Jessop monte à bord du Mortzestus pour rentrer chez lui, malgré sa réputation de navire hanté. Des apparitions et un accident mortel plongent l’équipage dans l’angoisse. Le pur récit de fantastique et d’épouvante devient vite une enquête paranormale, une investigation sur l’existence des fantômes et les modalités de leur apparition. La curiosité pour cette inquiétante étrangeté s’installe au milieu des tâches incontournables de l’ancienne navigation. L’ambiance est tendue avec la promiscuité et la prévalence de la hiérarchie. Au travers de trop d’obscurité et de trop de brouillard, entre illusion et matérialisation, un voile recouvre les perceptions avec ses déchirures dans la trame qui délimite des dimensions concomitantes qui coïncident difficilement. L’horreur est entraperçue puis devient palpable dans une révélation paralysante aux implications d’une poésie horrifique connectée à Lovecraft dans la démarche de rationaliser le surnaturel dans un témoignage et à Jean Ray : un équipage fantomatique sort de leur navire hanté qui navigue sous l’eau. Cette histoire repose sur la vie à bord d’un vieux bateau à voiles avec son vocabulaire immersif et sur l’irruption du fantastique dans le réel.
Pam Pam le lapin accède à un monde parallèle en poursuivant une jeune fille qui l’invective vertement à travers une porte dans un arbre. Cette aventure est d’une énergie stupéfiante, avec des passages comme en accéléré, le voyage absurde mène nulle part et vite, de personnages barrés en situations surréalistes, la nouveauté et l’étrangeté assurent une continuité déjantée dans un centrifugeur d’idées farfelues. Sous la forme d’un conte, le phrasé moderne et la propension du narrateur à s’adresser au lecteur visent un public adolescent mais contient aussi des références et un vocabulaire riches. Sous le signe du punk et de Lovecraft une menace pèse sur le Pays et ceux qui s’y trouvent, évoquée en transparence sur des sujets comme l’éducation et l’écologie, mais c’est le divertissement qui est visé avec une action épileptique et une légèreté nonchalante. Les illustrations sont assez nombreuses et donnent de l’épaisseur au héros, faisant de ce livre un bel objet.
Dans Fumez Coke : en guise de préface… de Romain Wlasikov, la science fiction est d’actualité, dans une urgence, une prise sur le réel et ses promesses aussi répugnantes soient-elles. Dans Toucher vaginal de Jean-Pierre Hubert, une guerre des sexes dans l’avenir pousse le Front de Libération Armée de la Femme à prendre en otage devant les caméras des clients du Centre de Réjuvénation Masculine. Dans ce texte le féminisme devient militaire et clandestin, l’exposition médiatique est une arme pour gagner l’opinion. Dans Je m’appelle Simon et je vis dans un cube de Dominique Douay, un homme s’interroge sur l’abstraction sensorielle qu’il vit, mort ou abduction, se projetant dans ses souvenirs à volonté et cédant à la paranoïa, à un doute métaphysique et ontologique dans une expérience psychologique intense. Dans Exzone Z de Jean-Pierre Andrevon, la société est devenue amorale, la journée est constellée de meurtres gratuits, une guérilla habituelle éclate entre des groupes lourdement armés dans une école primaire, la vie n’a plus de valeur et seule la survie compte. Dans Le monde du ¥ de Philip Goy, être choisi par hasard pour devenir une star de la télévision est bien la seule façon d’échapper à un quotidien morose, à une vie insignifiante qui génère frustrations et fantasmes démesurés. Dans Et voir mourir tous les vampires du quartier de jade de Daniel Walther, une escouade de l’armée s’enfonce dans la jungle de plantes carnivores qu’est devenue New-York, combat routinier et perdu d’avance contre un ennemi définitivement installé. Dans L’ouvre-boîte de Christian Léourier, Liorg Aménophren Dupont est confronté à une dystopie administrative, une dictature de l’organisation basée sur des couleurs attribuées au hasard à chacun, une société du contrôle psychique dans laquelle il faut s’abandonner. Dans Relais en forêt de Sacha Ali Airelle, la ville de Verdhen est sur le front d’une guerre dévastatrice impliquant