, les renvois aux notes de fin de livre sont envahissants et le cas Lovecraft n’est pas développé malgré qu’il soit cité un peu partout. C’est un condensé de culture, une vision très personnelle du fantastique au XXe siècle.

Angel Félina – Joël Houssin

D’un coup, les chiens se mettent à tuer sauvagement leurs propriétaires ou proches, les morsures sont mortelles mais la contre-attaque s’organise. Deux scientifiques enquêtent sur cette épidémie, comme le fait de son côté un journaliste ayant trouvé sa femme déchiquetée par leur chien, alors qu’un vigile maitre-chien avec des problèmes dans son couple assiste à l’accident mortel d’un gamin en moto.
L’ambiance générale devient hystérique et une extermination canine est largement envisagée. Cependant des personnes ne sont pas du tout informées ou minimisent la situation, ce qui permet de beaux moments de candeur bafouée et c’est tout l’intérêt ludique de l’histoire, surtout dans la première partie, qui réside dans la multiplication des scènes cruelles d’un satanisme pur, comme dans la collection Gore chez Fleuve Noir. Avec le dynamisme du récit et la familiarité argotique, le tout forme un mélange efficace d’action et d’angoisse. Le manque d’éthique scientifique mène à la destruction.

Jouvence – Alain Le Bussy

Ava commande l’Explo II, un vaisseau en mission de reconnaissance dans les franges de la galaxie en vue d’une mixité à son bord avec les Targs, des lézards contre lesquels l’humanité était en guerre. S’approchant d’une planète à étudier, l’Explo II est endommagé par un astéroïde, condamnant les trois membres d’équipage survivants à atterrir en catastrophe sur ce monde aride. Débute alors une marche interminable sans but.
Le récit devient très vite psychologique avec cette vie d’enfermement et de solitude, désincarnée et vaine. Les trois naufragés ne se connaissent pas, l’un d’entre eux était en stase dans un caisson au moment de l’accident, une façon d’économiser la durée de vie humaine lorsque la présence de la personne n’est pas nécessaire. Ils ne voient pas leurs visages derrière la vitre opaque de leurs spatiandres, combinaisons avancées et programmées avec comme priorité absolue la survie. Ils sont le résultat d’un conditionnement puissant qui s’effrite doucement, et l’angoisse apparait. C’est une novella subtile, une science fiction sur l’autre et la reconnaissance, sur la liberté de vivre sans avoir peur de la mort.