Huit morts dans l’eau froide – Jean-Pierre Andrevon

Un équipage de huit personnes se rend sur la station Hydra XVI ancrée dans l’Océan Arctique au nord de la Sibérie pour une mission de prospection pétrolifère mais leur programme est bousculé par la découverte d’un sous-marin expérimental prisonnier des glaces.
Ce thriller nourrit une tension grandissante par les interactions cosmopolites entre les protagonistes dans un huis clos cerné par la froidure impitoyable et une nature majestueuse. La menace préliminaire russe se prolonge et plane en une montée paranoïaque au fil des accidents puis des assassinats avérés installant une ambiance étouffante de suspicion. Jean-Pierre Andrevon se concentre sur Frédéric Cacciari et lui prête des motifs qui parcourent toute son œuvre comme sa personnalité pétrie d’incertitudes, les souvenirs envahissants de romances avortées, une libido toujours vivace malgré le risque bien présent de la panne physiologique et une fascination poétique pour la sensualité de l’Afrique noire au travers de son attachement à Suzan Tsaballala, sa jalousie et son désir de s’engager. La blonde Sharon Buchanan et la brune Erika Brenner orbitent aussi autour de lui, le détail insignifiant pour le récit de la parenthèse masturbatoire pratiquée par l’homosexuel Zlatko Mirzekovic confirme par un clin d’œil amusé le débordement des obsessions de Jean-Pierre Andrevon, longuement déroulées dans la nouvelle Tout à la main (1983) dans Manuscrit d’un roman de SF trouvé dans une poubelle et les deux éditions différentes du roman Tout à la main (1988/2008), et dans Toutes ces belles passantes (2002). Ce roman d’aventure exotique et d’action à la lisière du polar se situe entre, d’un côté les deux contributions de l’auteur à la collection Aventures et Mystères (1995-96) chez Fleuve Noir concomitante de Aventures sans Frontières (1995-97) ici représentée avec une dimension humaniste et écologiste plutôt discrète, et d’un autre une enquête alliant la sensibilité intimiste de l’inspiration autobiographique à une violence frontale de meurtres, de fusillades et d’explosions comme dans Blanche est la couleur des rêves (1997). La construction très efficace de l’histoire, reposant sur la présence d’un criminel venu de l’extérieur ou la culpabilité d’un des membres de l’équipe isolée est malheureusement atténuée par un Prologue qui en dit trop, éventant dès le départ un mécanisme crucial du whodunit et posant avec légitimité la question de ne pas prendre connaissance de ce chapitre inaugural pour conserver l’intensité révélatrice de la conclusion.

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