des androïdes éclaireurs, une technologie biochimique et des bombes moléculaires dans une destruction spectaculaire orchestrée et radicale. Dans Multicolore de Joël Houssin, la réussite sociale s’obtient au Jeu, Mirko ne vit que pour le pari hasardeux et compte sur sa chance pour ne pas devenir un Looser comme son frère, paria voué à l’exécution. Ce système génère une élite changeante qui exprime les fantasmes caricaturaux de la réussite virile. Dans Terrain de jeu de Roger Gaillard, à 42 ans les citoyens sont arrêtés et drogués pour retomber en enfance et accepter ce dernier voyage afin de lutter contre la surpopulation. Dans Supplice sylvestre de Jean Le Clerc de la Herverie, un acteur vit le supplice d’être paralysé en pleine nature, lui laissant trois minutes de mouvement toutes les vingt minutes. Il rejoint l’actrice qui était sa maitresse sur le tournage de leur dernier film condamnée à rester en mouvement avec une petite pause chaque heure. Dans Les derniers jours de mai de Christian Vilà, un groupe de terroristes ouvrent les sas du dôme protégeant la ville de l’atmosphère extérieure empoisonnée. Dans Les seigneurs chimériques des stades hallucinés de René Durand, l’élection présidentielle française se joue par un match de rugby sanguinaire déclenchant une hystérie collective et des destins individuels sordides. Dans Le super-marché de Dominique Roffet, les hommes vivent enfermés dans la ville, dans l’insécurité, travaillant pour aller faire des courses une fois par semaine dans le gigantesque Centre de Distribution, dans l’animosité égocentrique mélangée au formatage résigné. Ce recueil dans son ensemble propose des visions sociétales dystopiques qui diffusent une noirceur implacable, une absence de sens et d’espoir qui sonne comme un violent sursaut d’anticipation, une projection des craintes de 1976 sur l’autoritarisme socio-politique, le naufrage individuel, l’aliénation et la surmédiatisation.
Nanase vit avec sa mère dans la crasse et la pauvreté, dans un village habité par la misère intellectuelle et un marasme psychologique. un enfant déficient mental échappe à la surveillance de Sylvette pour se perdre en forêt, les recherches débutent. Cette chronique farfelue est surtout une affaire d’ambiance avec ses personnages simplets et patibulaires aux réactions et aspirations déconnectées, une folie ordinaire qui doit déboucher sur un enchainement de circonstances menant à l’horreur surréaliste. Le ridicule et le sordide s’entremêlent, la réalité est un embrouillamini psychologique qui hésite entre le fantastique fantasmagorique et la dure simplicité de la bêtise, jusqu’à une dimension vraiment comique et tellement ignoble. La vie des gens simples à l’ombre des élites est traversée de drames, brillante de médiocrité et d’insignifiance. Cette parenthèse est dégoutante de fatalisme, une tempête dans un aquarium froid.
Campion et Purslane font partie de la lignée Gentiane, clones proches de l’immortalité qui parcourent l’univers et se retrouvent tous les deux cent mille ans pour présenter aux autres leurs découvertes sous forme de spectacles. Les comptes-rendus de plusieurs membres ont été falsifiés et le duo se lance sur la piste d’un secret gardé par les Adeptes, une action à venir baptisée le Grand Œuvre. La forme de policier et espionnage du récit est enrichie par un fond gigantesque de science fiction cosmologique, d’ingénierie stellaire, d’immortalité humaine et de sa vanité. Le côté un peu immature de l’enquête d’apprentis détectives autour de soirées diapositives s’insère dans le contexte d’un caprice d’élite pour abolir la durée excessive des déplacements dans la galaxie, ce qui apporte extravagance et légèreté au texte. Les réflexions sur la dimension archéologique, l’évolution de l’espèce, la mémoire et la conscience partagée, l’ingéniosité technologique, la guerre et l’éthique apportent du sérieux aux enjeux. L’univers du livre est bien développé pour son nombre de pages et l’idée du morcellement et de l’unification de l’espèce humaine comme d’un individu scindé en clones donne une profondeur poétique au contenu scientifique.
Dans Le vaisseau-flamme, Michael Yarrow était un homme à la vie minable avant de devenir un cobaye pour le gouvernement qui teste l’intégration d’un système informatique au système nerveux humain, avec comme résultat l’émergence d’une troisième entité, symbiose des deux autres les sublimant sous le nom d’Ethan Ring. Il se réveille sur Mars, amoureux d’Hanalore Takkashi qui le fait chanter pour obtenir un accès au réseau de Khorram Kabir l’homme le plus riche du monde. Cette science fiction déborde de vitalité, le anti-héros schizophrène à trois têtes se retrouve au centre d’une comédie réjouissante à base de manipulation et de quiproquos, avec un fond cyberpunk et une forme d’aventure mouvementée, dans un texte aux considérations très scientifiques et à l’humour omniprésent, une expérimentation psychologique féconde. Dans Maternité, Etaa et Hywel se connaissent depuis l’enfance, pourvue d’une grande clairvoyance elle est destinée à devenir prêtresse pour les Kotaanes et il devient un simple forgeron. Ils finissent par se marier et s’installent à la frontière avec les Neaanes pour commercer avec eux. Enceinte, Etaa est enlevée par le Roi Meron pour en faire sa maitresse malgré l’hostilité de l’Église Neaane la considérant comme une sorcière païenne. La guerre entre les deux peuples fait rage sous les yeux d’êtres étranges considérés comme des dieux. Cette histoire se présente sous la forme d’une fantasy d’aventure, ethnologique et relativiste, tragique et poétique, pleine de tristesse et de frustration. Dans ce monde post-apocalyptique l’humanité est scindée par une tabula rasa historique et un chamboulement génétique qui offre au récit de beaux passages en langue des signes. Comme dans un bac à sable le monde des hommes est illustré dans un dezoom qui aboutit au point de vue des dieux conscients de la dangerosité humaine. Cette destinée porte magnifiquement le message d’une évolution et d’une unité de l’espèce humaine pour conjurer le besoin d’être guidée par des êtres supérieurs. Dans Le Phœnix en ses cendres…, Amanda est une femme reniée par son père après avoir refusé un mariage arrangé et mise à l’écart dans une société archaïque. Elle assiste au crash d’Hoffmann, un aventurier prospecteur qui survolait la région à la recherche de ressources naturelles à exploiter. Dans cette vision sociétale se mêlent tragédie ordinaire et espoirs inattendus dans une psychologie subtile des personnages, une poésie douce-amère et une sorte d’éloge de la simplicité, une sagesse paysanne qui permet d’adoucir une vie rude. Dans ces trois textes éclatent une beauté et une intensité dans les personnalités et leurs relations, les considérations globales et individuelles sont riches et c’est dans Maternité et Le Phœnix en ses cendres… que les grandes idées sont présentes concernant l’espèce, l’aveuglement religieux, le sexisme, l’écologie et la conscience historique.
Des Moines est un pilote de camion qui parcoure une terre ravagée par une guerre nucléaire sur des routes traversant des territoires apocalyptiques. Sa mission, accompagné par Vegas un gamin arrogant dont la présence est imposée par son patron, consiste à livrer un précognitif au bout de la ligne 8 au volant d’un véhicule surpuissant. L’aventure routière débute dans un contexte de science fiction post-apocalyptique décoré avec soin de détails sociologiques qui permettent de dépasser le cliché post-atomique. Le mystère sur la cargaison plane, le road trip est d’abord psyclaustrophobique à cause du brouillard toxique qui provoque des hallucinations, puis devient plus matérialiste avec une course-poursuite futuriste qui rapproche furtivement l’action d’un Mad Max urbain. En plus du phrasé hérité du polar, les dialogues sont truffés d’un argot modernisé s’adaptant bien à l’ambiance d’un monde de folie, hystérique et narcotique. Le délire sur les bolides est très présent mais entrecoupé par des scènes d’à-côté drolatiques qui débordent dans le gore impromptu et le ridicule systémique. Ce livre, comme Le champion des mondes, Blue, Lilith et City dixit l’auteur, rejoint l’anticipation d’un monde dystopique probable et virtuel ici sous la forme d’un jeu vidéo sombre et impactant.
Mazé dans sa traque interminable d’un sanglier monstrueusement rusé et puissant, débarque au Chambon un village froid et isolé surplombant une vallée et occupé par une dizaine de familles. L’hiver arrivant, il accepte la proposition de l’héberger contre de l’aide à la ferme d’Aline une veuve qui vit avec Jean son fils boiteux. Mazé doit gérer sa nouvelle sociabilisation, la sédentarisation assez agréable malgré les rancœurs ataviques entre les villageois, ses souvenirs de militaire qui remontent mais aussi surveiller les traces de sa proie installée dans les alentours. L’aspect fantasy s’exprime par la concrétisation d’un long voyage, la confrontation nécessaire avec le passé, une réflexion sur soi pour Mazé face à la simplicité des villageois et la crudité de la nature. Dans le ravissement ou la violence, la poésie est omniprésente, bucolique ou acérée, rétrospective et diffuse, immédiate dans une parenthèse surprenante, ou pressentie et incertaine. Dans une quête de sens et d’identité, Mazé l’étranger solitaire tente d’apprivoiser sa propre nature et ce qu’il inspire chez les villageois renfermés parmi les pièges de l’égocentrisme. A la fois social et psychologique, le texte a un rythme fluctuant entre faux-semblants, pudeur blessée, animosité conditionnée, impuissance et culpabilité résignées dans un théâtre de la paysannerie plein de rudesse et de cruauté.
Dans Philip goes to Hollywood, les lettres qu’envoie Dick, illuminé et paranoïaque, à Lynch choisi pour adapter Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? montrent la rencontre de ces deux esprits en produisant une uchronie malicieuse, sans limite dans le délire. Dans Meet the Beätles !, la mort de Paul McCartney et son remplacement par Lemmy Kilmister provoque un embranchement uchronique extrême dans la trajectoire du groupe et son influence artistique. Dans Les règles de la nuit, Dziga Vertov et Jean Vigo réalisent en 1931 un film à contre-courant de l’Histoire matérialiste, une œuvre influencée par le shamanisme sibérien et destinée à se perdre. Dans Fe6 !!, la vie de Bobby J. Fischer est celle d’un joueur d’échecs exceptionnel calquée sur la folie de la deuxième moitié du 20e siècle de paranoïa, de schizophrénie et d’égocentrisme destructeur. Dans No se puede vivir sin amar, un vieux marin est rattrapé dans un bar au milieu de la jungle par deux assassins qui protègent un complot. L’interview croisée avec Karim Berrouka est surréaliste, l’abécédaire est amusant pour clôturer ce court recueil fantasque et préoccupé dans une ambiance de secret, de vérité inatteignable et de réalités alternatives.
La société humaine a été totalement bouleversée par la découverte d’une immortalité théorique grâce à une modification génétique des embryons. Mais une poignée d’individus sont incompatibles avec ce processus et disposent seulement d’une espérance de vie de 120 ans, comme Rafiel danseur et chanteur star à la mortalité comique et fascinante faisant son succès. Alors qu’il prépare une adaptation modernisée d’Œdipe roi, Alegretta son premier amour le contacte après des dizaines d’années d’absence et Hillaree une dramaturge lui propose un projet pour faire de lui un véritable acteur. Cette science fiction est pleine d’humour à l’image de cette société légère, à la sexualité débridée, à la conscience historique nulle, cultivant l’égocentrisme absolu et moquant la mortalité dans une discrimination positive cynique. Rafiel incarne la projection cathartique sur l’écran de la disparition de la mort naturelle et d’une vie sans bornes dans un monde doté d’une source d’énergie inépuisable, où le temps n’a plus d’importance, dont le seul problème est la surpopulation. C’est l’existence d’une date de péremption pour Rafiel qui montre la vacuité d’une vie humaine éternelle qui gomme la notion de parentalité et ignore la douce et lente saveur de la durée, des instants à savourer. Le roman est tragi-comique, traversé par un personnage au destin mythique formant l’archétype de la différence précieuse qui émerge d’un snobisme ridicule, dans une pièce de théâtre résignée vers un départ obligé.
La troisième Guerre Mondiale a lieu, la Chine attaque les États-Unis et les dominos tombent avec la riposte et le jeu des alliances, le monde entier est touché avec assez de bombes pour garantir l’hiver nucléaire. Jim un jeune américain tente de rallier une arche pour hiverner au Groenland, informé par son père essayant de sauver Hafsa une jeune terroriste islamiste éclopée en Égypte, alors que François retrouve sa mère de retour à Paris après une opération complexe effectuée en Chine par un docteur dont le fils Xian un champion d’échecs prend en charge par hasard Mei une très jeune fille devenue orpheline. Cette anticipation implacable est sombre, partant d’un constat géopolitique réaliste et rejoignant la grande tradition d’avertissement avec la projection logique vers une situation très probable. Le récit se focalise sur l’après, une fois l’escalade du conflit inarrêtable, et montre l’humanité dans la réaction d’individus impuissants qui brillent par le don de soi et l’entraide désintéressée pour choisir le côté de la vie. Un sentiment d’urgence et de tension permanente traverse ce texte post-apocalyptique destiné à un jeune public mais porteur d’une profonde maturité, d’un universalisme positif et d’un relativisme éthique menant à la compréhension et la tolérance plutôt que la haine aveugle et suicidaire centrée sur une culture ou une religion. La postface explique le travail de prospection basé sur le 20e siècle jusqu’en 2009, date de publication de ce livre humain et sans concession.
Dans Les villes englouties – La ville d’Is d’Anatole Le Braz, le récit de marins-pêcheurs bretons ayant trouvé une cathédrale illuminée et fréquentée au fond de l’eau est une bonne introduction. Dans Prolégomènes à toute étude sérieuse du « Mythe » de l’Atlantide de Matthieu Baumier, Emphytréon Théodorius est un atlante qui erre dans Paris en 1925 après s’être enfui de son continent dirigé par une reine tyrannique et meurtrière. Le doute est instillé par ce qui ressemble à des élucubrations d’ivrogne mais disparait devant un fantastique sombre aux accents mythiques. Dans Les îles de rouille de Storm Constantine, Serami fait partie d’une mission archéologique, lancée d’une colonie, sur la Terre dévastée devenue un champ de ruines. Elle trouve un cylindre mémoriel empathique et se branche dessus à l’aide de son Intelligence Artificielle personnelle. La mise en abyme temporelle est atténuée par un parallélisme ressenti et l’exhalaison d’une essence de la chute dans une ambiance poétique, comme féérique. Dans D’autres viendront après moi de Léo Henry, un homme trouve la cité légendaire d’Enoch fondée par Caïn dans le désert. Dans Rosso Pompeiano de Merlin Gaunt, un archéologue français se retrouve projeté dans le passé de Pompéi, témoin de la vie quotidienne, de sa splendeur artistique et de la catastrophe frappant la cité. Dans Mortes maisons de Franck Ferric, Lanzac et Le Bouil accèdent à une cité fétide peuplée de monstres innommables par un souterrain sous un cimetière parisien. Ce récit de fantastique et d’horreur, ancré dans le 18e siècle avec des personnages patibulaires, développe une ambiance très lovecraftienne. Dans Babylone de Sire Cédric, alors que Vanessa est hospitalisée pour soigner son cancer, son esprit est guidé par le dieu Marduk jusqu’à Babylone cachée dans un arc-en-ciel, dans une poésie mythologique. Dans Rosebud de Denis Labbé, Sharon achète chez un antiquaire une bague qui devient un médium onirique vers la cité Xanadu dans une mise en abyme subtile entre la ville enchâssée dans la pierre de la bague et le sentiment de réincarnation. Dans Les chats d’Aspara de Markus Leicht, John raconte à Paul sa découverte d’Aspara, cité peuplée d’hommes et de chats, exilée dans un autre plan de la réalité mais sur le point de réapparaitre menée par Bawamha un géant belliqueux. Ce texte est doublement lovecraftien avec d’abord la quête onirique d’une cité légendaire et ensuite l’apparition de la folie accompagnant la venue d’un être démoniaque dans le monde sensible. Dans A la perpétuelle recherche des cités perdues d’Alain Pozzuoli, les mythes se nourrissent de l’émulation entre archéologie et littérature, décrivant la disparition des civilisations et les déplacements de leur population à la surface du globe. Dans En quête des cités perdues de Jean-Pierre Laigle, une liste bien documentée d’œuvres sur ce thème montre la diversité et parfois l’extravagance des approches scénaristiques. Dans l’Extrait de Critias sur l’Atlantide de Platon, la description topologique et architecturale complète la généalogie de la dynastie des Archontes provenant de Neptune et Clito. Dans Quelques passeports pour les cités perdues d’Alain Pozzuoli, une courte bibliographie complète l’article de Jean-Pierre Laigle. Ce recueil à l’approche éditoriale très cohérente gagne en intérêt avec les nouvelles inédites de Storm Constantine, Franck Ferric et Markus Leicht.